{"id":20298,"date":"2014-02-05T16:10:00","date_gmt":"2014-02-05T15:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/blog\/non-classifiee\/aux-gauches-de-leurope-et-du-monde\/"},"modified":"2023-09-27T15:59:30","modified_gmt":"2023-09-27T13:59:30","slug":"aux-gauches-de-leurope-et-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/blog\/article\/aux-gauches-de-leurope-et-du-monde\/","title":{"rendered":"Aux Gauches de l\u2019Europe et du Monde"},"content":{"rendered":"<p>Permettez-moi d\u2019adresser mon salut \u00e0 cette rencontre de la gauche europ\u00e9enne et, au nom de notre Pr\u00e9sident, de notre pays, de notre peuple, de vous remercier pour l\u2019invitation qui nous a \u00e9t\u00e9 faite d\u2019\u00e9changer un ensemble d\u2019opinions et d\u2019id\u00e9es \u00e0 la tribune de ce si important congr\u00e8s de la gauche europ\u00e9enne.<br \/>\nPermettez-moi d\u2019\u00eatre direct, franc mais aussi porteur de propositions.<br \/>\nComment voyons-nous l\u2019Europe de l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;? Nous voyons une Europe qui se languit&nbsp;; nous voyons une Europe abattue&nbsp;; nous voyons une Europe repli\u00e9e sur elle-m\u00eame et pleine d\u2019autosatisfaction&nbsp;; nous voyons une Europe quelque peu apathique et fatigu\u00e9e. Ce sont des mots tr\u00e8s laids et tr\u00e8s durs. Mais c\u2019est ainsi que nous voyons l\u2019Europe.<br \/>\nElle est bien loin derri\u00e8re nous l\u2019Europe des Lumi\u00e8res, l\u2019Europe des r\u00e9voltes, l\u2019Europe des r\u00e9volutions. Loin, tr\u00e8s loin derri\u00e8re nous l\u2019Europe des grands universalismes qui ont fait bouger le monde, qui ont enrichi le monde et qui ont permis aux peuples de nombreux endroits du monde de se doter d\u2019une esp\u00e9rance et de se mobiliser autour de cette esp\u00e9rance. Ils sont loin derri\u00e8re nous les grands d\u00e9fis intellectuels. A la lumi\u00e8re des derniers \u00e9v\u00e9nements, cette interpr\u00e9tation que faisaient et que font les postmodernistes concernant la fin des grands r\u00e9cits ne semble renvoyer qu\u2019aux ma\u00eetres des grandes corporations et de la finance.<br \/>\nCe n\u2019est pas le peuple europ\u00e9en qui a perdu la vertu et l\u2019esp\u00e9rance, parce que l\u2019Europe \u00e0 laquelle je fais r\u00e9f\u00e9rence, l\u2019Europe fatigu\u00e9e, \u00e9puis\u00e9e, repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, n\u2019est pas celle des peuples. C\u2019est celle qui est \u00e9touff\u00e9e, asphyxi\u00e9e. La seule Europe que nous voyons dans le monde est celle des grandes entreprises, l\u2019Europe n\u00e9olib\u00e9rale, celle des march\u00e9s et pas celle du travail. Faute de grandes alternatives, d\u2019horizons et d\u2019esp\u00e9rances, on entend seulement, pour paraphraser Montesquieu, le bruit lamentable des petites ambitions et des grands app\u00e9tits.<br \/>\nDes d\u00e9mocraties sans esp\u00e9rance et sans foi sont des d\u00e9mocraties vaincues. Des d\u00e9mocraties sans esp\u00e9rance et sans foi, sont des d\u00e9mocraties fossilis\u00e9es. Au sens strict du terme, ce ne sont pas des d\u00e9mocraties. Il ne peut y avoir de d\u00e9mocratie r\u00e9elle s\u2019il s\u2019agit seulement d\u2019un attachement routinier \u00e0 des institutions fossilis\u00e9es, o\u00f9 l\u2019on pratique des rituels tous les trois, quatre ou cinq ans pour \u00e9lire ceux qui viendront d\u00e9cider de notre destin \u00e0 notre d\u00e9triment.<br \/>\nNous savons tous &#8211; et \u00e0 gauche nous partageons plus ou moins tous la m\u00eame opinion sur le sujet &#8211; comment nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 une telle situation. Les chercheurs, les universitaires, les d\u00e9bats politiques nous proposent de nombreux axes de r\u00e9flexion sur la situation d\u00e9sastreuse dans laquelle nous nous trouvons et sur ses causes.<br \/>\nUne premi\u00e8re opinion partag\u00e9e sur les raisons de cette situation est que le capitalisme a acquis une dimension g\u00e9opolitique plan\u00e9taire absolue. Le monde entier s\u2019est globalis\u00e9. Et le monde entier est devenu une grande usine mondiale&nbsp;: une radio, un t\u00e9l\u00e9viseur, un t\u00e9l\u00e9phone n\u2019ont pas d\u2019origine de fabrication pr\u00e9cise. C\u2019est le monde entier qui est devenu l\u2019origine de leur cr\u00e9ation. La puce est fabriqu\u00e9e au Mexique, le design se fait en Allemagne, la mati\u00e8re premi\u00e8re est latino-am\u00e9ricaine, les travailleurs sont des Asiatiques, le conditionnement se fait aux Etats-Unis et la vente est plan\u00e9taire. C\u2019est l\u00e0 une des caract\u00e9ristiques du capitalisme moderne. Sans aucun doute, c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que chacun doit agir.<br \/>\nUn deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment caract\u00e9ristique de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es c\u2019est un retour \u00e0 une accumulation primitive perp\u00e9tuelle. Les textes de Karl Marx qui d\u00e9crivaient la naissance du capitalisme aux XVIe et XVIIe si\u00e8cles sont aujourd\u2019hui d\u2019actualit\u00e9. Ce sont des textes du XXIe si\u00e8cle. Nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une accumulation primitive permanente qui reproduit des m\u00e9canismes d\u2019esclavage, des m\u00e9canismes de subordination, de pr\u00e9carit\u00e9, de fragmentation, tous si bien d\u00e9crits par Marx.<br \/>\nLe capitalisme moderne r\u00e9actualise l\u2019accumulation primitive, il l\u2019\u00e9largit et la diffuse dans d\u2019autres territoires afin d\u2019en tirer davantage de ressources et davantage d\u2019argent. Parall\u00e8lement \u00e0 cette accumulation primitive permanente, qui va d\u00e9finir les caract\u00e9ristiques des classes sociales contemporaines &#8211; autant dans vos pays que dans le monde entier &#8211; parce qu\u2019il r\u00e9organise la division du travail localement et \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, il existe aussi une sorte de n\u00e9o-accumulation par expropriation.<br \/>\nNous avons affaire \u00e0 un capitalisme pr\u00e9dateur qui accumule, dans de nombreux cas en produisant, dans des domaines strat\u00e9giques&nbsp;: science, t\u00e9l\u00e9communications, biotechnologies, industrie de l\u2019automobile. Mais, dans beaucoup de nos pays, il accumule par expropriation, c\u2019est-\u00e0-dire en occupant des espaces communs&nbsp;: la biodiversit\u00e9, l\u2019eau, les connaissances ancestrales, les for\u00eats, les ressources naturelles. Il s\u2019agit d\u2019une accumulation par expropriation, non par production de richesse, expropriation de richesses communes qui deviennent une richesse priv\u00e9e. La voil\u00e0, la logique n\u00e9olib\u00e9rale.<br \/>\nSi nous critiquons autant le n\u00e9olib\u00e9ralisme, c\u2019est \u00e0 cause de sa logique pr\u00e9datrice et parasitaire. Plut\u00f4t que de produire des richesses, plut\u00f4t que de d\u00e9velopper les forces productives, le n\u00e9olib\u00e9ralisme exproprie des forces productives, capitalistes ou non, collectives, locales, celles des soci\u00e9t\u00e9s.<br \/>\nMais il y a aussi une troisi\u00e8me caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9conomie moderne. Il ne s\u2019agit pas que d\u2019accumulation primitive permanente et d\u2019accumulation par expropriation, il y a aussi subordination des connaissances et de la science \u00e0 l\u2019accumulation capitalistique, ce que certains sociologues appellent \u00ab&nbsp;la soci\u00e9t\u00e9 de la connaissance&nbsp;\u00bb. Ce sont sans aucun doute les domaines les plus puissants et les plus susceptibles de d\u00e9velopper les forces productives de la soci\u00e9t\u00e9 moderne.<br \/>\nEnfin, la quatri\u00e8me caract\u00e9ristique, chaque jour plus conflictuelle et risqu\u00e9e, c\u2019est la v\u00e9ritable mise en coup r\u00e9gl\u00e9e du syst\u00e8me int\u00e9gral de la vie de la plan\u00e8te, c\u2019est-\u00e0-dire des processus m\u00e9taboliques qui existent entre les \u00eatres humains et la Nature.<br \/>\nCes quatre caract\u00e9ristiques du capitalisme moderne red\u00e9finissent la g\u00e9opolitique du capital \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire&nbsp;; elles red\u00e9finissent la composition des classes au sein des soci\u00e9t\u00e9s&nbsp;; elles red\u00e9finissent la composition de classe et la composition des classes sociales dans le monde.<br \/>\nIl n\u2019y a pas seulement l\u2019externalisation aux extr\u00e9mit\u00e9s du corps capitaliste de la classe ouvri\u00e8re traditionnelle, de cette classe ouvri\u00e8re que nous avons vu apparaitre au XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle et qui maintenant s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e dans les zones p\u00e9riph\u00e9riques&nbsp;: Br\u00e9sil, Mexique, Chine, Inde, Philippines. On voit aussi appara\u00eetre dans les soci\u00e9t\u00e9s plus d\u00e9velopp\u00e9es un nouveau type de prol\u00e9tariat, un nouveau type de classe laborieuse&nbsp;: les cols blancs. Ce sont les professeurs, les chercheurs, les analystes qui ne se per\u00e7oivent pas comme classe laborieuse. Ils se per\u00e7oivent s\u00fbrement comme de petits entrepreneurs, mais, au fond, ils constituent une nouvelle composante sociale de la classe ouvri\u00e8re de ce d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle.<br \/>\nNous voyons \u00e9galement appara\u00eetre dans le monde de ce que l\u2019on pourrait nommer un prol\u00e9tariat diffus. Des soci\u00e9t\u00e9s et des nations non capitalistes sont soumises formellement \u00e0 l\u2019accumulation capitaliste&nbsp;: Am\u00e9rique latine, Afrique, Asie. Nous parlons ici de soci\u00e9t\u00e9s et de nations qui ne sont pas strictement capitalistes, mais qui, prises dans leur ensemble, apparaissent subordonn\u00e9es et articul\u00e9es autour de formes de prol\u00e9tarisation diffuse. Non seulement \u00e0 cause de leur qualit\u00e9 \u00e9conomique, mais \u00e0 cause des caract\u00e9ristiques de leur unification fragment\u00e9e ou de leur dispersion territoriale. Nous sommes en pr\u00e9sence non seulement d\u2019un nouveau mode d\u2019expansion de l\u2019accumulation capitaliste, mais \u00e9galement d\u2019une redistribution des classes et du prol\u00e9tariat, ainsi que des classes non prol\u00e9taires dans le monde.<br \/>\nLe monde est aujourd\u2019hui plus conflictuel. Le monde est aujourd\u2019hui davantage prol\u00e9taris\u00e9. Mais les formes de la prol\u00e9tarisation sont diff\u00e9rentes de celles que nous connaissions au XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cles. Et les formes d\u2019organisation de ces prol\u00e9taires diffus, de ces prol\u00e9taires en col blanc ne prennent pas n\u00e9cessairement la forme syndicat. La forme syndicat a perdu sa place centrale dans certains pays. Et d\u2019autres formes d\u2019unification du populaire, du travailleur et de l\u2019ouvrier font leur apparition.<br \/>\nQue faire&nbsp;? C\u2019est la question que posait L\u00e9nine. Que faisons-nous&nbsp;? Nous partageons les analyses sur ce qui ne va pas&nbsp;; nous partageons les analyses sur ce qui est en train de changer dans le monde&nbsp;; et, malgr\u00e9 cela, nous ne sommes pas capables de r\u00e9pondre, ou plut\u00f4t les r\u00e9ponses que nous avions auparavant sont insuffisantes. Sinon, la droite ne gouvernerait pas en Europe. Il a manqu\u00e9 et il continue de manquer quelque chose \u00e0 nos r\u00e9ponses, \u00e0 nos propositions.<br \/>\nPermettez-moi de formuler modestement cinq suggestions dans cette construction collective du \u00ab&nbsp;que faire&nbsp;?&nbsp;\u00bb qu\u2019assume la gauche europ\u00e9enne. Cette gauche ne peut se contenter d\u2019un diagnostic et d\u2019une d\u00e9nonciation. Ils sont utiles pour provoquer l\u2019indignation morale, et il est important que cette indignation s\u2019\u00e9largisse, mais elle n\u2019entra\u00eene pas pour autant de volont\u00e9 de pouvoir. Elle peut en \u00eatre l\u2019antichambre, mais ce n\u2019est pas une volont\u00e9 de pouvoir.<br \/>\nFace \u00e0 la voracit\u00e9 pr\u00e9datrice et \u00e0 la capacit\u00e9 destructrice du capitalisme moderne, la gauche europ\u00e9enne et la gauche mondiale doivent se pr\u00e9senter avec des propositions, des initiatives. Il nous appartient, gauche europ\u00e9enne et forces de gauche partout dans le monde, de construire un nouveau \u00ab&nbsp;sentiment commun&nbsp;\u00bb. Car, au fond, la bataille politique consiste \u00e0 lutter pour un nouveau sentiment commun, pour un ensemble de jugements et de pr\u00e9jug\u00e9s, pour la fa\u00e7on dont les gens simples&nbsp;&#8211; le jeune \u00e9tudiant, le professionnel, la vendeuse, le travailleur, l\u2019ouvrier &#8211; per\u00e7oivent le monde. C\u2019est cela le sentiment commun&nbsp;: la conception de base du monde, celle qui ordonne notre vie quotidienne, la mani\u00e8re de d\u00e9finir ce qui est juste et injuste, ce qui est souhaitable et ce qui ne l\u2019est pas, le possible et le probable. Et la gauche mondiale, la gauche europ\u00e9enne doivent lutter pour un nouveau sentiment commun progressiste, r\u00e9volutionnaire, universaliste, mais qui soit obligatoirement nouveau.<br \/>\nDeuxi\u00e8mement, il nous faut r\u00e9cup\u00e9rer le concept de d\u00e9mocratie. La gauche a toujours brandi cet \u00e9tendard, c\u2019est notre \u00e9tendard, celui de la justice, de l\u2019\u00e9galit\u00e9, de la participation. Mais, pour cela, nous avons \u00e0 nous d\u00e9tacher d\u2019une conception purement institutionnelle de la d\u00e9mocratie. La d\u00e9mocratie c\u2019est beaucoup plus que des institutions. C\u2019est beaucoup plus que de voter et d\u2019\u00e9lire un Parlement. C\u2019est beaucoup plus que de respecter les r\u00e8gles de l\u2019alternance. Nous sommes prisonniers d\u2019une conception lib\u00e9rale, fossilis\u00e9e de la d\u00e9mocratie.<br \/>\nLa d\u00e9mocratie ce sont des valeurs, des principes organisationnels de compr\u00e9hension du monde&nbsp;: la tol\u00e9rance, la pluralit\u00e9, la libert\u00e9 d\u2019opinion, la libert\u00e9 d\u2019association. C\u2019est vrai, ce sont des principes, des valeurs, mais il ne s\u2019agit pas uniquement de principes et de valeurs. Ce sont des institutions, mais pas uniquement. La d\u00e9mocratie est une pratique, c\u2019est une action collective&nbsp;; elle consiste en une participation croissante \u00e0 l\u2019administration des espaces communs de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nIl y a d\u00e9mocratie si nous participons au bien commun. Si nous avons pour patrimoine l\u2019eau, alors la d\u00e9mocratie est de participer \u00e0 la gestion de l\u2019eau. Si nous avons pour patrimoine la langue, alors la d\u00e9mocratie c\u2019est de d\u00e9fendre ce bien commun. Si nous avons pour patrimoine les for\u00eats, la terre, le savoir, alors la d\u00e9mocratie c\u2019est de les g\u00e9rer, de les administrer en commun. Il faut une participation croissante \u00e0 la gestion des for\u00eats, de l\u2019eau, de l\u2019air, des ressources naturelles. Il y a d\u00e9mocratie, d\u00e9mocratie vivante et non fossilis\u00e9e, si la population et la gauche participent \u00e0 la gestion en commun des ressources communes, institutions, droits, richesses.<br \/>\nLes vieux socialistes des ann\u00e9es 1970 disaient que la d\u00e9mocratie devrait frapper \u00e0 la porte des usines. C\u2019est une bonne id\u00e9e, mais ce n\u2019est pas suffisant. En plus de frapper aux portes des usines, elle doit aussi frapper aux portes des banques, des entreprises, des institutions, des ressources, de tout ce qui est commun aux gens.<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 sur la question de l\u2019eau. Comment avons-nous commenc\u00e9 en Bolivie&nbsp;? Nous avons pris les choses \u00e0 la racine&nbsp;: la survie, l\u2019eau. Qui pollue l\u2019eau, richesse commune&nbsp;? Elle \u00e9tait en train d\u2019\u00eatre privatis\u00e9e. Le peuple a livr\u00e9 une guerre et a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 l\u2019eau pour les habitants. Ensuite nous avons non seulement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 l\u2019eau, nous avons livr\u00e9 une autre guerre sociale et nous nous sommes lanc\u00e9s \u00e0 l\u2019assaut du gaz, du p\u00e9trole, des mines, des t\u00e9l\u00e9communications. Et nous avons encore beaucoup d\u2019autres choses \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer. En tout cas, cela a \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part&nbsp;: une participation croissante des citoyens \u00e0 la gestion des biens communs de toute soci\u00e9t\u00e9, de toute r\u00e9gion.<br \/>\nTroisi\u00e8mement, la gauche doit r\u00e9cup\u00e9rer la revendication de l\u2019universel, des id\u00e9aux universels, des biens communs, de la politique qui est un bien commun, de la participation en commun \u00e0 la gestion des biens communs. Elle doit r\u00e9cup\u00e9rer des biens communs tels que les droits. Le droit au travail, \u00e0 la retraite, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation gratuite, \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 un air sain, \u00e0 la protection de la Terre-M\u00e8re, \u00e0 la protection de la nature.<br \/>\nCe sont des droits universels, ce sont des biens communs universels \u00e0 propos desquels la gauche, la gauche r\u00e9volutionnaire, a des mesures concr\u00e8tes, objectives et mobilisatrices \u00e0 proposer. Je lisais dans le journal qu\u2019en Europe on utilisait des ressources publiques pour sauver des biens priv\u00e9s. C\u2019est une aberration. On utilisait l\u2019argent des \u00e9pargnants europ\u00e9ens pour sauver les banques de la faillite. On utilisait un bien commun pour sauver du priv\u00e9. Le monde marche sur la t\u00eate. Ce devrait \u00eatre le contraire&nbsp;: utiliser des biens priv\u00e9s pour sauver et aider le bien commun. Les banques doivent \u00eatre soumises \u00e0 un processus de d\u00e9mocratisation et de socialisation de leur gestion. Faute de quoi, elles vont vous priver non seulement de votre travail, mais aussi de votre maison, de votre vie, de votre esp\u00e9rance, de tout. C\u2019est quelque chose qu\u2019il ne faut pas permettre.<br \/>\nDans le m\u00eame temps, notre proposition en tant que gauche doit revendiquer une nouvelle relation m\u00e9tabolique entre l\u2019\u00eatre humain et la nature. En Bolivie, du fait de notre h\u00e9ritage indig\u00e8ne, c\u2019est ainsi nous appelons la relation entre l\u2019\u00eatre humain et la nature. Le pr\u00e9sident Evo Morales dit toujours&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;la Nature peut exister sans l\u2019\u00eatre humain, mais l\u2019\u00eatre humain ne peut pas exister sans la Nature&nbsp;\u00bb. Il ne faut toutefois pas tomber dans la logique de l\u2019\u00e9conomie verte qui est une forme hypocrite de l\u2019\u00e9cologie.<br \/>\nIl y a des entreprises qui se pr\u00e9sentent \u00e0 vous, les Europ\u00e9ens, comme des protectrices de la nature et de la puret\u00e9 de l\u2019air. Mais ce sont les m\u00eames qui nous apportent en Amazonie, en Am\u00e9rique ou en Asie tous les d\u00e9chets qui sont produits ici. Ces gens se pr\u00e9sentent ici comme des d\u00e9fenseurs, des protecteurs, et l\u00e0-bas ce sont des pr\u00e9dateurs. Ils ont converti la nature en un march\u00e9 de plus. Or la protection radicale de l\u2019\u00e9cologie ce n\u2019est pas un nouveau march\u00e9, ni une nouvelle logique d\u2019entreprise.<br \/>\nIl faut instaurer une nouvelle relation qui sera toujours tendue. Parce que la richesse qui va satisfaire les besoins requiert la transformation de la nature et, en transformant la nature, nous modifions son existence, nous modifions la biosph\u00e8re. Mais en modifiant la biosph\u00e8re, souvent de mani\u00e8re contre-productive, nous d\u00e9truisons et l\u2019\u00eatre humain et la nature. Le capitalisme ne se soucie pas de cela, parce que pour lui c\u2019est du commerce. Mais nous cela nous concerne, cela concerne la gauche, l\u2019humanit\u00e9, l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Nous devons revendiquer une nouvelle logique des relations, qui soient je ne dirai pas harmonieuses mais m\u00e9taboliques, r\u00e9ciproquement b\u00e9n\u00e9fiques, entre l\u2019environnement et l\u2019\u00eatre humain, le travail, les besoins.<br \/>\nEnfin, il est clair que nous devons revendiquer la dimension h\u00e9ro\u00efque de la politique, telle que la voyait Hegel. En le suivant, je suppose, Gramsci disait que, dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes, la philosophie et un nouvel horizon de vie ont \u00e0 se convertir en foi en la soci\u00e9t\u00e9. Cela signifie que nous avons besoin de reconstruire l\u2019esp\u00e9rance, que la gauche doit \u00eatre la structure organisationnelle souple, de plus en plus unifi\u00e9e, capable de r\u00e9veiller l\u2019esp\u00e9rance, de redonner un nouveau sentiment commun, une nouvelle foi. Non pas au sens religieux du terme, mais une nouvelle croyance largement r\u00e9pandue au nom de laquelle les gens puissent mettre en jeu leur temps, leurs efforts, leur espace, leur d\u00e9vouement.<br \/>\nJe salue ce que ma camarade commentait en disant qu\u2019aujourd\u2019hui 30 organisations politiques sont r\u00e9unies. Excellent&nbsp;! Cela signifie qu\u2019il est possible de s\u2019unir, que nous pouvons sortir des espaces restreints. La gauche, si faible aujourd\u2019hui en Europe, ne peut se permettre le luxe de se d\u00e9marquer de ses camarades. Il peut y avoir des diff\u00e9rences sur 10 ou 20 points, mais nous co\u00efncidons sur 100. Que ces 100 points soient donc les points d\u2019accord, de rapprochement, de travail. Et nous pouvons mettre de c\u00f4t\u00e9 les 20 autres pour la suite. Nous sommes trop faibles pour nous permettre le luxe de rester dans des combats de chapelle et de petits fiefs, en nous distan\u00e7ant du reste. Nous devons assumer une logique nouvellement gramscienne&nbsp;: unifier, coordonner, promouvoir.<br \/>\nNous devons prendre le pouvoir d\u2019\u00c9tat, nous devons nous battre pour l\u2019Etat, sans jamais oublier que l\u2019Etat est plus qu\u2019une machine, c\u2019est une relation. Plus que mati\u00e8re, c\u2019est une id\u00e9e. L\u2019Etat est essentiellement une id\u00e9e. Et un peu de mati\u00e8re. Il est mati\u00e8re en tant que relations sociales, en tant que forces, en tant que pressions, budgets, accords, r\u00e9glementations, lois. Mais il est fondamentalement id\u00e9e en tant que croyance en un ordre commun, un sens de la communaut\u00e9. Au fond, la lutte pour l\u2019Etat est un combat pour une nouvelle fa\u00e7on de nous unifier, pour un nouvel universel, pour un type d\u2019universalisme qui unifie volontairement les personnes.<br \/>\nMais cela suppose alors d\u2019avoir pr\u00e9alablement gagn\u00e9 en mati\u00e8re de croyances. Avoir d\u00e9j\u00e0 vaincu les adversaires par la parole, par le sens commun. Avoir d\u00e9j\u00e0 vaincu les conceptions dominantes de droite dans le discours, dans la perception du monde, dans les perceptions morales que nous avons des choses. Tout cela exige un travail tr\u00e8s ardu.<br \/>\nLa politique n\u2019est pas seulement une question de rapport de forces, de capacit\u00e9 de mobilisation, m\u00eame si elle le sera le moment venu. Elle est fondamentalement persuasion, articulation, sens commun, croyance, vision partag\u00e9e, jugements et pr\u00e9jug\u00e9s partag\u00e9s quant \u00e0 l\u2019ordre du monde. Et l\u00e0, la gauche ne doit pas seulement se satisfaire de l\u2019unit\u00e9 des organisations de gauche. Elle a besoin de se d\u00e9velopper dans les syndicats, qui sont le socle de la classe ouvri\u00e8re et sa forme organique d\u2019unification. Mais nous devons aussi \u00eatre tr\u00e8s attentifs, camarades, \u00e0 d\u2019autres formes nouvelles d\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLa reconfiguration des classes sociales en Europe et dans le monde va donner lieu \u00e0 diff\u00e9rentes formes d\u2019unification, plus souples, moins organiques, peut-\u00eatre plus territoriales, moins li\u00e9es au lieu de travail. Toutes sont n\u00e9cessaires. L\u2019unification par lieu de travail, l\u2019unification territoriale, l\u2019unification th\u00e9matique, l\u2019unification id\u00e9ologique &#8230; C\u2019est un ensemble de formes souples, face auxquelles la gauche doit avoir la capacit\u00e9 d\u2019articuler, d\u2019unifier et de proposer, et d\u2019aller de l\u2019avant.<br \/>\nPermettez-moi, au nom du pr\u00e9sident Evo Morales, en mon nom, de vous f\u00e9liciter, de saluer cette rencontre, de vous souhaiter et de formuler respectueusement et affectueusement&nbsp;une exigence&nbsp;: luttez, luttez, luttez&nbsp;! Ne nous laissez pas seuls, nous les autres peuples qui luttons de mani\u00e8re isol\u00e9e dans certains endroits&nbsp;: en Syrie, un peu en Espagne, au Venezuela, en Equateur, en Bolivie. Non, ne nous laissez pas seuls, nous avons besoin de vous, non pas d\u2019une Europe qui observe de loin ce qui se passe dans les r\u00e9gions \u00e9loign\u00e9es du monde, mais d\u2019une Europe qui \u00e9claire \u00e0 nouveau le destin du continent et du monde.<br \/>\n<br \/>Traduction de l\u2019espagnol&nbsp;: <span style=\"font-weight: bold;\">Marie-Rose Ardiaca<\/span><br \/>R\u00e9vision&nbsp;: M\u00e9moire des luttes<br \/>\n<span style=\"font-style: italic;\">Source&nbsp;: <link http:\/\/alainet.org\/active\/69962 - external-link-new-window \"Opens external link in new window\">ALAI<\/link>,&nbsp;Am\u00e9rica Latina en Movimiento<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le IV\u00e8me congr\u00e8s du Parti de la gauche europ\u00e9enne (PGE) a r\u00e9uni 30 formations de gauche europ\u00e9ennes \u00e0 Madrid entre le 13 et le 15 d\u00e9cembre dernier. Il a discut\u00e9 des strat\u00e9gies communes \u00e0 mettre en \u0153uvre pour faire \u00e9chec aux politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de soumission \u00e0 la dictature des march\u00e9s. Un des moments forts de cette rencontre a \u00e9t\u00e9 l\u2019intervention du vice-pr\u00e9sident invit\u00e9 de l\u2019Etat plurinational de la Bolivie, Alvaro Garc\u00eda Linera.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":20299,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[61],"tags":[],"class_list":["post-20298","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","person-alvaro-garcia-linera-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20298"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20298\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26744,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20298\/revisions\/26744"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20299"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20298"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20298"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}