{"id":20312,"date":"2014-03-20T11:53:00","date_gmt":"2014-03-20T10:53:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/blog\/non-classifiee\/pouvoir-de-lideologie-le-feminisme-et-lepreuve-de-la-critique\/"},"modified":"2023-09-27T15:59:36","modified_gmt":"2023-09-27T13:59:36","slug":"pouvoir-de-lideologie-le-feminisme-et-lepreuve-de-la-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/blog\/article\/pouvoir-de-lideologie-le-feminisme-et-lepreuve-de-la-critique\/","title":{"rendered":"Pouvoir de l\u2019Ideologie: Le Feminisme et L\u2019Epreuve de la Critique"},"content":{"rendered":"<p>Quel est l\u2019appel que j\u2019aimerais lancer ici? Quel appel qui tienne compte de la conjoncture politique, id\u00e9ologique et \u00e9conomique pour que cette conjoncture soit pour nous une chance de rebondir au milieu de la r\u00e9gression politique et du d\u00e9sastre social? L\u2019appel \u00e0 r\u00e9animer&nbsp; un mouvement. Le mouvement de lib\u00e9ration des femmes. Qu\u2019est-ce \u00e7a veut dire? Un mouvement \u00e7a peut tourner en rond et tourner rond, ne pas changer d\u2019orbite. C\u2019est, il me semble, l\u00e0 o\u00f9 nous en sommes. On s\u2019agite, on revendique beaucoup, toujours en parcourant les m\u00eames traces, et dans certaines limites, dans un horizon cl\u00f4tur\u00e9. Manque la prise qui nous permette, non seulement de r\u00e9sister <i>dans<\/i> le courant, mais de r\u00e9sister au courant et de changer de courant, d\u2019interrompre, de prendre une autre direction qui fasse sens, nous d\u00e9senglue de la tristesse ambiante.<br \/>\nCar un&nbsp; mouvement \u00e7a peut aussi emporter, d\u00e9porter, forcer un chemin. Forcer un chemin c\u2019est pratiquer une ouverture l\u00e0 o\u00f9 rien n\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu, l\u00e0 o\u00f9 tout s\u2019oppose, ouvrir sur des horizons nouveaux. Cela suppose avoir l\u2019intelligence d\u2019une situation. Avoir l\u2019intelligence d\u2019une situation, c\u2019est pouvoir la comprendre \u00e0 partir d\u2019une pens\u00e9e, d\u2019un point de vue ext\u00e9rieur \u00e0 la pens\u00e9e dominante, d\u2019une position non pas statique, mais une position en mouvement qui se donne avec le but , les moyens d\u2019y parvenir.<br \/>\nMouvement de lib\u00e9ration des femmes dit position politique et id\u00e9ologique pour mettre en mouvement. Par rapport \u00e0 quoi? Et pour quoi? Pas de mouvement sans th\u00e9orie de la pratique, une pratique qui revient sur elle-m\u00eame, se pense, s\u2019autocritique. Car sans th\u00e9orie, pas de chemin \u00e0 construire mais une marche hasardeuse, qui se laisse sans le savoir, s\u00e9duire par les discours dominants. Sans th\u00e9orie qui donne la compr\u00e9hension de l\u2019ensemble, et du coup les lignes de d\u00e9marcation et la ligne de fuite, il y a un tourner en rond o\u00f9 l\u2019on croit avancer, alors que la r\u00e9p\u00e9tition devient la forme invisible de notre impuissance.&nbsp;<br \/>\nLe mouvement f\u00e9ministe ne se r\u00e9duit pas \u00e0 des associations,des partis&#8230; ni \u00e0 des revendications dans un cadre donn\u00e9 m\u00eame s\u2019il les inclue. Mais il les inclue \u00e0 la condition d\u2019\u00eatre ce qui les porte, les emporte au-del\u00e0 d\u2019eux-m\u00eames. Le mouvement f\u00e9ministe est apparu comme mouvement, quand il s\u2019est donn\u00e9 un mot d\u2019ordre politique et est rentr\u00e9 dans la bataille id\u00e9ologique. Quand, <i>&nbsp;en de\u00e7a du droit et au-del\u00e0 du droit<\/i>, il s\u2019est pos\u00e9 comme remettant en question non pas seulement des places dans une structure, mais la structure elle-m\u00eame, la <u>structure patriarcale<\/u>. Quand il s\u2019est donn\u00e9 en un mot \u201cl\u2019intelligence de la chose\u201d. Cette intelligence de la chose, nous l\u2019avons perdue avec le reflux des luttes sociales et politiques, avec la crise du mouvement ouvrier, le triomphe du capitalisme lib\u00e9ral et avec, l\u2019enterrement toujours annonc\u00e9 de Marx et de Freud.<br \/>\nAlors l\u2019id\u00e9ologie juridique et l\u2019\u00e9conomisme qui l\u2019accompagne sont devenus pr\u00e9dominants. Et avec, ce que j\u2019appelle le f\u00e9tichisme de l\u2019Etat et de la d\u00e9mocratie. Nous nous battons plus pour une int\u00e9gration dans les cadres donn\u00e9s, que pour la remise en question de ce cadre lui-m\u00eame, qui impulserait une prise de conscience de la r\u00e9alit\u00e9 des antagonismes et des contradictions qui sont \u00e0 l\u2019oeuvre. En cela nous suivons la pente g\u00e9n\u00e9rale de tous les partis et mouvements de \u201cgauche\u201d. Les rapports de force ne sont pas en notre faveur, d\u00e9s lors nous sommes enclins \u00e0 nous soumettre \u00e0 ce qui nous semble impossible \u00e0 briser, quitte \u00e0 vouloir le \u201ctransformer\u201d. Ce que nous ne cessons de r\u00e9clamer, l\u2019\u201dextension\u201d de la d\u00e9mocratie, la d\u00e9mocratie \u201crestaur\u00e9e\u201d, ne change pas la nature de la d\u00e9mocratie telle qu\u2019elle s\u2019exerce dans le syst\u00e8me bourgeois, elle ne change pas la structure patriarcale telle qu\u2019elle fonctionne en tant que structure. Se battre pour avoir sa place, des droits, une reconnaissance l\u00e9gale, vouloir ainsi \u00e9largir l\u2019espace d\u00e9mocratique est n\u00e9cessaire, indispensable,&nbsp; il y va de notre vie quotidienne. Mais lorsque cela cr\u00e9e <i>l\u2019illusion<\/i> que nous gagnons du terrain et que le syst\u00e8me va changer, bien que tout l\u2019appareil d\u2019Etat et les institutions qui vont avec, restent en place, alors c\u2019est que nous avons perdu la bataille id\u00e9ologique et que les batailles gagn\u00e9es nous font perdre la guerre. Le recul des droits des femmes et de leur poids politique et social nous le signale.<br \/>\nCar le propre de la d\u00e9mocratie bourgeoise est de fluctuer sur les bases du rapport de forces dans la lutte des classes, et cette fluctation, selon les tendances et contre-tendances, est toujours r\u00e9appropri\u00e9e en derni\u00e8re instance au profit de la classe au pouvoir et du proc\u00e9s du capital, c\u2019est-\u00e0-dire au profit de l\u2019exploitation et de la marchandisation des \u00eatres humains, de la destruction du monde. N\u2019oublions pas que la d\u00e9mocratie est n\u00e9e en Gr\u00e8ce \u00e0 partir d\u2019un rapport de classes (l\u2019esclavagisme). Analyser&nbsp; la reproduction du capitalisme, ce n\u2019est pas s\u2019en tenir \u00e0 l\u2019\u00e9conomique, mais c\u2019est penser en m\u00eame temps la fonction et le fonctionnement de la d\u00e9mocratie comme appareil id\u00e9ologique et politique qui assure la reproduction des modes de soumission, en voilant les int\u00e9r\u00eats r\u00e9els qui s\u2019y jouent.<br \/>\nComment engager alors un autre processus d\u00e9mocratique? Pour le penser, il nous faut revenir au lieu historique d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019est impos\u00e9e et \u00e0 briser ce f\u00e9tichisme juridique et \u00e9tatique pour s\u2019\u00e9tablir dans un ailleurs absolu, la <i>Commune de Paris.<\/i> La Commune de Paris, tirant la le\u00e7on des d\u00e9faites de la classe ouvri\u00e8re qui, \u00e0 chaque r\u00e9volution, servait de marche-pieds \u00e0 la classe bourgeoise dont elle observait la l\u00e9galit\u00e9, s\u2019est \u00e9tablie ailleurs, fondant par son existence m\u00eame un autre espace politique, en rupture avec l\u2019espace politique de la bourgeoisie. D\u00e9s lors, elle a donn\u00e9 le sens des r\u00e9volutions prol\u00e9tariennes. Marx nous le rappelle dans <i><u>Les luttes de classes en France<\/u>.&nbsp; <\/i>Le sens des r\u00e9volutions prol\u00e9tariennes, ne se donne pas dans la prise de pouvoir pour faire fonctionner la machine d\u2019Etat au profit de la classe prol\u00e9tarienne, mais dans le fait de briser la machine d\u2019Etat, de changer les rapports de production et inventer un autre fonctionnement de l\u2019organisation sociale qui mettrait fin \u00e0 la lutte des classes, o\u00f9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 fonde la libert\u00e9 r\u00e9elle. Ce qu\u2019il th\u00e9orisa sous le concept de \u201cDictature du prol\u00e9tariat\u201d. Le mot de Dictature fait peur aujourd\u2019hui apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience des pays dits \u201csocialistes\u201d . Mais il est n\u00e9cessaire d\u2019en rappeler le sens (et de d\u00e9passer ainsi le terrorisme intellectuel exerc\u00e9 sur la th\u00e9orie marxiste), lorsqu\u2019il est inscrit dans le <i>concept<\/i> de \u201cDictature du prol\u00e9tariat\u201d : non pas prise de pouvoir pour la r\u00e9pression, mais destruction de tout pouvoir, extension de la d\u00e9mocratie r\u00e9elle \u00e0 partir d\u2019un terrain nouveau. Qu\u2019il y ait alors antagonisme exacerb\u00e9 entre les classes, demande d\u2019en traiter la r\u00e9solution dans un rapport de force populaire. En ce sens le communisme est le nom de ce mouvement qui ne donne pas le pouvoir \u00e0 une classe, la classe prol\u00e9tarienne, mais qui tend vers la mise en commun comme pratique d\u2019une organisation sociale, pratique d\u2019un nouveau mode de production.<br \/>\nProl\u00e9tariat est le nom de cette puissance de mise en mouvement. Dans ce sens il est mouvement populaire, en tant qu\u2019il appelle toutes&nbsp; les classes sociales&nbsp; ayant une exp\u00e9rience propre de la domination et de l\u2019exploitation, \u00e0 se f\u00e9d\u00e9rer dans un processus commun de lib\u00e9ration. De m\u00eame que le f\u00e9minisme n\u2019est pas prise de pouvoir des femmes pour inverser une domination, mais formation d\u2019une puissance pour d\u00e9truire toute prise de pouvoir d\u2019un sexe sur l\u2019autre, qui est le pouvoir de base constitutif de tous les pouvoirs. C\u2019est en quoi il est mouvement de lib\u00e9ration. Mouvement Feministe et mouvement communiste sont li\u00e9s n\u00e9cessairement. Ils sont dans l\u2019engagement d\u2019un processsus r\u00e9volutionnaire qui ne peut se contenter d\u2019am\u00e9liorer les structures d\u2019assujettissement. Peut-on s\u2019\u00e9manciper r\u00e9ellement si on ne se lib\u00e8re pas en m\u00eame temps de ce qui nous maintient en minorit\u00e9 et en esclavage. C\u2019est pour cela que s\u2019en tenir, en politique, \u00e0 la question de la \u201cparit\u00e9\u201d en r\u00e9clamant le partage du \u201cpouvoir\u201d, ne r\u00e9soudra ni la question de l\u2019\u00e9galit\u00e9 ni la question de l\u2019\u00e9mancipation.<br \/>\nIl y a toujours eu dans le mouvement f\u00e9ministe plusieurs courants. Mais ce sont les courants les plus radicaux qui marquent la tendance d\u2019un mouvement \u00e0 sa naissance. Car il est ce qui disjoint l\u2019ensemble, le fait craquer, force le chemin <i>pour <\/i>sa naissance. Puis avec son \u00e9tablissement, son int\u00e9gration dans les institutions, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps et des contre-tendances, ce sont les courants les plus r\u00e9formistes, les plus ti\u00e8des qui vont marquer la tendance. Tel est le pouvoir de l\u2019id\u00e9ologie dominante et des appareils dans lesquels elle se constitue et se transmet. Elle s\u2019impose \u00e0 notre insu, dans tous nos petits renoncements qui nous font c\u00e9der \u00e0 la fin sur l\u2019essentiel. Or les courants les plus radicaux qui \u00e9taient n\u00e9s du <i>surgissement<\/i> des mouvements dits \u201cminoritaires\u201d, \u00e9taient aussi li\u00e9s \u00e0 la pens\u00e9e de Marx et de Freud, m\u00eame s\u2019ils ne s\u2019y rattachaient&nbsp; pas directement. Car toute la critique sociale et politique, y puisait son renouvellement et sa force th\u00e9orique. En dehors des partis et contre les partis, en lien avec la lutte de classes&nbsp;<br \/>\nC\u2019est que la r\u00e9volution sociale et politique \u00e9tait l\u2019horizon partag\u00e9, que penser la relation des hommes et des femmes comme&nbsp; \u201crapports sociaux de sexe\u201d, c\u2019\u00e9tait les penser sous le concept de <u>structure patriarcale<\/u>. Ce concept nous donne les moyens de comprendre comment cette structure est \u00e0 la base de toutes les formes sociales de la domination, puisqu\u2019elle est la premi\u00e8re forme et la forme fondamentale de l\u2019appropriation priv\u00e9e, celle des corps, du corps sexu\u00e9. Cette division sexuelle comme mode de production sp\u00e9cifique, traverse et structure tous les autres modes de production (appareil d\u2019Etat, partis, syndicats, toutes les institutions&#8230;). Par son universalit\u00e9 on peut dire qu\u2019elle fait des femmes une \u201cclasse\u201d exploit\u00e9e. Aussi la domination du capitalisme int\u00e8gre, pour sa reproduction, la structure patriarcale. Et pourtant c\u2019est pour la n\u00e9cessit\u00e9 de son exploitation qu\u2019il a lib\u00e9r\u00e9 (contre la structure patriarcale), toutes les forces de travail, femmes et enfants compris, inaugurant ainsi l\u2019universalit\u00e9 de son extension. Mais la division sexuelle du travail lui permet d\u2019amoindrir les forces qui pourraient s\u2019opposer \u00e0 lui, en exacerbant les conflits entre les hommes et les femmes. Il tire de plus profit d\u2019une force de travail au rabais, qui se doit de r\u00e9parer, soigner la force de travail masculine.&nbsp;<br \/>\nPour th\u00e9oriser la \u201cliaison sp\u00e9cifique\u201d de la lutte des classes et de la lutte contre le patriarcat, nous avions avanc\u00e9 (le groupe d\u2019\u201dElles voient rouge\u201d)dans&nbsp; <i><u>Feminisme et marxisme(I)<\/u>,<\/i> le concept de \u201csurd\u00e9termination\u201d pour montrer comment dans tout processus r\u00e9volutionnaire, la lutte contre le patriarcat est la lutte qui fonde, surd\u00e9termine le sens de la lutte des classes. Cette liaison ne pouvait donc \u00eatre pens\u00e9e dans la forme de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, mais sous la forme&nbsp; de la d\u00e9termination \u201cen derni\u00e8re instance\u201d (c\u2019est-\u00e0-dire la plus d\u00e9terminante m\u00eame si elle n\u2019est pas la cause directe), car elle dessine le destin d\u2019une r\u00e9volution: qu\u2019<i>une<\/i> domination des hommes sur les femmes soient maintenue, et c\u2019est toute la hi\u00e9rarchie et le syst\u00e8me de <i>la<\/i> domination qui se maintient et se reconstruit, annulant le proc\u00e8s de la r\u00e9volution. Poser la question de la relation entre les femmes et les hommes comme constitutive du <i>devenir r\u00e9volutionnaire de la r\u00e9volution<\/i>, c\u2019est faire entendre qu\u2019on ne saurait s\u00e9parer&nbsp; ce devenir, du \u201cdevenir r\u00e9volutionnaire des gens\u201d(G.Deleuze), de la transformation de la subjectivit\u00e9 (des hommes comme des femmes). Mais c\u2019est aussi mettre l\u2019accent, sur le fait que la lutte contre le patriarcat ne peut elle-m\u00eame se d\u00e9ployer, que dans le sens de la fin des classes sociales, et de tout syst\u00e8me de \u201cpouvoir sur\u201d. \u00c7a veut donc dire \u00e0 l\u2019horizon, d\u00e9truire la totalit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me et d\u2019un processus, remettre en question tous les appareils id\u00e9ologiques et l\u2019appareil d\u2019Etat. La th\u00e9orisation du syst\u00e8me patriarcal, appelle \u00e0 penser sa destruction dans l\u2019horizon du communisme. Seule la th\u00e9orie marxiste nous permettait et nous permet toujours aujourd\u2019hui, d\u2019\u00eatre aussi hardies et radicales. Nous \u00e9crivions dans <i><u>Feminisme et Marxisme<\/u> <\/i>que le \u201cretard historique\u201d des femmes impos\u00e9 par la structure \u201cleur donne en m\u00eame temps un point de vue <i>hors syst\u00e8me<\/i>, qui est un point de vue r\u00e9volutionnaire\u201d.<br \/>\nOr le mouvement f\u00e9ministe a perdu cette analyse d\u2019ensemble, cette position politique pour se replier sur des espaces plus identitaires, plus &quot;locaux&quot;, o\u00f9 pr\u00e9dominent la d\u00e9nonciation des discriminations, des in\u00e9galit\u00e9s, des violences faites aux femmes donc la revendication de droits, laissant tomber l\u2019analyse de la production et de la reproduction du syst\u00e8me, et du m\u00eame coup, toute vis\u00e9e r\u00e9volutionnaire. On se bat au contraire pour coller au syst\u00e8me alors que le syst\u00e8me ne nous a jamais aussi mal trait\u00e9es! La prise en compte de la construction des identit\u00e9s et du sujet est n\u00e9cessaire, elle a r\u00e9interrog\u00e9 la th\u00e9orie marxiste et permit de re-penser la dialectique subjective de la r\u00e9volution Elle fait aussi partie de la question de la reproduction d\u2019un mode de production, la reproduction de l\u2019id\u00e9ologie dominante que Gramsci th\u00e9orise sous le concept d\u2019H\u00e9g\u00e9monie,&nbsp; Althusser sous le concept d\u2019Appareils Id\u00e9ologique d\u2019 Etat ou Bourdieu sous le concept d\u2019Habitus et qu\u2018une partie du mouvement f\u00e9ministe a voulu rendre visible sous la cat\u00e9gorie sociale de \u201cConstruction du genre\u201d. Mais l\u2019id\u00e9ologie \u201cidentitaire\u201d h\u00e9g\u00e9monique aujourd\u2019 hui, efface la structure et les rapports sociaux de pouvoir, au profit de la seule analyse de la relation entre individus ou groupes, ou communaut\u00e9s ou construction du genre laissant tomber la question politique au profit d\u2019am\u00e9nagements d\u2019espaces de reconnaissance. Le f\u00e9minisme, s\u2019il garde toujours une certaine force subversive, for\u00e7ant la pens\u00e9e et la pratique \u00e0 s\u2019affronter \u00e0 une question \u00e0 chaque fois d\u00e9ni\u00e9e et scandaleuse, y perd sa dimension r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nDans un travail d\u2019enqu\u00eate qu\u2019elle a men\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019\u00e9tudiantes sur \u201cles repr\u00e9sentations du f\u00e9minisme\u201d Sandrine Moeschler note qu\u2019\u00e0 la question \u201cqu\u2019est-ce que le f\u00e9minisme?\u201d(2), la plupart des \u00e9tudiantes r\u00e9pondent: \u201creconna\u00eetre ou d\u00e9fendre le droits des femmes\u201d, \u201cvaloriser les femmes\u201d, \u201cfaire avancer la cause des femmes\u201d, \u201csans partir du constat de la subordination des femmes aux hommes ou de l\u2018oppression commune qu\u2019elles partagent\u201d. De m\u00eame que la revendication, \u201cA travail \u00e9gal, salaire \u00e9gal\u201d, n\u2019implique pas forc\u00e9ment chez elles une \u201cconscience de la division sexuelle du travail\u201d. Donc on se focalise sur ce qui concerne les femmes en tant que groupe, cat\u00e9gorie \u201cd\u00e9favoris\u00e9e\u201d, sans comprendre la relation sociale qui d\u00e9finit leur r\u00f4le et leur identit\u00e9 ainsi que leur statut, sans voir le lien \u00e0 l\u2019ensemble. La question des femmes reste donc localis\u00e9e \u00e0 certains probl\u00e8mes. Or lorsqu\u2019on parle de \u201crelations sociales\u201d on ne parle par de relations interindividuelles, mais de relations de production au sens marxiste du terme, fond\u00e9es sur des rapports de production sp\u00e9cifiques qui d\u00e9terminent les relations interindividuelles.<br \/>\nSe r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une structure \u00e9vite aussi de s\u2019en prendre aux hommes comme individus -m\u00eame si chaque femme se confronte dans l\u2019intimit\u00e9 et dans sa t\u00eate, \u00e0 un homme dont elle doit se lib\u00e9rer et pas seulement qu\u2019elle doit accuser!-pour montrer comment hommes et femmes sont assign\u00e9s \u00e0 leur place respectives. Que les hommes en tirent profit&nbsp; et jouissance parce qu\u2019ils occupent une place de pouvoir, c\u2019est la force de constitution subjective d\u2019un mode de production, qui fait que les hommes reproduisent ce mode par eux-m\u00eames, escamotant ainsi la r\u00e9alit\u00e9 de leur propre condition, leur soumission \u00e0 la domination de classe. Que les femmes y trouvent aussi profit et jouissance, montre comment ce syst\u00e8me sait mobiliser le psychique des individus sous la forme de la \u201cduperie de soi\u201d et des formes du d\u00e9sir. C\u2019est aussi \u00e0 cela que le f\u00e9minisme, en tant que mouvement, doit se confronter et&nbsp; qu\u2019il doit analyser, pour saisir le processus d\u2019une reproduction qui ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 de simples in\u00e9galit\u00e9s ou de manquements au droit, mais questionne toute la dialectique entre champ social et champ psychique, leur prise r\u00e9ciproque. Analyser le processus d\u2019assujettissement permet de mener la lutte id\u00e9ologique et politique \u00e0 tous les niveaux, de lier le local au g\u00e9n\u00e9ral. Et cette lutte on le voit, ne saurait se r\u00e9duire aux \u201cd\u00e9nonciations\u201d, mais doit inclure un travail d\u2019analyse critique d\u2019un syst\u00e8me de production et de repr\u00e9sentation, \u00e0 la base. Elle requiert du m\u00eame coup la th\u00e9orie freudienne de l\u2019inconscient que la th\u00e9orie du genre a parfois tendance a laisser de c\u00f4t\u00e9, en effa\u00e7ant la question de la diff\u00e9rence des sexes au seul profit d\u2019une construction sociale. Reste que la \u201cdiff\u00e9rence\u201d ne saurait \u00eatre pens\u00e9e en termes de r\u00f4les d\u00e9volues mais en tant que possibilit\u00e9 de rencontrer l\u2019autre irr\u00e9ductible.<br \/>\nQue les femmes aient \u00e0 s\u2019\u00e9manciper et \u00e0 se soulever contre toute forme de pouvoir, et partant contre la forme patriarcale de leur propre exploitation et domination, ne veut pas dire qu\u2019il y ait d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les bons et de l\u2019autre les m\u00e9chants. Tout sujet est divis\u00e9 entre son d\u00e9sir de se lib\u00e9rer et son acceptation de l\u2019ordre dominant comme forme d\u2019int\u00e9gration d\u2019une reconnaissance. Efficacit\u00e9 d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie culturelle et sociale, qui n\u2019appelle pas seulement une soumission ou une r\u00e9pression, mais construit les individus dans leur identit\u00e9, identit\u00e9 qu\u2019ils revendiquent(cf Michel Foucault). On ne saurait d\u00e8s lors ignorer la constitution pulsionnelle contradictoire et symbolique de tout sujet. J\u2019ajoute aussit\u00f4t, que la lutte contre un syst\u00e8me de domination ne peut pas se mener, avec l\u2019illusion infantile qu\u2019un jour le genre humain serait en paix avec lui-m\u00eame, et que nous vivrons \u201cheureux,\u201d c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 jamais pacifi\u00e9s, dans une soci\u00e9t\u00e9 sans antagonismes, transparente \u00e0 elle-m\u00eame! Autant dire morts au d\u00e9sir et \u00e0 la rencontre, robotis\u00e9(e)s, r\u00e9duites \u00e0 nos seuls besoins (que la structure aura planifi\u00e9s). La libert\u00e9 et l\u2018\u00e9galit\u00e9 seront toujours \u00e0 conqu\u00e9rir dans n\u2019importe quel mode de production&nbsp; et le bonheur n\u2019est un \u00e9tat que par contraste. Il y aura un r\u00e9el autre, sous la forme de l\u2019inconscient comme&nbsp; limite \u00e0 ma toute-puissance, pris lui-m\u00eame dans la mat\u00e9rialit\u00e9 des relations sociales. A moins de r\u00eaver d\u2019une jouissance de petits ego sans limite, qui ne r\u00eavent d\u2019\u00e9galit\u00e9, que pour r\u00e9cuser tout assujettissement m\u00eame au langage, m\u00eame \u00e0 la transmission! Ne confondons pas \u00e9galit\u00e9 sociale et neutralisation&nbsp; des tensions, des contradictions&#8230; La vie comme Eros, ne saurait se penser sans la destruction et la mort, c\u2019est pour cela qu\u2019elle est vivante. La psychanalyse nous apporte cette force de d\u00e9sillusionnement.<br \/>\nOn ne saurait concevoir les femmes seulement comme&nbsp; des victimes. Mais comme sujets d\u00e9sirant qui, dans leur souffrance, reproduisent sans le savoir le pouvoir qui les soumet, et mettent en place des syst\u00e8mes de pouvoir compensatoires tout aussi redoutables, et en m\u00eame temps des syst\u00e8mes de contournement et d\u2019invention. Car ce qui nous soumet nous donne tout aussi bien des rep\u00e8res identificatoires et des places constituantes, alors on y tient, on en joue, on les subvertit. C\u2019est pour cela que la bataille id\u00e9ologique d\u00e9passe la simple opposition ou la seule \u201cr\u00e9sistance \u00e0\u201d. Se mettre en mouvement vers- au-del\u00e0 de l\u2019accusation et des droits \u00e0 obtenir-, c\u2019est mettre une pens\u00e9e au travail qui soit soutenue par une pratique de la \u201cdiff\u00e9renciation maximale\u201d (D.Sibony).<br \/>\nUne pens\u00e9e se met au travail lorsqu\u2019elle est port\u00e9e par le d\u00e9sir. Et le d\u00e9sir (de penser) ne surgit que l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait \u00e9cart avec la norme dans laquelle se meut l\u2019individu. L\u00e0 o\u00f9 quelque chose d\u2019inconnu se risque, qui nous s\u00e9pare de nous-m\u00eame, fait jouer une scission et donc un \u00e9lan. Le d\u00e9sir concerne l\u2019au-del\u00e0 du besoin, m\u00eame s\u2019il s\u2019appuie sur lui (il y a des besoins \u201cvitaux\u201d qui ne sont pas toujours perceptibles). Il est en exc\u00e8s sur le besoin et rabattre le sujet sur ses \u201cbesoins\u201d c\u2019est le rabattre sur son animalit\u00e9 et m\u00eame dirait Marx sur sa \u201cbestialit\u00e9\u201d (sur un r\u00e9el r\u00e9duit au corps brut). Parce qu\u2019il creuse un au-del\u00e0, le d\u00e9sir porte loin, force le chemin, disjoint la n\u00e9cessit\u00e9, alors que dans le besoin nous sommes coll\u00e9s \u00e0 l\u2019imm\u00e9diat, coll\u00e9s \u00e0 la manipulation des urgences \u00e0 combler, au d\u00e9triment d\u2019une strat\u00e9gie port\u00e9e par un horizon politique. C\u2019est bien pourquoi le capitalisme cherche \u00e0 nous r\u00e9duire \u00e0 des besoins, en \u201cmontant\u201d des objets de d\u00e9sir qui semblent r\u00e9pondre \u00e0 un d\u00e9sir fondamental de cr\u00e9ativit\u00e9 et de libert\u00e9, alors qu\u2019ils sont&nbsp; au service d\u2019un processus d\u2019assujettissement (dans le culte de l\u2019appropration infinie). Mais le capitalisme a compris quelque chose du d\u00e9sir tandis que la \u201cgauche\u201d, bien-pensante et sage (petite-bourgeoise), n\u2019y voit que du feu. Alors m\u00eame qu\u2019il est question d\u2019un d\u00e9sir plus fondamental, de ce d\u00e9sir qui manifeste ce besoin vital, sp\u00e9cifique&nbsp; au sujet humain, de pouvoir remettre toujours tout en question, jusqu\u2019\u00e0 la vie elle-m\u00eame pour lib\u00e9rer la vie. D\u00e9s lors il ne s\u2019agit pas tant de quelque chose \u00e0 poss\u00e9der dans l&#8217;assouvissement d&#8217;un avoir (un objet, un espace, une place&#8230; ) que d\u2019un mouvement qui&nbsp; nous divise, d&#8217;une &quot;chance \u00e0 risquer&quot;.<br \/>\nAinsi des appels de la gauche \u00e0 lutter contre l\u2019\u201daust\u00e9rit\u00e9\u201d, qui r\u00e9duit la perception des individus \u00e0 leur soi-disant besoins &quot;mat\u00e9riels&quot;. Nous bloquons le d\u00e9sir dans la plainte, la r\u00e9clamation, le simple constat du malheur qui nous est fait, sous la forme d&#8217;une &quot;soustraction&quot;, d&#8217;un &quot;vol&quot;, d&#8217;un &quot;abus&quot;. Croire que l\u2019on peut mobiliser sur les seules \u201crevendications\u201d \u00e9conomiques (encore que la notion d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est si vague qu\u2019il rejoint le langage consum\u00e9riste) ou&nbsp; juridique est une illusion. Il y faut au contraire, le soutien d\u2019 une perspective politique, id\u00e9ologique, qui ne s\u2019en tient pas \u00e0 vouloir am\u00e9nager ou am\u00e9liorer le syst\u00e8me mais qui, prenant appui sur les contradictions du syst\u00e8me, porte le mouvement des luttes au bord extr\u00eame d\u2019un franchissement. Dans la port\u00e9e d\u2019une \u201cbrisure\u201d, d\u2019une destruction vivifiante o\u00f9 l\u2019on se constitue soi-m\u00eame, o\u00f9 se constitue la force d\u2019un mouvement qui ne peut se d\u00e9velopper sans <i>enthousiasme <\/i>(Rappelons Kant et son jugement sur la r\u00e9volution fran\u00e7aise). Telle fut la Commune de Paris et les r\u00e9volutions d\u00e9cisives du XXe si\u00e8cle (1917, la r\u00e9volution espagnole&#8230;), C\u2019est l\u2019\u201dappara\u00eetre\u201d d\u2019un mouvement autonome, d\u2019un mouvement constituant sa propre puissance, l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas, qui a inscrit le f\u00e9minisme dans l\u2019espace public et priv\u00e9. Et cette puissance \u00e9tait en m\u00eame temps li\u00e9e \u00e0 la puissance d\u2019un mouvement social et politique qui s\u2019est pourtant arr\u00eat\u00e9 \u00e0 chaque p\u00e9riode historique, devant la possibilit\u00e9 d\u2019un franchissement r\u00e9volutionnaire. De l\u00e0 vient notre d\u00e9sesp\u00e9rance, et pas seulement du triomphe du capitalisme. Car le capitalisme n\u2019a <i>triomph\u00e9<\/i> que port\u00e9 par les reculs incessants des partis de gauche dits oppos\u00e9s, mais dont l\u2019opposition a jou\u00e9 la carte de l\u2019int\u00e9gration bien comprise,&nbsp; acculant les masses au d\u00e9sespoir lorsque, confront\u00e9es \u00e0 une situation extr\u00eame, on propose de contenir et non de rompre (la rupture \u00e9tant de semblant dans le discours). D\u2019o\u00f9, en partie aujourd\u2019hui, la mont\u00e9e du FN.<br \/>\nConstituer sa propre force ne va pas sans cruaut\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire sans capacit\u00e9 \u00e0 affronter le r\u00e9el tel qu\u2019il est dans sa violence, sans l\u2019analyse lucide du niveau de la lutte des classes dont nous sommes nous-m\u00eames responsables, sans bilan donc du mouvement f\u00e9ministe. Bilan veut dire, non pas comptabilit\u00e9 des acquis et des reculs, mais <u>analyse de notre strat\u00e9gie d\u2019ensemble par rapport au rapports de force actuels<\/u>. Ce qui veut dire \u00eatre capable de penser l\u2019articulation des diff\u00e9rentes instances de la r\u00e9alit\u00e9 sociale: \u00e9conomique\/politique\/id\u00e9ologique et la mani\u00e8re dont nous avons men\u00e9 la bataille sur tous ces fronts. Analyser la conjoncture n\u2019est pas relever des \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars et s\u2019en tenir \u00e0 une \u00e9num\u00e9ration (paresse de l\u2019esprit qui laisse le langage spontan\u00e9 de l\u2019id\u00e9ologie mener la danse, puisqu\u2019on en n\u2019 analyse pas la fonction, le fonctionnement et l\u2019emprise qu\u2019il a sur nous), mais comme l\u2019\u00e9crit Althusser comprendre \u201cleur <i>syst\u00e8me contradictoire<\/i> qui pose le probl\u00e8me politique et d\u00e9signe sa solution historique, et en fait ipso fact un objectif politique, une tache pratique\u201d(<i>Machiavel et nous<\/i>, 62); Analyser leur syst\u00e8me contradictoire c\u2019est en d\u00e9gager les <u>enjeux<\/u> et donc d\u00e9finir notre strat\u00e9gie. \u00c0 partir de laquelle notre pratique quotidienne prend sens et se construit sur le long terme. Alors peut se pr\u00e9ciser \u00e0 chaque fois une dialectique entre luttes pour des r\u00e9formes imm\u00e9diates, participation aux mobilisations et lutte politique et id\u00e9ologique r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nDans quels rapports de forces avons-nous \u00e0 construire ce mouvement? je l\u2019ai dit, dans un rapport de force nettement en notre d\u00e9faveur, dans le constat de nos d\u00e9faites et de la reprise en mains <i>vigoureuse<\/i> par le capital (\u00e9tant entendu qu\u2019il n\u2019avait jamais perdu la main).&nbsp; Nous ne sommes visibles qu\u2019\u00e0 la marge, avec pour cons\u00e9quences d\u2019avoir \u00e0 s\u2019essouffler pour maintenir un statu quo, qui lui-m\u00eame s\u2019amenuise. L\u2019\u00e9conomique a pris le dessus, et notre int\u00e9gration dans les institutions \u00e9tatiques et europ\u00e9ennes, nous a peu \u00e0 peu \u00e9touff\u00e9es dans le discours dominant de la gauche, qui s\u2019\u00e9vertue \u00e0 croire qu\u2019en se tenant sur le terrain de l\u2019adversaire, elle pourra \u00e9largir ses marges de manoeuvre. Ainsi de l\u2019illusion de pouvoir changer les fondements de l\u2019Europe! Alors m\u00eame que nous n\u2019avons&nbsp; aucune prise sur nos propres Etats -ou du moins \u00e0 la marge, ce qui ne change rien au processus g\u00e9n\u00e9ral- et que l\u2019Union Europ\u00e9enne, comme on peut le constater, reste in\u00e9branlable par rapport \u00e0 nos mobilisations, se verrouillant au contraire de plus en plus, et acc\u00e9l\u00e9rant ses r\u00e9formes. Le r\u00e9formisme de la gauche ne lui fait pas peur, mais accentue le sentiment d\u2019impuissance, la d\u00e9mocratie n\u2019\u00e9tant remise en cause que dans ses manquements et non dans sa fondation.<br \/>\nCette impuissance n\u2019a d\u2019\u00e9gal que notre croyance, toujours renouvel\u00e9e, en l\u2019imminence de la crise finale que nous analysons comme l\u2019impasse du capitalisme lib\u00e9ral (qui au contraire se porte tr\u00e8s bien), et sur la force des soul\u00e8vements populaires. Or les mouvements populaires sont eux-m\u00eames \u00e9touff\u00e9s, cadenass\u00e9s par la strat\u00e9gie d\u2019int\u00e9gration des partis et syndicats, et par leur propre rejet de tout processus r\u00e9volutionnaire qui poserait la question du communisme comme forme actuelle d\u2019une <i>rupture<\/i> pour abolir l\u2019\u00e9tat existant. Nous voyons bien l\u00e0 comment nous restons asservis aux interdictions de &quot;penser&quot;, \u00e9dict\u00e9es par la pens\u00e9e \u201cunique\u201d (qui n&#8217;est donc plus une pens\u00e9e). Comme le f\u00e9minisme n\u2019est lui-m\u00eame cit\u00e9 que pour r\u00e9f\u00e9rence ou , dans le meilleur cas, par reconnaissance de ses luttes pour les \u00ab&nbsp;droits des femmes&nbsp;\u00bb, n\u2019ouvrant aucune r\u00e9flexion d\u2019ensemble. On peut dire que l\u2019id\u00e9ologie dominante s\u2019est implant\u00e9e avec succ\u00e8s et que nous la soutenons en voulant ne rien en savoir. Nous sommes pour l\u2019instant enferm\u00e9(e)s dans l\u2019horizon id\u00e9ologique impos\u00e9 par la bourgeoisie et le capitalisme. Pourtant l\u2019\u00e9tat des contradictions \u00e9conomiques et sociales, leur r\u00e9percussion extr\u00eame sur les peuples, nous poussent \u00e0 poser de mani\u00e8re la plus radicale la question du franchissement. C\u2019est sur cette fronti\u00e8re que nous h\u00e9sitons, reculons \u00e0 nouveau.<br \/>\nTirons les le\u00e7ons: on ne peut simplement r\u00e9pondre aux urgences et soutenir en ordre dispers\u00e9 telle et telle bataille, sans avoir une analyse d\u2019ensemble qui nous permette de porter prioritairement nos efforts sur le maillon le plus faible: notre absence d\u2019analyse ( notre &quot;rabachage&quot; sur l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e9conomie, le recul des droits acquis, etc&#8230; ressemble plus \u00e0 des banalit\u00e9s de constat qu\u2019\u00e0 une analyse r\u00e9elle du rapport de forces&#8230;). Car revendiquer, manifester, sans comprendre les enjeux politique et id\u00e9ologique d\u2019une situation, et d\u00e9gager un chemin, c\u2019est renforcer la d\u00e9pression des peuples. Aujourd\u2019hui manifester ne sert \u00e0 rien sans une position radicale qui, au-del\u00e0 de la demande \u00e0 l\u2019Autre, soit constitution de la puissance.<br \/>\nQu\u2019est-ce qui nous manque? Une th\u00e9orisation des enjeux id\u00e9ologique et politique qui se jouent sur la sc\u00e8ne nationale et internationale li\u00e9s \u00e0 la strat\u00e9gie du capital. Cette th\u00e9orisation inclue l\u2019 analyse du nouage entre, processus \u00e9conomique, devenir des Etats et des institutions, rapports de forces internationaux, discours et pratiques id\u00e9ologiques&#8230;Nouer ainsi les diff\u00e9rentes instances du mode production capitaliste, pour comprendre la <i>force de son expansion <\/i>(et non se contenter de dire qu\u2019il est en crise!<i>).<\/i>&nbsp; Mais pour faire cette analyse il nous faut \u00e9claircir nos positions et analyser l\u2019id\u00e9ologie que nous soutenons. A partir de quel champ de pens\u00e9e parlons-nous? Comment allons-nous d\u00e9finir notre action? Si c\u2019est avant tout comme mouvement, alors ce sont les id\u00e9es qu\u2019il veut faire passer, soutenir qui importent et qui d\u00e9finira la mani\u00e8re dont nous participerons aux mobilisations surgies des luttes sur le terrain, le type d\u2019alliance \u00e0 passer avec telle ou telle organisation. Si c\u2019est une perspective r\u00e9volutionnaire, \u00e0 nous de d\u00e9velopper une pratique, de construire ce mouvement en lui donnant du souffle.<br \/>\nMettre en avant la participation aux institutions comme strat\u00e9gie primordiale, nous fait faire l\u2019impasse sur la question id\u00e9ologique et la mobilisation de masse. Comme nous ne sommes pas dans un rapport de forces favorable, cette participation demande une \u00e9nergie \u00e9puisante pour peu de r\u00e9sultats. Elle nous fragilise dans notre capacit\u00e9 \u00e0 penser les bases de notre strat\u00e9gie, et les fins r\u00e9elles que nous nous donnons. Cela ne veut pas dire qu\u2019il ne faut pas participer aux institutions politiques.&nbsp; Au moins pour se faire entendre et pour profiter d\u2019un poste d\u2019observation et de contact, rester dans la lutte \u00e0 tous les niveaux. C\u2019est un relais n\u00e9cessaire. Mais nous serons de plus en plus inaudibles, d\u00e9courag\u00e9es, si nous ne subordonnons pas notre participation au <i>travail th\u00e9orique<\/i>, \u00e0 la <i>bataille id\u00e9ologique <\/i>et au <i>rassemblement sur le terrain<\/i> qui vise \u00e0 constituer un mouvement ind\u00e9pendant des instances \u00e9tatiques nationales aussi bien qu\u2019europ\u00e9ennes. C\u2019est un travail de longue haleine. Alors il nous faut changer la mani\u00e8re dont nous pensons le temps, la temporalit\u00e9 dans laquelle nous vivons, nous arracher \u00e0 l\u2019angoisse d\u2019avoir toujours \u00e0 combler l\u2019imm\u00e9diat. Il y a un activisme pr\u00e9judiciable aux causes m\u00eames que nous d\u00e9fendons. Le temps de la r\u00e9flexion et de la construction est un temps d\u00e9sormais impossible \u00e0 contourner. A moins de vouloir continuer \u00e0 foncer t\u00eate baiss\u00e9e vers le d\u00e9sastre en croyant toujours \u201cbien faire\u201d, naturellement!<br \/>\nEncore un mot. Vouloir mener la lutte dans le seul espace europ\u00e9en c\u2019est encore \u00eatre en retard sur l\u2019histoire. L\u2019Union europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 et restera une construction des grandes puissances et des am\u00e9ricains. C\u2019est un espace g\u00e9opolitique d\u00e9fini <i>pour<\/i> le march\u00e9 capitaliste et pour peser dans le rapport de forces avec le reste du monde. C\u2019est un d\u00e9coupage qui nous aveugle sur l\u2019extension r\u00e9elle des luttes. Or un combat r\u00e9volutionnaire ne peut \u00eatre qu\u2019international, car le capitalisme comme le syst\u00e8me patriarcal sont internationaux, avec pour chaque pays une implantation sp\u00e9cifique -(la notion de mondialisation est un point de vue du capital et refl\u00e8te sa strat\u00e9gie. Elle unifie sous un seul syst\u00e8me l\u00e0 o\u00f9 il faut distinguer, diviser, relier selon les rapports de force)- et on ne saurait comprendre les enjeux politiques qu\u2019au niveau international. L\u2019internationalisme d\u00e9finit une strat\u00e9gie de relations avec les peuples, avec tous les opprim\u00e9(e)s, les exploit\u00e9(es) et les exclu(e)s des nations du monde,&nbsp; et oblige \u00e0 analyser des situations concr\u00e8tes, les in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement, les contradictions et antagonismes \u00e0 l\u2019oeuvre. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que nous pouvons d\u00e9placer les rapports de force, int\u00e9grer, penser la construction d\u2019une puissance. L\u2019Europe est une partie du monde compos\u00e9e elle-m\u00eame de peuples tr\u00e8s diff\u00e9rents o\u00f9 chaque Etat, joue une partie bien pr\u00e9cise, par rapport \u00e0 la domination que l\u2019Union europ\u00e9enne veut imposer. Il nous faut donc comprendre cette strat\u00e9gie d\u2019ensemble et nous d\u00e9placer vers la cr\u00e9ation d\u2019une force nouvelle en nous liant \u00e0 ceux et celles qui luttent et inventent sur le terrain, sans oser pourtant imposer encore la sortie de terrain.<br \/>\n<span style=\"font-weight: bold;\">Notes<\/span>&nbsp;<br \/>\n(1)&nbsp;<u>F\u00e9minisme et marxisme<\/u>, journ\u00e9es \u201celles voient rouge\u201d, 29 et 30 novembre 1980, Ed.Tierce,1981.Ce livre est la transcription des d\u00e9bats engag\u00e9s pendant 2 jours de colloque, entre les diff\u00e9rentes tendances du Mouvement de lib\u00e9ration des femmes. Transcription exceptionnelle qui garde la m\u00e9moire de discussions riches qui garde toute son actualit\u00e9 et plus encore.<br \/>\n(2) Sandrine Moeschler: <u>Les repr\u00e9sentations du f\u00e9minisme,<\/u> Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, 2007 travail de fin de Certificat en Etudes&nbsp; g\u00e9n\u00e9rales;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours du philosophe et psychanalyste Edith-Nicole Th\u00e9venin \u00e0 la conf\u00e9rence publique sur 9 Novembre 2013 \u00e0 Capannori, Italie, dans le cadre de la r\u00e9union Europ\u00e9enne de FAE.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9971,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[61],"tags":[],"class_list":["post-20312","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20312","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20312"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20312\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26753,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20312\/revisions\/26753"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9971"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20312"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}