{"id":20576,"date":"2015-07-11T12:46:00","date_gmt":"2015-07-11T10:46:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/blog\/non-classifiee\/derriere-le-refus-de-lallemagne-daccorder-un-allegement-de-la-dette-de-la-grece\/"},"modified":"2023-09-27T16:00:47","modified_gmt":"2023-09-27T14:00:47","slug":"derriere-le-refus-de-lallemagne-daccorder-un-allegement-de-la-dette-de-la-grece","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/blog\/article\/derriere-le-refus-de-lallemagne-daccorder-un-allegement-de-la-dette-de-la-grece\/","title":{"rendered":"Derri\u00e8re le refus de l\u2019Allemagne d\u2019accorder un all\u00e8gement de la dette de la Gr\u00e8ce"},"content":{"rendered":"<p><span lang=\"FR\">Le drame financier de la Gr\u00e8ce a domin\u00e9 les gros titres pendant cinq ans pour une raison&nbsp;: le refus obstin\u00e9 de nos cr\u00e9anciers d\u2019all\u00e9ger la dette. <\/span>Pourquoi, en d\u00e9pit du sens commun, de l\u2019avis du FMI et des pratiques quotidiennes des banquiers face aux d\u00e9biteurs en difficult\u00e9, r\u00e9sistent-ils \u00e0 une restructuration de la dette&nbsp;? La r\u00e9ponse ne peut \u00eatre trouv\u00e9e dans l\u2019\u00e9conomie parce qu\u2019elle r\u00e9side au fond du labyrinthe politique de l\u2019Europe.<br \/>\nEn 2010, l\u2019Etat grec est devenu insolvable. Deux options compatibles avec la poursuite de l\u2019appartenance \u00e0 la zone euro s\u2019offraient&nbsp;: l\u2019une sens\u00e9e, que tout banquier digne de ce nom recommanderait \u2013 la restructuration de la dette et la r\u00e9forme de l\u2019\u00e9conomie&nbsp;; et l\u2019option toxique \u2013 l\u2019octroi de nouveaux pr\u00eats \u00e0 une entit\u00e9 en faillite en pr\u00e9tendant qu\u2019elle est encore solvable.<br \/>\nL\u2019Europe officielle a choisi la deuxi\u00e8me option, mettre le renflouement des banques fran\u00e7aises et allemandes expos\u00e9es \u00e0 la dette publique grecque au-dessus de la viabilit\u00e9 socio-\u00e9conomique de la Gr\u00e8ce. Une restructuration de la dette aurait impliqu\u00e9 pour les banques des pertes sur leurs parts de dette grecque. D\u00e9sireux d\u2019\u00e9viter d\u2019avouer aux parlements que les contribuables devraient encore payer pour les banques par de nouveaux pr\u00eats non viables, les responsables de l\u2019UE ont pr\u00e9sent\u00e9 l\u2019insolvabilit\u00e9 de l\u2019Etat grec comme un probl\u00e8me de liquidit\u00e9 et justifi\u00e9 le \u00ab&nbsp;plan de sauvetage&nbsp;\u00bb comme \u00e9tant une affaire de \u00ab&nbsp;solidarit\u00e9&nbsp;\u00bb avec les Grecs.<br \/>\nPour mettre en place le transfert cynique des pertes priv\u00e9es irr\u00e9cup\u00e9rables sur le dos des contribuables en le pr\u00e9sentant comme un exercice d\u2019\u00ab&nbsp;amour exigeant&nbsp;\u00bb un plan d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 \u00e0 la Gr\u00e8ce, dont, en retour, le revenu national\u2013 qui devait permettre de rembourser les nouvelles dettes et les anciennes \u2013 a baiss\u00e9 de plus d\u2019un quart. Il suffit des connaissances math\u00e9matiques d\u2019un enfant de huit ans pour savoir que ce processus ne pouvait pas bien finir.<br \/>\nUne fois achev\u00e9e cette op\u00e9ration sordide, l\u2019Europe avait automatiquement une raison suppl\u00e9mentaire de refuser de discuter de la restructuration de la dette&nbsp;: ce serait maintenant puiser dans les poches des citoyens europ\u00e9ens&nbsp;! Des doses croissantes d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 administr\u00e9es alors que la dette grossissait, obligeant les cr\u00e9anciers \u00e0 accorder plus de pr\u00eats en \u00e9change d\u2019encore plus d\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nNotre gouvernement a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu sur le mandat de mettre fin \u00e0 ce cercle vicieux&nbsp;; d\u2019exiger la restructuration de la dette et la fin de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 paralysante. Les n\u00e9gociations ont abouti \u00e0 une impasse tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9e pour une raison simple&nbsp;: nos cr\u00e9anciers continuent \u00e0 exclure toute restructuration tangible de la dette tout en insistant que notre dette impossible \u00e0 rembourser doit \u00eatre rembours\u00e9e de fa\u00e7on \u00ab&nbsp;param\u00e9trique&nbsp;\u00bb par les Grecs les plus fragiles, leurs enfants et leurs petits-enfants.<br \/>\nAu cours de ma premi\u00e8re semaine en tant que ministre des finances, j\u2019ai re\u00e7u la visite de Jeroen Dijsselbloem, pr\u00e9sident de l\u2019Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro), qui m\u2019a mis face \u00e0 un choix difficile&nbsp;: accepter \u00ab&nbsp;la logique&nbsp;\u00bb du plan de sauvetage et d\u00e9poser une demande de restructuration de la dette ou ce sera le \u00ab&nbsp;crash&nbsp;\u00bb de l\u2019accord de pr\u00eat &#8211; la cons\u00e9quence non-dite \u00e9tant la condamnation des banques grecques.<br \/>\nCinq mois de n\u00e9gociations se sont succ\u00e9d\u00e9 dans des conditions d\u2019asphyxie mon\u00e9taire et une panique bancaire induite supervis\u00e9e et administr\u00e9e par la Banque centrale europ\u00e9enne. C\u2019\u00e9tait in\u00e9luctable&nbsp;: \u00e0 moins que nous ne capitulions, nous serions bient\u00f4t confront\u00e9s \u00e0 des contr\u00f4les de capitaux, \u00e0 l\u2019arr\u00eat presque total des distributeurs de billets, \u00e0 une fermeture prolong\u00e9e des banques et, finalement, au Grexit.<br \/>\nLa menace de Grexit a eu une histoire en dents de scie. En 2010, elle a install\u00e9 chez les financiers une sacr\u00e9e peur que leurs banques ne soient pleines de la dette grecque. M\u00eame en 2012, lorsque le ministre des Finances allemand, Wolfgang Sch\u00e4uble, a estim\u00e9 que les co\u00fbts d\u2019un Grexit \u00e9taient un \u00ab&nbsp;investissement&nbsp;\u00bb un moyen int\u00e9ressant pour discipliner France et les autres pays, la perspective a continu\u00e9 \u00e0 effrayer presque tout le monde.<br \/>\nQuand Syriza a conquis le pouvoir en janvier dernier, et comme pour \u00e9tayer notre affirmation selon laquelle les \u00ab&nbsp;sauvetages&nbsp;\u00bb n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec un sauvetage de la Gr\u00e8ce (et tout \u00e0 voir avec une ar\u00e8ne d\u2019escrime d\u2019Europe du nord), une large majorit\u00e9 au sein de l\u2019Eurogroupe &#8211; sous la tutelle de Sch\u00e4uble &#8211; a adopt\u00e9 le Grexit comme r\u00e9sultat favori ou arme de choix contre notre gouvernement.<br \/>\nLes Grecs, \u00e0 juste titre, ont fr\u00e9mi \u00e0 l\u2019id\u00e9e de quitter l\u2019union mon\u00e9taire. Quitter une monnaie commune c\u2019est comme couper un lien, comme en Grande-Bretagne en 1992, quand Norman Lamont chantait sous la douche le matin o\u00f9 la livre sterling a quitt\u00e9 le m\u00e9canisme de change europ\u00e9en (MCE). H\u00e9las, la Gr\u00e8ce n\u2019a pas une monnaie dont on peut couper le lien avec l\u2019euro. Elle a l\u2019euro &#8211; une monnaie \u00e9trang\u00e8re enti\u00e8rement administr\u00e9e par un cr\u00e9ancier hostile \u00e0 la restructuration de la dette insoutenable de notre nation.<br \/>\nPour en sortir, il faudrait cr\u00e9er une nouvelle monnaie \u00e0 partir de z\u00e9ro. Dans l\u2019Irak occup\u00e9, l\u2019introduction d\u2019une nouvelle monnaie papier a demand\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un an, environ 20 Boeing 747, la mobilisation de la puissance de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, trois entreprises d\u2019impression et des centaines de camions. En l\u2019absence d\u2019un tel soutien, un Grexit reviendrait \u00e0 annoncer une forte d\u00e9valuation plus de 18 mois \u00e0 l\u2019avance&nbsp;: une recette pour liquider tout le stock de capital grec et de le transf\u00e9rer \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par tous les moyens possibles.<br \/>\nAvec le Grexit renfor\u00e7ant la panique bancaire provoqu\u00e9e par la BCE, nos tentatives pour mettre la restructuration de la dette sur la table de n\u00e9gociation tombaient dans l\u2019oreille d\u2019un sourd. Maintes et maintes fois on nous a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que cette question viendrait dans un avenir ind\u00e9termin\u00e9 apr\u00e8s \u00ab&nbsp;la r\u00e9ussite du programme&nbsp;\u00bb &#8211; un stup\u00e9fiant Catch-22 \u00e9tant donn\u00e9 que le \u00ab&nbsp;programme&nbsp;\u00bb ne pourrait jamais r\u00e9ussir sans restructuration de la dette.<br \/>\nCe week-end est le point culminant des pourparlers dans la mesure o\u00f9 Euclide Tsakalotos, mon successeur, s\u2019efforce, \u00e0 nouveau, de mettre les b\u0153ufs devant la charrue &#8211; de convaincre un Eurogroupe hostile que restructurer la dette est une condition pr\u00e9alable pour r\u00e9ussir la r\u00e9forme de la Gr\u00e8ce, pas une r\u00e9compense ex-post pour \u00e7a. Pourquoi est-ce si difficile \u00e0 faire admettre&nbsp;? J\u2019y vois trois raisons.<br \/>\nLa premi\u00e8re est que l\u2019inertie institutionnelle est difficile \u00e0 vaincre. Une seconde, qu\u2019une dette insoutenable donne aux cr\u00e9anciers un immense pouvoir sur les d\u00e9biteurs &#8211; et le pouvoir, comme nous le savons, corrompt m\u00eame les meilleurs. Mais il y en a une troisi\u00e8me qui me semble plus pertinente et plus int\u00e9ressante.<br \/>\nL\u2019euro est un hybride d\u2019un r\u00e9gime de changes fixes, comme l\u2019ERM des ann\u00e9es 1980, ou le standard de l\u2019or en 1930, et une monnaie d\u2019\u00c9tat. Le premier, pour tenir ensemble, repose sur la peur de l\u2019expulsion, alors que la monnaie d\u2019\u00c9tat implique des m\u00e9canismes de recyclage des exc\u00e9dents entre les Etats membres (par exemple, un budget f\u00e9d\u00e9ral, des obligations communes). La zone euro se situe entre les deux\u2013 c\u2019est plus qu\u2019un r\u00e9gime de taux de change et moins qu\u2019un \u00e9tat.<br \/>\nEt voil\u00e0 le hic. Apr\u00e8s la crise de 2008\/9, l\u2019Europe ne savait pas comment r\u00e9agir. Pour renforcer la discipline fallait-il pr\u00e9parer le terrain pour au moins une expulsion (c\u2019est-\u00e0-dire le Grexit)&nbsp;? Ou passer \u00e0 une f\u00e9d\u00e9ration&nbsp;? Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, elle n\u2019a fait ni l\u2019un ni l\u2019autre, son angoisse existentialiste grandissant toujours. Sch\u00e4uble est convaincu que, dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, il a besoin d\u2019un Grexit pour assainir l\u2019air d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. Brutalement, une dette publique grecque d\u00e9finitivement insoutenable, sans laquelle le risque de Grexit s\u2019estomperait, a acquis une nouvelle utilit\u00e9 pour Sch\u00e4uble.<br \/>\nQu\u2019est-ce que j\u2019entends par l\u00e0&nbsp;? Bas\u00e9e sur des mois de n\u00e9gociation, ma conviction est que le ministre allemand des Finances veut pousser la Gr\u00e8ce hors de la monnaie unique pour semer la panique chez les Fran\u00e7ais et leur faire accepter son mod\u00e8le disciplinaire de zone euro.<br \/>\n[Veuillez noter que je n\u2019ai pas choisi le titre du Guardian. Lire le mien comme ci-dessus&nbsp;: Derri\u00e8re le refus de l\u2019Allemagne d\u2019accorder un all\u00e8gement de la dette de la Gr\u00e8ce].<br \/>\n<span style=\"font-weight: bold;\">Source:&nbsp;<link http:\/\/yanisvaroufakis.eu\/2015\/07\/11\/behind-germanys-refusal-to-grant-greece-debt-relief-op-ed-in-the-guardian\/ - - \"Opens external link in new window\">The Yanis Varoufakis Blog<\/link>&nbsp;<\/span><br \/>\nL\u2019article ci-dessus a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par <link http:\/\/www.theguardian.com\/commentisfree\/2015\/jul\/10\/germany-greek-pain-debt-relief-grexit - - \"Opens external link in new window\">The Guardian<\/link>, sous le titre \u00ab&nbsp;Germany won\u2019t spare Greek pain \u2013 it has an interest in breaking us&nbsp;\u00bb, 10 juillet 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question pos\u00e9e est la suivante : Pourquoi le ministre allemand des Finances, le Dr. Wolfgang Sch\u00e4uble, r\u00e9siste-t-il \u00e0 une restructuration de la dette raisonnable, l\u00e9g\u00e8re, mutuellement avantageuse ?<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11126,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[61],"tags":[],"class_list":["post-20576","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","person-yanis-varoufakis-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20576","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20576"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20576\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26888,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20576\/revisions\/26888"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11126"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20576"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20576"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20576"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}