{"id":20577,"date":"2015-07-21T10:57:00","date_gmt":"2015-07-21T08:57:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/blog\/non-classifiee\/le-diktat-de-bruxelles-et-le-dilemme-de-syriza\/"},"modified":"2023-09-27T16:00:47","modified_gmt":"2023-09-27T14:00:47","slug":"le-diktat-de-bruxelles-et-le-dilemme-de-syriza","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/blog\/article\/le-diktat-de-bruxelles-et-le-dilemme-de-syriza\/","title":{"rendered":"Le diktat de Bruxelles et le dilemme de Syriza"},"content":{"rendered":"<p><span lang=\"FR\">Oui, \u00e0 plusieurs \u00e9gards, mais certainement pas dans le sens qui nous est indiqu\u00e9 par le communiqu\u00e9 du \u00ab&nbsp;sommet&nbsp;\u00bb. Ces accords, en effet, sont fondamentalement inapplicables, \u00e9conomiquement, <\/span>socialement<span lang=\"FR\">, politiquement, et pourtant ils vont faire l\u2019objet d\u2019un \u00ab&nbsp;passage en force&nbsp;\u00bb qui promet d\u2019\u00eatre aussi violent, et plus conflictuel encore, que ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis 5 ans \u2013 o\u00f9 pourtant l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 atteint des extr\u00e9mit\u00e9s.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Il faut donc essayer d\u2019en comprendre les implications, et d\u2019en discuter les cons\u00e9quences, en \u00e9vitant toute rh\u00e9torique mais non pas tout engagement et toute passion. Pour cela il faut revenir, m\u00eame sch\u00e9matiquement, sur le d\u00e9roulement des \u00ab&nbsp;n\u00e9gociations&nbsp;\u00bb <\/span>ouvertes<span lang=\"FR\">&nbsp; par le retour \u00e0 Bruxelles d\u2019Alexis Tsipras, en position de demandeur au lendemain de son \u00ab&nbsp;triomphe&nbsp;\u00bb dans le referendum du 5 juillet (ce qui, aujourd\u2019hui encore, et on le comprend, ne cesse d\u2019alimenter l\u2019incompr\u00e9hension et les critiques au sein de ses partisans, en Gr\u00e8ce et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger), et sur la disposition des \u00ab&nbsp;forces&nbsp;\u00bb que ces tractations ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Il faut d\u00e9finir le point atteint par la crise de l\u2019Union europ\u00e9enne (dont la situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de la Gr\u00e8ce est \u00e0 la fois le sympt\u00f4me et la cons\u00e9quence), dans les trois domaines strat\u00e9giques que sont&nbsp;: l\u2019\u00e9tat de la dette et l\u2019effet des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, la division de l\u2019Europe entre zones d\u2019in\u00e9gale prosp\u00e9rit\u00e9 et de souverainet\u00e9 plus ou moins limit\u00e9e, enfin l\u2019effondrement des m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques et la mont\u00e9e corr\u00e9lative des nationalismes populistes. Mais auparavant, un bilan&nbsp;provisoire du contenu des \u00ab&nbsp;accords de Bruxelles&nbsp;\u00bb est indispensable, \u00e0 la fois au point de vue de la situation du peuple grec, donc \u00ab&nbsp;vus d\u2019Ath\u00e8nes&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;vus d\u2019Europe&nbsp;\u00bb (ce qui, bien entendu, ne veut pas dire au point de vue de Bruxelles, car s\u2019il est une chose bien claire d\u00e9sormais, c\u2019est que dans les bureaux de Bruxelles on n\u2019a aucune perception de l\u2019\u00e9tat de l\u2019Europe).<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border: 1pt none windowtext; padding: 0cm;\">Les \u00ab&nbsp;accords&nbsp;\u00bb vus de <\/span>Gr\u00e8ce<\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Vus de Gr\u00e8ce, les accords apparaissent bel et bien comme un diktat. Varoufakis est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 parler de \u00ab&nbsp;Versailles&nbsp;\u00bb, une <\/span>allusion<span lang=\"FR\"> provocante aux trait\u00e9s de 1918 qui ont eu les cons\u00e9quences que l\u2019on sait sur l\u2019histoire int\u00e9rieure de l\u2019Allemagne et sur le sort du monde, et l\u2019imputation a paru suffisamment grave et cr\u00e9dible pour que Merkel, aussit\u00f4t, proclame qu\u2019elle est indiff\u00e9rente aux \u00ab&nbsp;comparaisons historiques&nbsp;\u00bb\u2026 La dramatisation se justifie, pour deux raisons \u00e9troitement li\u00e9es entre elles.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">La premi\u00e8re c\u2019est que,&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">m\u00eame<\/span><\/i>&nbsp;si les propositions avec lesquelles Tsipras est arriv\u00e9 \u00e0 Bruxelles le 7 juillet n\u2019avaient pas repr\u00e9sent\u00e9 de sa part un recul consid\u00e9rable (puisqu\u2019elles reprenaient, pour l\u2019essentiel, les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire et \u00e9conomique qu\u2019il avait pr\u00e9c\u00e9demment refus\u00e9es, en particulier pour ce qui concerne les retraites et les imp\u00f4ts), ces propositions \u00e9taient encore int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 un&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">projet<\/span><\/i>&nbsp;(pour ne pas dire un \u00ab&nbsp;plan&nbsp;\u00bb) de redressement de l\u2019\u00e9conomie et des finances grecques dont le gouvernement grec avait l\u2019initiative, et au sein duquel, dans des conditions certes beaucoup plus difficiles que souhaitable, il pouvait esp\u00e9rer d\u00e9velopper une politique propre dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de son peuple. C\u2019est pourquoi d\u2019ailleurs elles faisaient corps avec la demande r\u00e9it\u00e9r\u00e9e d\u2019un am\u00e9nagement de la dette (auquel entre temps des \u00e9conomistes de renom, jusqu\u2019au sein du FMI et ind\u00e9pendamment de leurs orientations, avaient apport\u00e9 un soutien de plus en plus clair et unanime). Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette ultime tentative de rationalit\u00e9 et de coh\u00e9rence que, sous l\u2019impulsion du Ministre des finances allemand et par la bouche du Pr\u00e9sident de l\u2019Eurogroupe qui lui servait de porte-parole, les \u00ab&nbsp;interlocuteurs&nbsp;\u00bb de la Gr\u00e8ce s\u2019employaient \u00e0 ruiner d\u2019embl\u00e9e, en arguant de leur \u00ab&nbsp;perte de confiance&nbsp;\u00bb dans le gouvernement grec (donc d\u2019un argument purement&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">moral<\/span><\/i>) et en r\u00e9clamant des mesures punitives sans aucune rationalit\u00e9 \u00e9conomique. Le r\u00e9sultat est un&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">anti-plan de redressement<\/span><\/i>, qui s\u2019apparente \u00e0 une \u00ab&nbsp;saign\u00e9e&nbsp;\u00bb des ressources subsistantes de la population grecque (et notamment de ses couches les plus pauvres, celles qui ont d\u00e9j\u00e0 un pied dans la catastrophe humanitaire) et \u00e0 un d\u00e9pe\u00e7age de l\u2019\u00e9conomie nationale en vue de privatisations \u00ab&nbsp;id\u00e9ologiques&nbsp;\u00bb tout \u00e0 fait al\u00e9atoires. Particuli\u00e8rement significatives sont, \u00e0 cet \u00e9gard, des mesures comme le recul de l\u2019\u00e2ge de la retraite, absurde sinon criminel dans une \u00e9conomie o\u00f9 le ch\u00f4mage des jeunes atteint 60%, et la \u00ab&nbsp;saisie&nbsp;\u00bb pr\u00e9ventive des actifs grecs, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un usurier qui prend des gages (m\u00eame si&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">in extremis<\/span><\/i>Tsipras a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9viter la localisation de cette nouvelle<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Treuhandanstalt<\/span><\/i>&nbsp;au Luxembourg, dans un \u00e9tablissement dont \u2026 le ministre Sch\u00e4uble est administrateur&nbsp;!).&nbsp;<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">L\u2019Europe se comporte ici vis-\u00e0-vis de la Gr\u00e8ce \u00e0 la fois comme un usurier et comme un pr\u00e9dateur dont l\u2019objectif n\u2019est pas d\u2019entretenir la viabilit\u00e9 ou la croissance de ses ressources, mais d\u2019op\u00e9rer leur drainage jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement. Que cette antipolitique soit, aux yeux de certains (peut-\u00eatre de bonne foi), justifi\u00e9e par les dogmes d\u2019une orthodoxie <\/span>mon\u00e9tariste<span lang=\"FR\"> inscrite en \u00ab&nbsp;lettres d\u2019or&nbsp;\u00bb dans les Trait\u00e9s europ\u00e9ens depuis Maastricht et renforc\u00e9e par le \u00ab&nbsp;pacte budg\u00e9taire&nbsp;\u00bb de 2012, ne constitue en rien, \u00e9videmment, une justification. Nous ne sommes plus, en effet, au d\u00e9but de la crise, et tous les dirigeants europ\u00e9ens (y compris allemands) ont eu le loisir d\u2019observer&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">in vivo<\/span><\/i>&nbsp;les effets r\u00e9cessifs de la politique qu\u2019ils ont impos\u00e9e. Ils savent parfaitement que la dette publique grecque, ayant pratiquement doubl\u00e9 en dix ans, atteint 180 % du PIB non pas en raison de l\u2019accroissement de sa masse (largement d\u00e9pass\u00e9e, m\u00eame proportionnellement \u00e0 la population, dans d\u2019autres pays europ\u00e9ens), mais en raison de l\u2019effondrement de la production et de la consommation. Il ne s\u2019agit donc pas de rationalit\u00e9, ni m\u00eame d\u2019int\u00e9r\u00eats bien compris des cr\u00e9anciers, mais de vengeance politique et d\u2019humiliation d\u2019un \u00ab&nbsp;ennemi int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb. Ce qui est confirm\u00e9 quand on voit que chacune des mesures impos\u00e9es correspond point par point \u00e0 l\u2019inversion d\u2019une mesure sociale ou \u00e9conomique sur laquelle le gouvernement Tsipras s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 dans son programme \u00e9lectoral et lors de son arriv\u00e9e au pouvoir.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Par o\u00f9 l\u2019on passe \u00e0 la seconde raison qui autorise \u00e0 parler de<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">diktat<\/span><\/i>, plus grave encore peut-\u00eatre, en tout cas destin\u00e9e \u00e0 verrouiller la pr\u00e9c\u00e9dente&nbsp;: nous voulons parler de l\u2019ensemble des mesures de \u00ab&nbsp;mise en tutelle&nbsp;\u00bb, \u00e9quivalentes \u00e0 la constitution d\u2019un <i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">protectorat<\/span><\/i>&nbsp;au sein m\u00eame de l\u2019Union europ\u00e9enne, sur le mod\u00e8le d\u2019anciennes pratiques coloniales, mais appliqu\u00e9 cette fois \u00e0 l\u2019un de ses membres (et dont on lui demande ainsi d\u2019\u00eatre ainsi symboliquement \u00ab&nbsp;co-responsable&nbsp;\u00bb). La plus voyante sans doute est celle qui touche \u00e0 la souverainet\u00e9 du parlement, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019obligation de soumettre au pr\u00e9alable au contr\u00f4le et \u00e0 l\u2019autorisation des \u00ab&nbsp;institutions&nbsp;\u00bb les projets de loi dans les domaines \u00e9conomiquement et socialement sensibles (non <\/span>sp\u00e9cifi\u00e9s<span lang=\"FR\">), sans pr\u00e9judice naturellement de la \u00ab&nbsp;v\u00e9rification&nbsp;\u00bb par les m\u00eames institutions, dont le r\u00e9sultat commandera l\u2019octroi des cr\u00e9dits europ\u00e9ens. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, pour illustrer le fonctionnement de ce m\u00e9canisme, le \u00ab&nbsp;Memorandum of Understanding&nbsp;\u00bb impose \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance rapproch\u00e9e (conditionnant la mise en \u0153uvre de l\u2019accord) une s\u00e9rie d\u2019actes l\u00e9gislatifs pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s, annulant les l\u00e9gislations existantes et les rempla\u00e7ant par d\u2019autres. Leur ensemble constitue un programme de transformation n\u00e9o-lib\u00e9rale extr\u00eame (sans \u00e9quivalent \u00e0 ce jour en Europe) du droit du travail et de l\u2019administration (ce qui ne manque pas d\u2019ironie quand on voit que l\u2019un des principes proclam\u00e9s est la \u00ab&nbsp;d\u00e9politisation de l\u2019administration&nbsp;\u00bb&nbsp;!). Notons aussi l\u2019exigence (venant apr\u00e8s la r\u00e9alisation par les autorit\u00e9s grecques, \u00e0 l\u2019initiative du Parlement, d\u2019un \u00ab&nbsp;audit&nbsp;\u00bb de leur endettement et de son degr\u00e9 de l\u00e9gitimit\u00e9) d\u2019une \u00ab&nbsp;ind\u00e9pendance&nbsp;\u00bb de l\u2019appareil statistique\u2026 garantie par le retour \u00e0 Ath\u00e8nes des experts de la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">troika<\/span><\/i>&nbsp;(dont l\u2019ind\u00e9pendance personnelle, \u00e9videmment, ne fait pas de doute). Ajoutons enfin que, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, l\u2019exigence d\u2019un remaniement du gouvernement, de fa\u00e7on \u00e0 y faire entrer les partis anti-Syriza et \u00e0 en expulser les \u00ab&nbsp;radicaux&nbsp;\u00bb, est formul\u00e9e comme une \u00e9vidence dans les couloirs de la Commission de Bruxelles. Tout ceci veut dire que,&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">mat\u00e9riellement<\/span><\/i>, l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 forc\u00e9e et la mise en tutelle se renforcent l\u2019une l\u2019autre, et que la Gr\u00e8ce n\u2019est plus (ou&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">plus<\/span><\/i>&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">du tout<\/span><\/i>, car ce processus avait commenc\u00e9 il y a plusieurs ann\u00e9es, et seule l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Syriza lui avait port\u00e9 un coup d\u2019arr\u00eat) une nation souveraine&nbsp;: non pas malheureusement au sens de l\u2019entr\u00e9e dans un r\u00e9gime de&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">souverainet\u00e9 partag\u00e9e<\/span><\/i>, juridiquement \u00e9galitaire et politiquement organis\u00e9, tel que l\u2019impliquerait un progr\u00e8s vers le f\u00e9d\u00e9ralisme europ\u00e9en, mais au sens d\u2019un assujettissement au pouvoir du Ma\u00eetre. De quel \u00ab&nbsp;Ma\u00eetre&nbsp;\u00bb&nbsp;cependant s\u2019agit-il&nbsp;? C\u2019est ici qu\u2019il faut se tourner vers l\u2019autre face de la situation&nbsp;: celle qui concerne l\u2019Union Europ\u00e9enne.<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border: 1pt none windowtext; padding: 0cm;\">La nouvelle \u00ab&nbsp;constitution&nbsp;\u00bb de <\/span>l\u2019Europe<\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Il faut le faire dans la m\u00eame modalit\u00e9 que pr\u00e9c\u00e9demment&nbsp;: celle des faits et de leur signification historique. Plus profond\u00e9ment, celle d\u2019une d\u00e9finition de la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">constitution mat\u00e9rielle<\/span><\/i>&nbsp;qui r\u00e9git d\u00e9sormais l\u2019Europe&nbsp;: division des pouvoirs, ensemble de glissements institutionnels inscrits et non-inscrits dans les Trait\u00e9s et dans leur mise en \u0153uvre, rapports de force \u00e9conomiques, politiques (et g\u00e9o-politiques) ins\u00e9r\u00e9s les uns dans les autres, hi\u00e9rarchie des int\u00e9r\u00eats codifi\u00e9e dans des \u00ab&nbsp;r\u00e8gles&nbsp;\u00bb ou des \u00ab&nbsp;principes&nbsp;\u00bb auxquels doivent se plier les Etats membres et leurs populations, proc\u00e9dures de d\u00e9cision (ou comme on dit d\u00e9sormais, de \u00ab&nbsp;gouvernance&nbsp;\u00bb), in\u00e9galit\u00e9 des possibilit\u00e9s d\u2019acc\u00e9der au pouvoir r\u00e9el et de l\u2019influencer pour les diff\u00e9rents groupes sociaux et nationaux, etc. Bref,&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">il faut se demander&nbsp; quel est maintenant le \u00ab&nbsp;r\u00e9gime&nbsp;\u00bb de l\u2019Europe&nbsp;?<\/span><\/i><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Ne revenons pas sur ce qui, d\u00e9sormais, devrait \u00eatre \u00e9vident, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019institutionnalisation du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme depuis le tournant de 1990, dans la forme du dogme <\/span>de<span lang=\"FR\"> la \u00ab&nbsp;concurrence libre et non-fauss\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00e9quivalent pour l\u2019UE de ce que fut le socialisme d\u2019Etat pour l\u2019Union sovi\u00e9tique, et dont on voit aujourd\u2019hui les effets de transformation \u00ab&nbsp;r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb qu\u2019elle engendre dans toute la soci\u00e9t\u00e9. Si ce n\u2019est pour marquer ceci, que la boucle est d\u00e9sormais boucl\u00e9e&nbsp;: la \u00ab&nbsp;libert\u00e9&nbsp;\u00bb du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme est une libert\u00e9 essentiellement&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">coercitive<\/span><\/i>, elle implique en permanence, partout o\u00f9 des \u00ab&nbsp;\u00e9carts&nbsp;\u00bb, des&nbsp;\u00ab&nbsp;manquements&nbsp;\u00bb sont rep\u00e9rables (donc avant tout chez les \u00ab&nbsp;faibles&nbsp;\u00bb, les \u00ab&nbsp;d\u00e9biteurs&nbsp;\u00bb), de&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">forcer les citoyens d\u2019\u00eatre libres <\/span><\/i>(comme aurait dit Rousseau, qui ne pouvait soup\u00e7onner cette application sinistre de sa formule). Bien \u00e9videmment, le degr\u00e9 de coercition varie \u00e9norm\u00e9ment suivant la place qu\u2019on occupe dans l\u2019\u00e9chelle du pouvoir r\u00e9el. Mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment&nbsp;: la \u00ab&nbsp;r\u00e9volution par en haut&nbsp;\u00bb qui s\u2019est initi\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but de la crise des budgets publics et l\u2019arbitrage en faveur des banques, lorsque les gouvernements grec et italien ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s au moyen d\u2019une manipulation constitutionnelle (2011) et le pr\u00e9c\u00e9dent referendum grec interdit, est d\u00e9sormais un fait accompli. Habermas a parl\u00e9 de<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">postdemokratischer Exekutiv-f\u00f6deralismus<\/span><\/i>, formule tr\u00e8s \u00e9clairante. Mais cet \u00ab&nbsp;ex\u00e9cutif postd\u00e9mocratique&nbsp;\u00bb agissant au niveau (quasi)f\u00e9d\u00e9ral &#8211; car le f\u00e9d\u00e9ralisme qui se construit en Europe, sur des bases extraordinairement fragiles, vient enti\u00e8rement d\u2019en haut &#8211; a la propri\u00e9t\u00e9 remarquable d\u2019\u00eatre en partie seulement visible et institutionnellement l\u00e9gitim\u00e9. Pour une part essentielle il est occulte et informel. On vient d\u2019en avoir l\u2019illustration flagrante&nbsp;: la \u00ab&nbsp;Commission europ\u00e9enne&nbsp;\u00bb n\u2019a plus ni pouvoir d\u2019initiative politique ni capacit\u00e9 de m\u00e9diation entre les int\u00e9r\u00eats des Etats membres. Son pr\u00e9sident Jean-Claude Juncker a jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge, apr\u00e8s avoir d\u00fb d\u00e9j\u00e0 se r\u00e9signer \u00e0 une retraite humiliante, il ya quelques semaines, dans la question&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">capitale<\/span><\/i>pour l\u2019avenir de l\u2019Europe de l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s et de la solidarit\u00e9 entre Etats devant la catastrophe humanitaire m\u00e9diterran\u00e9enne. La Commission n\u2019\u00e9tant plus qu\u2019une structure de r\u00e9glementation (prolif\u00e9rante) et une courroie de transmission, le pouvoir de n\u00e9gocier est pass\u00e9 \u00e0&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">l\u2019Eurogroupe<\/span><\/i>, dont l\u2019existence ne r\u00e9sulte d\u2019aucun trait\u00e9 et qui donc n\u2019ob\u00e9it \u00e0 aucune loi, dont le Pr\u00e9sident \u00ab&nbsp;\u00e9lu&nbsp;\u00bb par ses pairs sert en fait de porte-parole au plus puissant et au plus influent des Etats membres \u2013 en l\u2019occurrence l\u2019Allemagne.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Une structure de pouvoir en cache donc une autre, mais il ne faudrait pas se h\u00e2ter d\u2019en conclure que la constitution mat\u00e9rielle de l\u2019Europe est simplement le masque d\u2019un \u00ab&nbsp;imp\u00e9rialisme allemand&nbsp;\u00bb, m\u00eame si celui-ci est bien r\u00e9el. Car <\/span>d\u2019une<span lang=\"FR\"> part l\u2019h\u00e9g\u00e9monie allemande s\u2019exer\u00e7ant aujourd\u2019hui en Europe ne peut \u00eatre qu\u2019indirecte, favoris\u00e9e ou d\u00e9favoris\u00e9e par la conjoncture (dans le cas de la \u00ab&nbsp;punition grecque&nbsp;\u00bb, elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un maximum de conditions favorables). Et d\u2019autre part elle est<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">partielle<\/span><\/i>, expos\u00e9e \u00e0 la contestation de plusieurs adversaires, qui participent aussi \u00e0 des degr\u00e9s divers au \u00ab&nbsp;bloc de pouvoir&nbsp;\u00bb et le traversent de divisions dont certaines peuvent \u00eatre profondes. Parmi ces adversaires il y a, sans doute, d\u2019autres pays europ\u00e9ens ou groupes de pays europ\u00e9ens (dont la coalition pourrait \u00e9ventuellement \u00e9quilibrer l\u2019h\u00e9g\u00e9monie allemande, \u00e0 ceci pr\u00e8s, on l\u2019a bien vu ces temps-ci, qu\u2019ils en sont emp\u00each\u00e9s int\u00e9rieurement et ext\u00e9rieurement, par leur d\u00e9pendance financi\u00e8re et \u2013 de plus en plus \u2013 id\u00e9ologique), mais il y a aussi, nous en sommes convaincus, la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Banque Centrale Europ\u00e9enne.<\/span>&nbsp;<\/i>Il serait tout \u00e0 fait erron\u00e9 de croire qu\u2019il y ait harmonie pr\u00e9\u00e9tablie entre Berlin et Francfort, car l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00e9conomie allemande, qui veut conqu\u00e9rir et s\u00e9curiser une position privil\u00e9gi\u00e9e sur le march\u00e9 mondial, n\u2019est pas le m\u00eame que celui du syst\u00e8me bancaire, dont la BCE dirig\u00e9e par un ancien de Goldmann et Sachs, est la cl\u00e9 de vo\u00fbte (de m\u00eame que le moralisme agressif de M. Sch\u00e4uble n\u2019est pas identique au pragmatisme sp\u00e9culatif de l\u2019institution mon\u00e9taire, comme on le voit aux frictions p\u00e9riodiques entre M. Draghi et M. Weidmann). C\u2019est pourquoi d\u2019ailleurs il vaut mieux se m\u00e9fier des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s sur le \u00ab&nbsp;n\u00e9o-lib\u00e9ralisme&nbsp;\u00bb r\u00e9pandues \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, car un cadre id\u00e9ologique commun ne dicte pas une seule politique et ne r\u00e9sout pas les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats. Sans doute, dans l\u2019\u00e9pisode qui vient de se d\u00e9rouler, la BCE a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant, qu\u2019on a pu qualifier de \u00ab&nbsp;terroriste&nbsp;\u00bb&nbsp;: c\u2019est elle qui, en coupant les liquidit\u00e9s aux banques grecques, a forc\u00e9 le gouvernement \u00e0 les fermer et \u00e0 instaurer le contr\u00f4le des capitaux, pla\u00e7ant l\u2019\u00e9conomie du pays au bord de l\u2019asphyxie et par cons\u00e9quent contraignant Tsipras \u00e0 choisir entre la reddition ou le chaos, et c\u2019est ce chantage que Sch\u00e4uble et Dijsselbloom ont mis \u00e0 profit. Mais cela ne veut pas dire que la concertation fonctionne \u00e0 tout coup. Draghi ne voulait certainement pas de la sortie de la Gr\u00e8ce de l\u2019euro (alors que Sch\u00e4uble n\u2019en avait cure et peut-\u00eatre m\u00eame la souhaitait pour \u00ab&nbsp;resserrer&nbsp;\u00bb la zone autour de l\u2019Allemagne)&nbsp;: il a pris le risque et il a (provisoirement) gagn\u00e9. A long terme c\u2019est une autre histoire. Cette division au sein de \u00ab&nbsp;l\u2019ex\u00e9cutif&nbsp;\u00bb composite europ\u00e9en fait elle aussi partie de sa \u00ab&nbsp;constitution mat\u00e9rielle&nbsp;\u00bb.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">A ce point on peut commencer \u00e0 nuancer le diagnostic que nous avons port\u00e9 plus haut&nbsp;: un diktat fondamentalement inapplicable (\u00ab&nbsp;r\u00e9formes irr\u00e9alistes et irr\u00e9alisables&nbsp;\u00bb, \u00e9crit dans son \u00e9ditorial du 14.07.2015 le journal&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Le Monde<\/span><\/i>, qui n\u2019a pourtant cess\u00e9 de pousser de toutes ses forces \u00e0 leur adoption), mais qui sera mis en \u0153uvre de force, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde. Cela d\u00e9pendra bien \u00e9videmment des r\u00e9sistances qu\u2019il suscitera \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et, esp\u00e9rons-le, de plus en plus aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la Gr\u00e8ce (car c\u2019est toute l\u2019Europe \u2013 <\/span>ce<span lang=\"FR\"> sont tous les citoyens europ\u00e9ens qui sont concern\u00e9s), et ces r\u00e9sistances elles-m\u00eames augmenteront et se feront plus cr\u00e9dibles \u00e0 mesure que les contradictions et les effets destructeurs de la mise en \u0153uvre se r\u00e9v\u00e9leront au grand jour. Mais ces effets sont surd\u00e9termin\u00e9s par les r\u00e9actions divergentes et les strat\u00e9gies de moins en moins conciliables qu\u2019ils engendrent parmi les Etats europ\u00e9ens, de fa\u00e7on relativement ind\u00e9pendante de la \u00ab&nbsp;couleur&nbsp;\u00bb politique des gouvernements. A ce point un d\u00e9tour n\u2019est pas inutile par l\u2019examen de ce qu\u2019ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les tractations ayant conduit \u00e0 l\u2019accord de Bruxelles dans la nuit du 12 au 13 juillet, avant d\u2019en venir au c\u0153ur des contradictions actuelles.<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">La nuit de Bruxelles r\u00e9v\u00e8le une fracture du \u00ab&nbsp;<\/span><span lang=\"FR\">couple<\/span><span lang=\"FR\" style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">&nbsp;\u00bb franco-allemand<\/span><\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Les observateurs politiques s\u2019accordent \u00e0 r\u00e9partir les Etats europ\u00e9ens en quatre groupes approximatifs au regard de la \u00ab&nbsp;crise grecque&nbsp;\u00bb et <\/span><span lang=\"FR\">de<\/span><span lang=\"FR\"> la solution \u00e0 lui apporter (laissant de c\u00f4t\u00e9 la Grande Bretagne, qui dans cette affaire ne compte pas, d\u2019autant qu\u2019elle est occup\u00e9e \u00e0 discuter int\u00e9rieurement de son \u00e9ventuel \u00ab&nbsp;Brexit&nbsp;\u00bb)&nbsp;: l\u2019Allemagne et les pays plus ou moins \u00ab&nbsp;satellis\u00e9s&nbsp;\u00bb qui s\u2019alignent sur sa politique ou la \u00ab&nbsp;pr\u00e9c\u00e8dent&nbsp;\u00bb (et lui servent ainsi de pr\u00eate-noms pour avancer ses exigences les plus \u00ab&nbsp;impitoyables&nbsp;\u00bb &#8211; <i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">dixit<\/span><\/i>&nbsp;encore&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Le Monde<\/span><\/i>), les \u00ab&nbsp;pays pauvres&nbsp;\u00bb du Nord et de l\u2019Est europ\u00e9ens qui ont \u00ab&nbsp;consenti des sacrifices&nbsp;\u00bb importants pour acc\u00e9der \u00e0 la zone euro, et ne veulent pas que les Grecs en \u00ab&nbsp;profitent&nbsp;\u00bb, les \u00ab&nbsp;pays endett\u00e9s&nbsp;\u00bb du Sud et de l\u2019Ouest qui ont accept\u00e9 les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 refus\u00e9es par les Grecs et s\u2019en sont tir\u00e9s plus ou moins bien, enfin la France (et dans une certaine mesure l\u2019Italie), qui ne respectent pas vraiment les normes du pacte de rigueur budg\u00e9taire, mais veulent toujours \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme membres incontournables du \u00ab&nbsp;directoire&nbsp;\u00bb europ\u00e9en. En r\u00e9alit\u00e9 cette typologie se ram\u00e8ne \u00e0 deux groupes, car dans l\u2019affaire grecque (o\u00f9 la \u00ab&nbsp;ligne Sch\u00e4uble&nbsp;\u00bb l\u2019a nettement emport\u00e9 sur la \u00ab&nbsp;ligne Merkel&nbsp;\u00bb dans la politique allemande), les surench\u00e8res anti-grecques des diff\u00e9rents pays europ\u00e9ens autres que la France et l\u2019Italie (\u00ab&nbsp;nous ne pouvons plus avoir confiance&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nous n\u2019acceptons plus de payer&nbsp;\u00bb) ont \u00e9t\u00e9 directement instrumentalis\u00e9es (sinon orchestr\u00e9es) par l\u2019Allemagne, et la France implicitement soutenue par l\u2019Italie a seule repr\u00e9sent\u00e9 une position (mod\u00e9r\u00e9ment) divergente (en particulier sur la question du Grexit). L\u2019essentiel est&nbsp; donc de savoir ce qui a s\u00e9par\u00e9 les Fran\u00e7ais des Allemands. Et c\u2019est au fond assez d\u00e9cisif, mais \u00e9videmment pas pour les raisons dont se pr\u00e9vaut la Pr\u00e9sidence fran\u00e7aise.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Pour ce qui concerne le gouvernement allemand, nous pensons que les raisons id\u00e9ologiques et politiques de son \u00ab&nbsp;intransigeance&nbsp;\u00bb ont toujours \u00e9t\u00e9 plus fondamentales que les raisons \u00e9conomiques (m\u00eame s\u2019il est vrai que les banques allemandes, aujourd\u2019hui encore, ont une grosse exposition en valeurs grecques et que le budget allemand fournit presque un tiers des ressources du M\u00e9canisme europ\u00e9en de solidarit\u00e9). Elles rel\u00e8vent de la <\/span>politique<span lang=\"FR\"> int\u00e9rieure autant que de l\u2019objectif de cr\u00e9ation d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie continentale \u2013 cette \u00ab&nbsp;Europe allemande&nbsp;\u00bb que Ulrich Beck, dans son livre d\u00e9sormais fameux, avait d\u00e9crit non pas tant comme un objectif de \u00ab&nbsp;conqu\u00eate&nbsp;\u00bb que comme un programme de \u00ab&nbsp;ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole&nbsp;\u00bb. Les deux sch\u00e9mas \u00e9labor\u00e9s par le&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Bundesfinanzministerium<\/span><\/i>&nbsp;et opportun\u00e9ment \u00ab&nbsp;fuit\u00e9s&nbsp;\u00bb (<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">leaked<\/span><\/i>) avant la reprise des travaux de l\u2019Eurogroupe&nbsp;: sortie \u00ab&nbsp;provisoire&nbsp;\u00bb de la Gr\u00e8ce de l\u2019euro (un provisoire dont tout le monde a aussit\u00f4t compris qu\u2019il deviendrait automatiquement d\u00e9finitif), ou bien r\u00e9duction de la Gr\u00e8ce \u00e0 l\u2019\u00e9tat de protectorat et expropriation de ses ressources nationales, \u00e9taient au fond<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">\u00e9quivalents<\/span><\/i>&nbsp;du point de vue politique, surtout si on pense que dans les deux cas l\u2019objectif ultime \u00e9tait en fait la chute du gouvernement Tsipras. Le second sch\u00e9ma l\u2019a emport\u00e9, en raison des difficult\u00e9s \u00ab&nbsp;de principe&nbsp;\u00bb soulev\u00e9s par le premier&nbsp;: reste \u00e0 voir s\u2019il conduira jusqu\u2019\u00e0 son but (dont il semble bien proche).<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">En contrepartie, que s\u2019est-il pass\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais&nbsp;? On peut d\u2019abord faire l\u2019hypoth\u00e8se que, contrairement aux allemands, Hollande s\u2019est convaincu \u00e0 un certain moment que la seule fa\u00e7on de \u00ab&nbsp;faire passer&nbsp;\u00bb le surcro\u00eet d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 dans la population grecque \u00e9tait de le faire endosser par Syriza en \u00ab&nbsp;conseillant&nbsp;\u00bb Tsipras (ce qu\u2019\u00e9videmment l\u2019extr\u00e9misme des <\/span>conditions<span lang=\"FR\"> et des mesures impos\u00e9es par le sommet europ\u00e9en va rendre de plus en plus difficile, pour ne pas dire impossible). Le referendum lui-m\u00eame (qui a exasp\u00e9r\u00e9 les Allemands et les a renforc\u00e9s dans l\u2019intention de \u00ab&nbsp;casser&nbsp;\u00bb le gouvernement grec) a d\u00fb jouer dans ce sens. Apr\u00e8s tout Hollande a lui-m\u00eame une certaine exp\u00e9rience du renversement des promesses \u00e9lectorales, et doit penser que d\u2019autres que lui peuvent faire de m\u00eame\u2026 Deux autres facteurs ont pu encore peser pour lui faire jouer son va-tout contre le Grexit&nbsp;: les r\u00e9percussions de l\u2019expulsion de la Gr\u00e8ce au sein de l\u2019opinion de gauche fran\u00e7aise, assez nettement favorable \u00e0 Syriza, et le poids des prises de position am\u00e9ricaines, tr\u00e8s explicitement hostiles au Grexit en raison des dangers qu\u2019il fait courir au syst\u00e8me financier et mon\u00e9taire international \u2013 depuis 2008 les USA ont&nbsp; l\u2019obsession du \u00ab&nbsp;risque syst\u00e9mique&nbsp;\u00bb. Mais l\u2019essentiel est sans doute la pr\u00e9occupation qu\u2019a point\u00e9e Varoufakis dans son article du&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Guardian<\/span><\/i>&nbsp;du 10-07-2015&nbsp;: l\u2019Allemagne se sert de la situation grecque pour \u00ab&nbsp;discipliner la France&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire lui imposer d\u00e9finitivement la discipline budg\u00e9taire qu\u2019elle est, en fait, incapable d\u2019appliquer, et pr\u00e9parer l\u2019opinion aux \u00ab&nbsp;sanctions&nbsp;\u00bb qui devraient s\u2019ensuivre. A nouveau donc l\u2019enjeu est politique, il porte sur la distribution du pouvoir en Europe autant que sur le contr\u00f4le du discours dominant. On peut dire que, dans la nuit fatidique, Hollande (peut-\u00eatre aid\u00e9 de Merkel contre son propre ministre) a \u00ab&nbsp;gagn\u00e9&nbsp;\u00bb sur le maintien de la Gr\u00e8ce dans l\u2019euro, r\u00e9tablissant son prestige de \u00ab&nbsp;m\u00e9diateur europ\u00e9en&nbsp;\u00bb, mais il a incontestablement \u00ab&nbsp;perdu&nbsp;\u00bb sur le contenu des conditions qui y sont pos\u00e9es, et comme ce sont elles qui vont d\u00e9terminer la suite, on peut aussi penser que sa \u00ab&nbsp;victoire&nbsp;\u00bb sur le premier point ne le m\u00e8nera pas loin\u2026<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Les probl\u00e8mes non r\u00e9solus et m\u00eame&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">aggrav\u00e9s<\/span><\/i>&nbsp;par l\u2019issue des affrontements de la semaine derni\u00e8re sont indissolublement des probl\u00e8mes \u00ab&nbsp;grecs&nbsp;\u00bb et des probl\u00e8mes \u00ab&nbsp;europ\u00e9ens&nbsp;\u00bb, ce qui veut dire qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame quand on doit les examiner \u00e0 tour de r\u00f4le sous <\/span>les<span lang=\"FR\"> deux angles, ils manifestent une fois de plus \u00e0 quel point le sort de l\u2019Europe enti\u00e8re se joue dans la question grecque, et \u00e0 quel point l\u2019action des Grecs (leur r\u00e9sistance, leurs propositions, \u00e9ventuellement leurs erreurs et leurs \u00e9checs) entra\u00eenent aujourd\u2019hui des cons\u00e9quences pour toute l\u2019Europe. Trois questions g\u00e9n\u00e9rales figurent plus que jamais au premier plan&nbsp;: la dette et la politique \u00e9conomique, les in\u00e9galit\u00e9s structurelles et les nouveaux rapports de domination, la d\u00e9mocratie et le danger d\u2019extr\u00eame droite.<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border: 1pt none windowtext; padding: 0cm;\">Une dette europ\u00e9enne incontr\u00f4lable, une monnaie <\/span><span lang=\"FR\">toujours<\/span><span lang=\"FR\" style=\"border: 1pt none windowtext; padding: 0cm;\"> instable<br \/><\/span><\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Commen\u00e7ons par la dette. Il semble bon de rappeler une \u00e9vidence&nbsp;: la dette europ\u00e9enne cumul\u00e9e, \u00e0 la fois publique et priv\u00e9e,&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">continue d\u2019augmenter<\/span><\/i>&nbsp;et d\u2019engendrer ses propres produits d\u00e9riv\u00e9s plus ou moins toxiques, donc de mettre en danger la stabilit\u00e9 de l\u2019euro. Comme elle ne dispose pas \u2013 \u00e0 la diff\u00e9rence des Etats-Unis \u2013 d\u2019un m\u00e9canisme de compensation dans la forme d\u2019une monnaie de r\u00e9serve&nbsp;universellement accept\u00e9e et th\u00e9sauris\u00e9e, ni d\u2019une banque centrale habilit\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;pr\u00eater en dernier ressort&nbsp;\u00bb, elle comporte \u00e0 la fois des risques sp\u00e9culatifs et des risques de stagnation \u00e9conomique telle qu\u2019on l\u2019observe en ce moment. Parce que les Etats sont entr\u00e9s massivement, depuis les ann\u00e9es 1880, dans la d\u00e9pendance institutionnelle par rapport aux march\u00e9s financiers, parce que les renflouements et fournitures de liquidit\u00e9s aux banques priv\u00e9es pratiqu\u00e9es par la BCE (sauf quand il s\u2019agit de faire pression sur le gouvernement grec) ont pour r\u00e9sultat de transf\u00e9rer continument le risque des op\u00e9rations sp\u00e9culatives sur les citoyens en tant que contribuables, enfin parce que le discours politique n\u00e9o-lib\u00e9ral ne cesse de fustiger les Etats \u00ab&nbsp;d\u00e9pensiers&nbsp;\u00bb (au gr\u00e9 de crit\u00e8res largement discutables et manipulables), l\u2019attention g\u00e9n\u00e9rale est focalis\u00e9e sur les dettes publiques. Mais le gros de l\u2019endettement, ce sont les dettes priv\u00e9es, et ce sont elles qui font osciller les \u00e9conomies entre le Charybde du surendettement et le Scylla des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Ce probl\u00e8me vaut pour toute l\u2019Europe (m\u00eame si la monnaie commune n\u2019est pas adopt\u00e9e \u00e0 l\u2019heure actuelle par la totalit\u00e9 des pays membres, et sans doute ne le sera pas). La dette grecque repr\u00e9sente sans doute un risque syst\u00e9mique particulier (qu\u2019on ne diminuera pas en \u00e9tranglant son \u00e9conomie, c\u2019est-\u00e0-dire ses possibilit\u00e9s de remboursement&nbsp;!), mais c\u2019est l\u2019ensemble du syst\u00e8me qui est engag\u00e9 sur une voie malsaine, appelant une solution d\u2019ensemble \u2013 en clair une restructuration dans le cadre d\u2019une transformation de la zone euro en espace \u00e9conomique coh\u00e9rent, non seulement int\u00e9gr\u00e9 ou \u00ab&nbsp;disciplin\u00e9&nbsp;\u00bb mais orient\u00e9 par une perspective de d\u00e9veloppement et de transformation industrielle collective. D\u2019o\u00f9 la pertinence de la proposition du gouvernement grec d\u2019examiner les conditions de son d\u00e9sendettement et de sa relance dans le cadre d\u2019une \u00ab&nbsp;conf\u00e9rence europ\u00e9enne sur les dettes&nbsp;\u00bb, prenant en compte toutes les donn\u00e9es du probl\u00e8me et toutes les parties prenantes, proposition \u00e9cart\u00e9e d\u2019un revers de main par les \u00ab&nbsp;institutions&nbsp;\u00bb sans m\u00eame avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9es par leurs repr\u00e9sentants\u2026 Elle allait d\u2019ailleurs dans le m\u00eame sens que les analyses du FMI depuis qu\u2019il a d\u00e9couvert \u00ab&nbsp;l\u2019erreur de calcul&nbsp;\u00bb inh\u00e9rente \u00e0 son plan d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pour la Gr\u00e8ce (sans pour autant en tirer toutes les cons\u00e9quences pratiques). De sorte qu\u2019on peut se demander quels sont les int\u00e9r\u00eats qui forment toujours un obstacle insurmontable \u00e0 ce que l\u2019Europe affronte rationnellement son probl\u00e8me financier au niveau pertinent, et ne cesse de la pousser \u00e0 trouver des boucs \u00e9missaires&nbsp;: le nationalisme et l\u2019\u00e9go\u00efsme \u00e0 courte vue, sans doute, ainsi que les obsessions id\u00e9ologiques \u00e9voqu\u00e9es ci-dessus, mais aussi des int\u00e9r\u00eats bancaires, et pour finir une fois de plus le comportement anti-communautaire d\u2019un pays (l\u2019Allemagne), qui ne cesse de d\u00e9gager des exc\u00e9dents budg\u00e9taires au d\u00e9triment de ses voisins, et sur le long terme a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de \u00ab&nbsp;transferts&nbsp;\u00bb consid\u00e9rables \u00e0 partir des pays endett\u00e9s en mettant \u00e0 profit le<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">spread<\/span><\/i>&nbsp;des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats nationaux sur les march\u00e9s financiers. On comprend qu\u2019elle ne soit pas press\u00e9e de contribuer \u00e0 une lutte efficace contre la corruption ou l\u2019\u00e9vasion fiscale de ses voisins du Sud, tout en la r\u00e9clamant \u00e0 cor et \u00e0 cris pour justifier leur mise en tutelle. Mais de ce fait m\u00eame elle ne cesse de mettre en danger la valeur et la stabilit\u00e9 d\u2019une monnaie dont elle a pourtant proclam\u00e9 le caract\u00e8re sacro-saint.<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Europe des in\u00e9galit\u00e9s, des <\/span>dominations<\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">La question de la dette, et le d\u00e9faut de son traitement rationnel, qui supposerait la volont\u00e9 politique d\u2019une solidarit\u00e9 continentale, communiquent donc directement avec le second probl\u00e8me, encore plus pr\u00e9occupant pour l\u2019avenir de l\u2019Europe&nbsp;: le d\u00e9veloppement de ses in\u00e9galit\u00e9s internes. Elles n\u2019ont pas une figure simple, parce qu\u2019elles rel\u00e8vent \u00e0 la fois de causes sociales et politiques plongeant dans toute l\u2019histoire du continent, de ses <\/span>divisions<span lang=\"FR\"> et de ses r\u00e9unifications (laissons de c\u00f4t\u00e9 la rh\u00e9torique des \u00ab&nbsp;diff\u00e9rences de culture&nbsp;\u00bb, affectionn\u00e9e par les mass media et par certains politologues, qui fleure bon le racisme intra-europ\u00e9en). Mais on peut dire quand m\u00eame qu\u2019apr\u00e8s avoir tendu \u00e0 se disposer suivant un axe Est-Ouest, renforc\u00e9 par la division politique de l\u2019Europe et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de ses syst\u00e8mes \u00e9conomiques \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la guerre froide, elles se disposent maintenant majoritairement, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et sur les bords de la zone euro, suivant un axe Nord-Sud. Les conditions du pseudo-d\u00e9nouement de la crise grecque, venant apr\u00e8s les \u00ab&nbsp;solutions&nbsp;\u00bb appliqu\u00e9es en Espagne et au Portugal (o\u00f9 les comptes publics et surtout la solidit\u00e9 des banques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablis au prix d\u2019une explosion du ch\u00f4mage), illustrent dramatiquement la profondeur du foss\u00e9 qui se creuse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une Europe \u00ab&nbsp;unie&nbsp;\u00bb dont le projet initial, r\u00e9affirm\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des successifs \u00e9largissements de la communaut\u00e9, associait la r\u00e9duction des inimiti\u00e9s caus\u00e9es par la guerre entre les peuples avec l\u2019ouverture d\u2019une perspective de prosp\u00e9rit\u00e9 et de compl\u00e9mentarit\u00e9.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">C\u2019est, bien entendu, la logique du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique fanatique, tel que sacralis\u00e9 par la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration des Trait\u00e9s, que de transformer les avantages comparatifs en in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement, et les in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement en relations de domination. Certains analystes de la gauche radicale, inspir\u00e9s par l\u2019histoire des <\/span>relations<span lang=\"FR\"> entre le \u00ab&nbsp;Nord&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;Sud&nbsp;\u00bb de la plan\u00e8te, voient se profiler ici une relation de type colonial, d\u00e9j\u00e0 plus qu\u2019avanc\u00e9e, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du continent europ\u00e9en, y compris sous la forme d\u2019une \u00ab&nbsp;sp\u00e9cialisation&nbsp;\u00bb des r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes dans le tourisme et l\u2019offre de main-d\u2019\u0153uvre \u00e9duqu\u00e9e aux r\u00e9gions du Nord. Dans cette perspective, la France en d\u00e9clin industriel, dont les taux de ch\u00f4mage n\u2019arrivent toujours pas \u00e0 diminuer, occuperait une position interm\u00e9diaire, tr\u00e8s difficile \u00e0 g\u00e9rer en d\u00e9pit de sa taille, cependant que les nouveaux Etats membres de la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Mitteleuropa,<\/span>&nbsp;<\/i>pass\u00e9s par l\u2019\u00e9preuve du \u00ab&nbsp;socialisme r\u00e9el&nbsp;\u00bb et convertis \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie du march\u00e9 sous sa forme la plus extr\u00eame, se sp\u00e9cialiseraient dans la sous-traitance au profit de la r\u00e9gion dominante. Cette pr\u00e9sentation est simplificatrice, en particulier parce qu\u2019elle tend \u00e0 n\u00e9gliger les in\u00e9galit\u00e9s sociales et territoriales internes \u00e0 chaque \u00ab&nbsp;r\u00e9gion&nbsp;\u00bb et \u00e0 chaque nation, elles aussi maximis\u00e9es par la logique n\u00e9o-lib\u00e9rale. Mais elle a l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019attirer l\u2019attention&nbsp; sur le caract\u00e8re \u00e0 la fois<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">structurel<\/span><\/i>&nbsp;et tendanciellement&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">antagonique<\/span><\/i>&nbsp;des polarisations en cours. Il convient, selon nous, de lui ajouter une consid\u00e9ration plus concr\u00e8te et plus imm\u00e9diatement li\u00e9e \u00e0 la conjoncture&nbsp;: c\u2019est que le Sud de l\u2019Europe (dont, au premier chef, la Gr\u00e8ce et l\u2019Italie) n\u2019est pas seulement en train de reproduire en son sein des formes de d\u00e9pendance et de domination analogues \u00e0 une colonisation, en partie \u00ab&nbsp;constructive&nbsp;\u00bb et en partie \u00ab&nbsp;destructive&nbsp;\u00bb, il est aussi, par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019espace m\u00e9diterran\u00e9en auquel il appartient autant qu\u2019\u00e0 l\u2019Europe continentale, en relation organique avec un autre \u00ab&nbsp;Sud&nbsp;\u00bb de plus en plus d\u00e9stabilis\u00e9 et d\u00e9stabilisant, qu\u2019il sera impossible de contenir derri\u00e8re des murs ou des op\u00e9rations de police des fronti\u00e8res. Nous voulons parler du \u00ab&nbsp;Sud&nbsp;\u00bb des migrations de la mis\u00e8re et du refuge, en proie aux guerres civiles et aux contrecoups des interventions occidentales dont les cons\u00e9quences n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 calcul\u00e9es par ceux qui les ont lanc\u00e9es. L\u00e0 encore, il n\u2019est pas exclu qu\u2019une autre partie de l\u2019Europe veuille d\u00e9sormais s\u2019en \u00ab&nbsp;couper&nbsp;\u00bb.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">On voit donc o\u00f9 nous voulons en venir&nbsp;: s\u2019il est manifestement illusoire de penser qu\u2019on poursuivra, ou m\u00eame qu\u2019on maintiendra, la \u00ab&nbsp;construction europ\u00e9enne&nbsp;\u00bb dans les conditions d\u2019une polarisation et d\u2019un conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats de plus en plus accentu\u00e9 entre ses nations et ses r\u00e9gions, il l\u2019est tout autant, sinon plus, de croire que l\u2019Europe puisse exister comme un corps politique en \u00ab&nbsp;neutralisant&nbsp;\u00bb et rendant \u00ab&nbsp;invisibles&nbsp;\u00bb les flux li\u00e9s \u00e0 la mondialisation dont elle est \u00e0 la fois l\u2019une des origines et la terre d\u2019accueil. Ce qui vaut pour l\u2019intervention du FMI &#8211; organisme en principe charg\u00e9 de la restructuration des \u00e9conomies dont la monnaie s\u2019effondre &#8211; dans le r\u00e8glement d\u2019un diff\u00e9rend budg\u00e9taire entre membres de la zone euro,&nbsp;vaut aussi bien pour la gestion des flux migratoires et l\u2019affrontement des nouveaux conflits arm\u00e9s aux \u00ab&nbsp;marches&nbsp;\u00bb de l\u2019Europe. L\u2019Europe de plus en plus divis\u00e9e n\u2019est pas <\/span>enti\u00e8rement<span lang=\"FR\"> \u00ab&nbsp;dans l\u2019Europe&nbsp;\u00bb. Avant de dispara\u00eetre de la sc\u00e8ne, M. Juncker a eu le temps de lancer un cri de col\u00e8re contre \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9go\u00efsme&nbsp;\u00bb des Etats europ\u00e9ens qui refusent de se \u00ab&nbsp;partager&nbsp;\u00bb les r\u00e9fugi\u00e9s&nbsp;: que n\u2019a-t-il pouss\u00e9 la lucidit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9noncer l\u2019aberration consistant \u00e0 enfoncer la t\u00eate sous l\u2019eau \u00e0 l\u2019un des deux Etats qui font face quotidiennement \u00e0 leur arriv\u00e9e&nbsp;? Il sera bien temps ensuite de construire des murs, au sein des Balkans ou sur les bords du Danube\u2026<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">En l\u2019absence de d\u00e9mocratie europ\u00e9enne, un <\/span>populisme<span lang=\"FR\" style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\"> d\u2019Etat<br \/><\/span><\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Le troisi\u00e8me probl\u00e8me dont le monstre du 13 juillet 2015 fait ressortir la gravit\u00e9, c\u2019est \u00e9videmment le probl\u00e8me&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">d\u00e9mocratique <\/span><\/i>(et donc la <\/span><span lang=\"FR\">crise<\/span><span lang=\"FR\"> de&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">l\u00e9gitimit\u00e9<\/span>&nbsp;<\/i>institutionnelle)<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">.<\/span><\/i>&nbsp;Chacun le r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l\u2019envi&nbsp;: le \u00ab&nbsp;d\u00e9ficit&nbsp;\u00bb se creuse&#8230; Mais il convient de l\u2019aborder dans<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">toutes<\/span><\/i>&nbsp;ses composantes, et dans son actualit\u00e9 imm\u00e9diate, en sortant de l\u2019abstraction qui se contente d\u2019en \u00e9voquer surtout les aspects&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">formels<\/span><\/i>, si r\u00e9els et importants soient-ils.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Le plus puissant, en apparence au moins, des arguments qui ont \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9s par les gouvernements europ\u00e9ens pour disqualifier les demandes de n\u00e9gociation du gouvernement grec (sur la dette, sur l\u2019\u00e9conomie, sur l\u2019avenir du pays dans la construction europ\u00e9enne), avant et&nbsp;<i><span style=\"border: none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">a fortiori<\/span><\/i>&nbsp;apr\u00e8s le referendum du 5 juillet, c\u2019est celui qui a consist\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter que la \u00ab&nbsp;volont\u00e9&nbsp;\u00bb d\u2019un seul peuple ou pays membre de l\u2019UE (ou de l\u2019eurozone) ne pouvait pr\u00e9valoir contre celle des 18 autres (dont on tenait pour acquis qu\u2019elle \u00e9tait exprim\u00e9e par leurs gouvernements respectifs, puisqu\u2019issus d\u2019\u00e9lections r\u00e9guli\u00e8res). Il s\u2019agit l\u00e0 manifestement d\u2019un \u00ab&nbsp;\u00e9l\u00e9ment de communication&nbsp;\u00bb construit \u00e0 Bruxelles, et qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 par les correspondants des journaux aupr\u00e8s de la Commission (en particulier en France&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Le Monde<\/span><\/i>, mais aussi<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Lib\u00e9ration<\/span><\/i>). Il contient quelque chose d\u2019incontestable&nbsp;: la partie ne peut pas d\u00e9cider pour le tout (pas plus, \u00e0 vrai dire, que le \u00ab&nbsp;tout&nbsp;\u00bb ne peut imposer \u00e0 une \u00ab&nbsp;partie&nbsp;\u00bb le sacrifice de son existence m\u00eame, sauf dans un r\u00e9gime totalitaire). Cependant, ceci ne vaut que si, ind\u00e9pendamment du d\u00e9tail des proc\u00e9dures repr\u00e9sentatives, une discussion contradictoire a effectivement lieu dans laquelle le \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb au sens d\u00e9mocratique du terme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des citoyens qui seront repr\u00e9sent\u00e9s et concern\u00e9s par la d\u00e9cision finale, a \u00e9t\u00e9 effectivement convi\u00e9 \u00e0 en discuter. La technostructure europ\u00e9enne et les classes politiques des diff\u00e9rents pays (qui prot\u00e8gent jalousement leur monopole de \u00ab&nbsp;m\u00e9diation&nbsp;\u00bb entre le niveau national et le niveau europ\u00e9en) ne veulent m\u00eame pas en entendre parler. On en \u00e9tait \u00e0 peine aux balbutiements lors des referendums conduits par certains pays en 2005 \u00e0 propos du projet de \u00ab&nbsp;Constitution europ\u00e9enne&nbsp;\u00bb, malgr\u00e9 certains vrais moments de discussion et de participation collectives. Mais les votes n\u00e9gatifs obtenus en France et aux Pays-Bas (quelle que soit la complexit\u00e9 de leur interpr\u00e9tation) ont \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t instrumentalis\u00e9s pour disqualifier l\u2019id\u00e9e m\u00eame de consultation populaire et faire annuler ses r\u00e9sultats&nbsp;: un proc\u00e9d\u00e9 dont les effets de d\u00e9sagr\u00e9gation sur l\u2019esprit civique en Europe ont \u00e9t\u00e9 massifs et qui explique en partie la violence des r\u00e9actions produites par le referendum grec du 5 juillet.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Un spectre hante l\u2019Europe, celui de la voix du peuple, voire m\u00eame de son pouvoir. Mais comme la mont\u00e9e des exigences d\u00e9mocratiques va de pair avec le malaise grandissant, et parfois la col\u00e8re, qu\u2019engendre le d\u00e9placement des d\u00e9cisions de l\u2019Etat-nation vers les institutions supranationales et les organismes occultes qui ne font l\u2019objet d\u2019aucun contr\u00f4le populaire, on a mis en place un dispositif de \u00ab&nbsp;compensation&nbsp;\u00bb dont les effets sont d\u00e9sastreux dans l\u2019imm\u00e9diat et terriblement inqui\u00e9tants pour l\u2019avenir. Profitant du fait qu\u2019une grande partie des dettes souveraines douteuses ont \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9es par des organismes \u00ab&nbsp;publics&nbsp;\u00bb europ\u00e9ens, on a martel\u00e9 sans rel\u00e2che aupr\u00e8s des \u00ab&nbsp;contribuables&nbsp;\u00bb des diff\u00e9rents pays l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils ne cessent de \u00ab&nbsp;payer pour les Grecs&nbsp;\u00bb (lesquels ne feraient rien d\u2019autre que dilapider l\u2019argent qu\u2019on leur \u00ab&nbsp;donne&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019en fait l\u2019essentiel de ces sommes va aux int\u00e9r\u00eats de pr\u00eats ant\u00e9rieurs), et qu\u2019ils \u00ab&nbsp;perdraient&nbsp;\u00bb individuellement des sommes consid\u00e9rables si les Grecs faisaient d\u00e9faut sans offrir de garanties (alors que ces pertes sont des sommes virtuelles dont l\u2019impact r\u00e9el sur les finances de chaque pays d\u00e9pend enti\u00e8rement de la conjoncture \u00e9conomique).<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">La mise en place de cette propagande d\u2019Etat, tenant lieu d\u2019opinion publique, engendre un&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">populisme, voire un extr\u00e9misme \u00ab&nbsp;du centre&nbsp;\u00bb<\/span><\/i>&nbsp;(suivant l\u2019expression du sociologue Ulrich Bielefeld), particuli\u00e8rement puissant en Allemagne, mais aussi en France ou aux Pays-Bas, et officialis\u00e9 dans des pays comme la Finlande o\u00f9 l\u2019on peut observer \u00e0 l\u2019\u0153il nu sa convergence avec la x\u00e9nophobie. Il en r\u00e9sulte que la crise d\u00e9mocratique se d\u00e9veloppe bien en tant que d\u00e9ficit de repr\u00e9sentation, li\u00e9 au fait qu\u2019aucune possibilit\u00e9 institutionnelle <\/span>n\u2019existe<span lang=\"FR\"> pour les citoyens europ\u00e9ens, soit individuellement, soit en tant qu\u2019ils appartiennent \u00e0 des territoires, \u00e0 des communaut\u00e9s locales, nationales ou transnationales, de contr\u00f4ler&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">effectivement<\/span>&nbsp;<\/i>les d\u00e9cisions prises en leur nom &#8211; le Parlement Europ\u00e9en n\u2019\u00e9tant qu\u2019une pauvre coquille vide, dont on a bien vu qu\u2019elle ne jouait aucun r\u00f4le dans l\u2019examen du d\u00e9faut grec et de ses cons\u00e9quences g\u00e9n\u00e9rales, sauf par les d\u00e9clarations provocatrices et m\u00e9prisantes du pr\u00e9sident Schulz. Mais la crise prend aussi, de plus en plus, la forme d\u2019une revanche des nationalismes agressifs (anti-grecs, anti-allemands) et x\u00e9nophobes, \u00e0 la fois contre leurs \u00ab&nbsp;minorit\u00e9s&nbsp;\u00bb internes et contre les \u00ab&nbsp;concurrents&nbsp;\u00bb externes, allant de pair avec le d\u00e9veloppement de forces organis\u00e9es, de passions collectives et de discours anti-europ\u00e9ens et antipolitiques. Ce sont les gouvernements eux-m\u00eames, quelle que soit leur \u00ab&nbsp;couleur&nbsp;\u00bb politique, qui sont les initiateurs de ce populisme massif (rarement d\u00e9sign\u00e9 comme tel), ou les partis de la \u00ab&nbsp;grande coalition&nbsp;\u00bb se partageant aujourd\u2019hui le pouvoir politique en Europe, en \u00e9troite collaboration avec la technocratie et la finance. Mais ce sont des mouvements n\u00e9o-fascistes qui, \u00e0 des degr\u00e9s divers, se pr\u00e9parent \u00e0 en tirer les b\u00e9n\u00e9fices et s\u2019en servent d\u00e9j\u00e0 pour peser de tout leur poids dans la vie de chaque pays. On est d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 tr\u00e8s loin dans ce sens, que ce soit sous couvert de protection de \u00ab&nbsp;l\u2019identit\u00e9 nationale&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;d\u00e9fense&nbsp;\u00bb contre les migrations et les minorit\u00e9s.&nbsp;<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Il en r\u00e9sulte aussi que&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">l\u2019invention d\u00e9mocratique<\/span><\/i>&nbsp;dont (pour parler comme Claude Lefort) l\u2019Europe a besoin aujourd\u2019hui, doit se faire \u00e0 la fois sous la forme d\u2019une&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">cr\u00e9ation institutionnelle<\/span><\/i>, instituant la repr\u00e9sentation et la d\u00e9lib\u00e9ration aux \u00e9chelons de pouvoir r\u00e9el dont elle est compl\u00e8tement absente, et sous la forme d\u2019une<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">citoyennet\u00e9 active,<\/span>&nbsp;<\/i>c\u2019est-\u00e0-dire <\/span>d\u2019une<span lang=\"FR\"> mobilisation de masses de citoyens (qu\u2019on pourrait appeler un \u00ab&nbsp;contre-populisme&nbsp;\u00bb) sur tous les sujets qui appellent une responsabilit\u00e9 transnationale (de la libert\u00e9 de l\u2019information \u00e0 l\u2019environnement, en passant par les droits des travailleurs, les mobilisations des migrants, pr\u00e9caires et ch\u00f4meurs, et la lutte contre la corruption et l\u2019\u00e9vasion fiscale). Il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que Syriza, avant et apr\u00e8s son acc\u00e8s au gouvernement, de m\u00eame que d\u2019autres mouvements en Europe (<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Indignados, Podemos<\/span><\/i>), avait suscit\u00e9 de grand espoirs dans la fraction la plus avanc\u00e9e de la gauche europ\u00e9enne, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle allait dans ce sens&nbsp;: cela non plus, sans doute, n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 l\u2019acharnement dont elle a fait l\u2019objet avec le r\u00e9sultat que l\u2019on voit. C\u2019est pourquoi, en conclusion provisoire de ces r\u00e9flexions sur le&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">diktat<\/span><\/i>&nbsp;de Bruxelles et ses lendemains, nous en viendrons \u2013 avec la prudence qui convient quand on ne s\u2019exprime pas de l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un pays ou d\u2019un mouvement \u2013 \u00e0 quelques r\u00e9flexions et hypoth\u00e8ses sur les acquis de la gauche grecque, ainsi que sur la situation critique dans laquelle elle se trouve en ce moment.<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Le dilemme strat\u00e9gique de <\/span>Syriza<\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Le Parlement grec vient d\u2019adopter le Memorandum de Bruxelles dans les termes prescrits (condition pour le d\u00e9blocage des premiers fonds d\u2019urgence et la r\u00e9ouverture des banques). L\u2019adoption s\u2019est faite \u00e0 une nette majorit\u00e9, <\/span>parce<span lang=\"FR\"> que les anciens partis de gouvernement ont vot\u00e9 en sa faveur, mais avec une forte minorit\u00e9 d\u2019opposants, dans laquelle figurent une trentaine de d\u00e9put\u00e9s de Syriza (apr\u00e8s que le Comit\u00e9 central du parti ait lui-m\u00eame rejet\u00e9 l\u2019accord \u00e0 une courte majorit\u00e9). Le Premier&nbsp;ministre Tsipras, dans une formule qui a fait le tour du monde, a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il ne \u00ab&nbsp;croyait pas&nbsp;\u00bb dans les vertus \u00e9conomiques du plan de Bruxelles, mais qu\u2019il fallait l\u2019accepter pour \u00e9viter un \u00ab&nbsp;d\u00e9sastre&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fois pour la Gr\u00e8ce et pour l\u2019Europe. Il a pris ses responsabilit\u00e9s et r\u00e9clam\u00e9 la solidarit\u00e9. Des gr\u00e8ves et des manifestations ont eu lieu. Quelle est la le\u00e7on de ces derniers d\u00e9veloppements&nbsp;? Quelles propositions en tirer sur l\u2019avenir imm\u00e9diat et \u00e0 plus long terme&nbsp;?<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">La premi\u00e8re constatation, c\u2019est que la discussion sur la valeur et les termes du \u00ab&nbsp;paquet&nbsp;\u00bb de Bruxelles commence avant sa mise en \u0153uvre m\u00eame. Ceci est vrai en Gr\u00e8ce, bien entendu, mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u2013 y compris dans l\u2019opinion publique et les organes de presse qui se posent la question de savoir si, en allant ainsi \u00ab&nbsp;trop loin&nbsp;\u00bb, l\u2019Allemagne et l\u2019Union europ\u00e9enne en g\u00e9n\u00e9ral n\u2019ont pas sap\u00e9 les conditions de leur autorit\u00e9. Si cette tendance se confirmait, cela voudrait dire que la \u00ab&nbsp;question de confiance&nbsp;\u00bb a chang\u00e9 de c\u00f4t\u00e9\u2026 Mais pour cela, il faudra attendre de voir comment se pr\u00e9sente l\u2019application. Une fois absorb\u00e9 le choc des mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 renforc\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 grecque,&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">si elle le peut<\/span><\/i>&nbsp;(premi\u00e8re incertitude majeure), le gouvernement Tsipras de son c\u00f4t\u00e9,&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">s\u2019il reste au pouvoir<\/span><\/i>&nbsp;(deuxi\u00e8me incertitude), promet une lutte obstin\u00e9e pour exploiter chaque possibilit\u00e9 d\u2019autonomie laiss\u00e9e par les textes sign\u00e9s (un bon exemple \u00e9tant la gestion du \u00ab&nbsp;fonds de garantie&nbsp;\u00bb r\u00e9unissant les avoirs grecs), une r\u00e9sistance syst\u00e9matique \u00e0 ce que les charges, notamment fiscales, soient support\u00e9es par les cat\u00e9gories sociales les plus pauvres, une offensive d\u00e9termin\u00e9e contre la corruption, et une insistance renouvel\u00e9e sur la question des causes structurelles de l\u2019endettement. Rien de tout cela n\u2019ira sans conflit (nagu\u00e8re on aurait dit \u00ab&nbsp;sans lutte de classe&nbsp;\u00bb\u2026), mais tout cela peut faire bouger les lignes.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Paradoxalement, le principal appui \u00ab&nbsp;externe&nbsp;\u00bb dont il dispose pour l\u2019instant dans ce combat vient des prises de position du FMI, qui refuse de jouer le r\u00f4le assign\u00e9 par l\u2019accord de Bruxelles, en rendant publique son analyse radicalement pessimiste de la \u00ab&nbsp;<\/span>soutenabilit\u00e9<span lang=\"FR\">&nbsp;\u00bb de la dette grecque et en appelant les Europ\u00e9ens \u00e0 faire plus pour l\u2019all\u00e9ger. Il serait difficile de sous-estimer l\u2019importance de cette prise de position, au moment o\u00f9 elle intervient. Elle signifie que le FMI, nagu\u00e8re inclus dans le dispositif d\u2019assujettissement de la Gr\u00e8ce pr\u00e9cis\u00e9ment pour l\u2019aligner sur les normes appliqu\u00e9es au \u00ab&nbsp;Tiers-Monde&nbsp;\u00bb (comme dans le cas de l\u2019Argentine, qui a su s\u2019y soustraire partiellement en se fondant sur son poids&nbsp;\u00e9conomique et g\u00e9opolitique), peut aussi devenir l\u2019agent d\u2019une contradiction interne au syst\u00e8me, en faisant fonctionner la courroie de transmission \u00e0 l\u2019envers. Cela correspond \u00e0 un r\u00e9\u00e9quilibrage du rapport entre les int\u00e9r\u00eats financiers internationaux et les objectifs politiques intra-europ\u00e9ens. On peut penser (ou esp\u00e9rer) que ceci marque le d\u00e9but d\u2019une \u00ab&nbsp;ren\u00e9gociation&nbsp;\u00bb rampante, m\u00eame si dans l\u2019imm\u00e9diat tous les gouvernements et l\u2019Eurogroupe vont s\u2019arc-bouter sur le \u00ab&nbsp;respect des&nbsp;engagements pris&nbsp;\u00bb. Et Sch\u00e4uble, qui ne craint jamais de jouer sur les deux tableaux, en a imm\u00e9diatement tir\u00e9 argument pour relancer l\u2019id\u00e9e du \u00ab&nbsp;Grexit temporaire&nbsp;\u00bb.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Un deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment bien plus important encore du dilemme strat\u00e9gique concerne la situation int\u00e9rieure grecque, en tant que situation sociale, morale, politique. La soci\u00e9t\u00e9 grecque est \u00e9puis\u00e9e, tout en \u00e9tant riche de multiples solidarit\u00e9s au moyen desquelles, depuis <\/span>des<span lang=\"FR\"> mois, elle se d\u00e9fend contre l\u2019appauvrissement et le d\u00e9sespoir. Elle est aussi divis\u00e9e, suivant des lignes de classe et des lignes id\u00e9ologiques qui peuvent se d\u00e9placer, peut-\u00eatre brutalement. Cela d\u00e9pendra du cours des \u00e9v\u00e9nements, mais beaucoup aussi de la fa\u00e7on dont sera per\u00e7ue l\u2019action du gouvernement&nbsp;: comme une \u00ab&nbsp;trahison&nbsp;\u00bb ou comme une \u00ab&nbsp;r\u00e9sistance&nbsp;\u00bb. Il est capital \u00e0 nos yeux que Tsipras (hier encore dans son discours \u00e0 la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Vouli<\/span><\/i>&nbsp;et dans sa lettre aux d\u00e9put\u00e9s de Syriza) &#8211; adoptant une posture typiquement&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">parr\u00e8siastique<\/span><\/i>dans la tradition de la d\u00e9mocratie grecque &#8211; ait pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 dans sa r\u00e9solution de \u00ab&nbsp;dire vrai&nbsp;\u00bb sur la situation, les contraintes, les perspectives et les intentions de son gouvernement. Il est non moins capital que, soumise \u00e0 de tr\u00e8s fortes tensions (qui pourraient l\u2019emporter demain), l\u2019unit\u00e9 de Syriza r\u00e9siste encore \u00ab&nbsp;au bord du gouffre&nbsp;\u00bb (non sans quelques appels ou proph\u00e9ties auto-r\u00e9alisatrices, de l\u2019int\u00e9rieur, pour la faire \u00e9clater). Mais il a fallu remanier le gouvernement, et annoncer des \u00e9lections \u00e0 haut risque. Essayons d\u2019\u00e9clairer les donn\u00e9es de cet \u00e9quilibre extr\u00eamement fragile, qui pourrait basculer d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Le premier point en d\u00e9bat, c\u2019est de savoir si Tsipras a eu raison de convoquer le referendum quand il l\u2019a fait et comme il l\u2019a fait, en prenant le double risque, d\u2019abord de \u00ab&nbsp;provoquer&nbsp;\u00bb la col\u00e8re des puissances europ\u00e9ennes qui voulaient continuer de man\u0153uvrer <i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">behind closed doors<\/span><\/i>, ensuite de produire une immense d\u00e9sillusion et une autre col\u00e8re dans la population (en particulier dans la jeunesse), confront\u00e9e brutalement au rapport des forces ext\u00e9rieures et au d\u00e9ni de d\u00e9mocratie. Tout bien r\u00e9fl\u00e9chi, nous pensons que oui, parce que \u2013 suivant les termes de Chantal Mouffe repris par Ulrike Guerot dans&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Die Zeit<\/span><\/i>&nbsp;\u2013 le referendum a d\u00e9rang\u00e9 la \u00ab&nbsp;gouvernance&nbsp;\u00bb occulte et engendr\u00e9 un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;retour du politique&nbsp;\u00bb dans la crise europ\u00e9enne qui est, d\u2019une certaine fa\u00e7on, irr\u00e9versible. La question des<i>&nbsp;<span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">int\u00e9r\u00eats<\/span><\/i>&nbsp;et de la&nbsp;<i><span style=\"border: none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">voix<\/span><\/i>du peuple, ainsi que celle de la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">publicit\u00e9<\/span><\/i>&nbsp;des d\u00e9cisions qui concernent l\u2019int\u00e9r\u00eat commun, ont \u00e9t\u00e9 clairement pos\u00e9es. Mieux, un affrontement id\u00e9ologique a eu lieu, le camp dominant des adversaires de la Gr\u00e8ce (Sch\u00e4uble, Juncker, Dijsselbloom\u2026) pr\u00e9tendant que&nbsp;l\u2019objet&nbsp;du \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb au referendum \u00e9tait la sortie de l\u2019euro, alors que Tsipras maintenait que son mandat, et la proposition qu\u2019il soumettait au vote, \u00e9tait&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">\u00e0 la fois<\/span><\/i>&nbsp;le maintien dans l\u2019eurozone et le refus de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, donc la revendication d\u2019une&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">autre Europe<\/span><\/i>. Notre sentiment est qu\u2019il a gagn\u00e9 la bataille sur cette question de principe, m\u00eame s\u2019il a perdu la suivante en raison d\u2019un \u00e9crasant rapport de forces et de l\u2019utilisation d\u2019une arme \u00ab&nbsp;terroriste&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019ass\u00e8chement des liquidit\u00e9s bancaires et l\u2019organisation de la fuite des capitaux.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Cela nous conduit directement \u00e0 une deuxi\u00e8me question&nbsp;: Tsipras a-t-il eu raison de parler d\u2019un \u00ab&nbsp;d\u00e9sastre&nbsp;\u00bb imminent, devant lequel la seule attitude responsable consistait \u00e0 plier, sans c\u00e9der pour autant sur les principes&nbsp;? Sur ce point la r\u00e9ponse nous semble encore plus manifestement affirmative. Car d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019effondrement des finances publiques et des possibilit\u00e9s de financement de la vie \u00e9conomique et de la vie quotidienne en Gr\u00e8ce \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9 incontournable (dont le rapport du FMI vient encore de noircir le tableau), et en ce sens le chantage a effectivement fonctionn\u00e9, cependant que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 <\/span>les<span lang=\"FR\"> perspectives d\u2019utilisation positive (et m\u00eame conqu\u00e9rante) du \u00ab&nbsp;Grexit&nbsp;\u00bb, agit\u00e9es par des repr\u00e9sentants de l\u2019aile \u00ab&nbsp;marxiste&nbsp;\u00bb de Syriza ainsi que par des th\u00e9oriciens d\u2019extr\u00eame droite et d\u2019extr\u00eame gauche en Europe, n\u2019ont jamais eu la moindre pertinence ni la moindre chance de succ\u00e8s. Quand elles n\u2019exprimaient pas tout simplement une opposition de principe \u00e0 l\u2019id\u00e9e de construction europ\u00e9enne, elles se fondaient sur une conception archa\u00efque de l\u2019autonomie des (petites) nations dans l\u2019\u00e9conomie mondialis\u00e9e, sur des conceptions autoritaires et inapplicables du \u00ab&nbsp;contr\u00f4le&nbsp;\u00bb de la politique mon\u00e9taire et de la circulation des capitaux (une sorte de r\u00e9actualisation du \u00ab&nbsp;communisme de guerre&nbsp;\u00bb), et sur une profonde inconscience des effets de la d\u00e9valuation sauvage et de la comp\u00e9titivit\u00e9 \u00e0 tout prix sur les conditions de vie des classes populaires. Il est vrai qu\u2019on peut r\u00e9torquer que l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 insupportable et promet de s\u2019aggraver, mais cela nous ram\u00e8ne au probl\u00e8me pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;: celui des conditions d\u2019application (et de non-application) de l\u2019accord. En tout \u00e9tat de cause la politique du pire n\u2019a pas de sens.<\/span><br \/>\n<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\" lang=\"FR\">L\u2019unit\u00e9 de Syriza<\/span><\/i><span lang=\"FR\">, comme parti de \u00ab&nbsp;gouvernement&nbsp;\u00bb et surtout comme mouvement, nous semble alors constituer l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus difficile et le plus d\u00e9cisif. Le plus difficile, parce que les clivages sont bien r\u00e9els, et parce qu\u2019une unit\u00e9 ne se d\u00e9cr\u00e8te pas&nbsp;: elle d\u00e9pend de conditions dans la soci\u00e9t\u00e9 autant que d\u2019une volont\u00e9 politique. Le plus d\u00e9cisif, parce qu\u2019en ce moment il est clair que la pouss\u00e9e est maximale en provenance du \u00ab&nbsp;centre&nbsp;\u00bb europ\u00e9en, pour aboutir \u00e0 un <\/span>\u00e9clatement<span lang=\"FR\">. La presse allemande (<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">S\u00fcddeutsche Zeitung<\/span><\/i>) s\u2019\u00e9tend complaisamment sur la \u00ab&nbsp;schizophr\u00e9nie&nbsp;\u00bb de Syriza, qui voudrait \u00e0 la fois maintenir ses critiques contre le contenu de l\u2019accord et \u00e0 rester au pouvoir pour l\u2019appliquer \u00e0 sa fa\u00e7on&#8230; Elle enjoint \u00e0 Tsipras de \u00ab&nbsp;clarifier&nbsp;\u00bb ses intentions en incorporant \u00e0 sa majorit\u00e9, \u00e0 la place des dissidents, des ministres de droite et du centre, renouant ainsi avec le discours du \u00ab&nbsp;manque de confiance&nbsp;\u00bb. Quant aux partis grecs disqualifi\u00e9s par leur politique pass\u00e9e, qui viennent de le \u00ab&nbsp;soutenir&nbsp;\u00bb au Parlement, ils sont en embuscade pour le remplacer. La \u00ab&nbsp;r\u00e9bellion&nbsp;\u00bb des d\u00e9put\u00e9s de Syriza qui ont vot\u00e9 contre l\u2019accord nous para\u00eet donc absolument l\u00e9gitime, et faire partie de l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9mocratique conduite au milieu m\u00eame de la crise. Mais elle ne devrait pas, sans risques mortels, conduire \u00e0 faire le jeu de l\u2019adversaire. Elle n\u2019est d\u2019ailleurs pas id\u00e9ologiquement homog\u00e8ne, car seule une partie des opposants est motiv\u00e9e par une hostilit\u00e9 de principe \u00e0 la construction europ\u00e9enne, d\u2019autres (dont des figures de premier plan comme Varoufakis ou Zoe Konstantopoulou) ont d\u00e9montr\u00e9 en paroles et en actes leur engagement dans le combat pour une \u00ab&nbsp;autre Europe&nbsp;\u00bb, passant par une \u00ab&nbsp;autre Gr\u00e8ce&nbsp;\u00bb. Si l\u2019unit\u00e9 tient en d\u00e9pit des tensions internes (qui refl\u00e8tent les conflits m\u00eames au sein du peuple grec et de l\u2019opinion publique), le gouvernement m\u00eame remani\u00e9 pourra lui-m\u00eame tenir, maintenir le dialogue avec ses critiques \u00ab&nbsp;de gauche&nbsp;\u00bb, r\u00e9sister aux pressions de la droite et de l\u2019extr\u00eame droite. La dialectique d\u2019application et de r\u00e9sistance pourra s\u2019engager. Si elle ne tient pas, enterrant d\u00e9finitivement l\u2019espoir que ce mouvement avait fait lever en Gr\u00e8ce, en Europe et m\u00eame au-del\u00e0, on entrera dans l\u2019inconnu. Le lecteur comprend bien o\u00f9 vont nos esp\u00e9rances, qui ne s\u2019accompagnent cependant d\u2019aucune certitude.<\/span><\/p>\n<h5><span lang=\"FR\" style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">\u00ab&nbsp;Longue Marche&nbsp;\u00bb pour l\u2019Europe&nbsp;: nos <\/span><span lang=\"FR\">solidarit\u00e9s<br \/><\/span><\/h5>\n<p><span lang=\"FR\"><\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Dans son discours \u00e0 la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Vouli<\/span><\/i>, Tsipras a dit clairement&nbsp;: la solution que nous avons d\u00fb choisir n\u2019\u00e9tait pas la meilleure, c\u2019\u00e9tait seulement la moins d\u00e9sastreuse. Et il a <\/span>pr\u00e9cis\u00e9<span lang=\"FR\">&nbsp;:&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">pour la Gr\u00e8ce<\/span><\/i>, mais aussi&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">pour l\u2019Europe<\/span><\/i>. C\u2019est une constante des positions qu\u2019il a d\u00e9fendues depuis son arriv\u00e9e au pouvoir, et notamment au moment du referendum&nbsp;: \u00ab&nbsp;notre mandat&nbsp; n\u2019est pas la sortie de l\u2019Europe&nbsp;\u00bb dont ne veut pas, dans son immense majorit\u00e9, le peuple grec. Et implicitement notre mandat est de lutter sans rel\u00e2che pour l\u2019\u00e9mergence d\u2019une autre Europe, une Europe dans laquelle la Gr\u00e8ce, d\u00e9barrass\u00e9e de ses privil\u00e8ges oligarchiques et de la corruption que les cr\u00e9anciers eux-m\u00eames ont encourag\u00e9e, ait toute sa place et puisse m\u00eame constituer un mod\u00e8le pour d\u2019autres. C\u2019\u00e9tait le th\u00e8me de l\u2019article publi\u00e9 en mai 2015 dans&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Le Monde&nbsp;<\/span><\/i>: \u00ab&nbsp;L\u2019Europe est \u00e0 la crois\u00e9e des chemins&nbsp;\u00bb (31.05.2015). Cet engagement sans faille nous rend \u00e0 tous un immense service, il nous cr\u00e9e aussi des responsabilit\u00e9s, si ce n\u2019est des obligations.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Il s\u2019av\u00e8re d\u00e9sormais que&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">l\u2019alternative europ\u00e9enne<\/span><\/i>&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">\u00e0 la construction n\u00e9o-lib\u00e9rale de l\u2019Europe<\/span><\/i>, en route depuis Maastricht au moins, avec ses effets destructeurs et ses contradictions insurmontables, se pr\u00e9sente comme une t\u00e2che plus difficile, sem\u00e9e de bien plus d\u2019obstacles que certains d\u2019entre nous ne l\u2019avaient cru. L\u2019Europe est entr\u00e9e dans une&nbsp;longue marche&nbsp;pour sortir \u00ab&nbsp;par le haut&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;par le bas&nbsp;\u00bb de sa crise <\/span>constitutionnelle<span lang=\"FR\">, inventer les conditions de sa citoyennet\u00e9, rassembler les forces de son renouveau culturel. La Gr\u00e8ce est et restera au c\u0153ur des affrontements et des enjeux. En lui t\u00e9moignant une solidarit\u00e9 sans faille, \u00e0 la mesure des n\u00e9cessit\u00e9s quotidiennes, fond\u00e9e sur une appr\u00e9ciation libre et critique des vicissitudes qu\u2019elle traverse, c\u2019est nous-m\u00eames aussi que nous aidons. Il faut trouver les formes de cette solidarit\u00e9, et les rendre efficaces. Il faut se souvenir aussi que ce qui a plac\u00e9 Syriza dans la situation o\u00f9 elle se trouve aujourd\u2019hui, ce qui a contribu\u00e9 au d\u00e9s\u00e9quilibre du rapport des forces et permis le diktat, c\u2019est&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">aussi<\/span><\/i>, dans une grande mesure, l\u2019insuffisance de cette solidarit\u00e9, ou ce qui revient au m\u00eame, son inefficacit\u00e9.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Aux efforts des Grecs pour maintenir en vie l\u2019extraordinaire puissance d\u00e9mocratique qui s\u2019\u00e9tait manifest\u00e9e dans les assembl\u00e9es populaires de Syntagma ou dans la campagne du \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb au referendum, et pour lui trouver de nouveaux points d\u2019application, doit r\u00e9pondre, en se coordonnant avec elle, notre propre capacit\u00e9 d\u2019organiser les mouvements et les campagnes qui \u00e9largissent le soutien \u00e0 sa cause dans l\u2019opinion publique, ou qui, \u00e0 terme, convergent avec ses objectifs. Il faut que ces mouvements et ces campagnes soient sans exclusives, faisant une large place \u00e0 la discussion ou m\u00eame \u00e0 la contradiction interne, incarnant ainsi le renouveau de la politique sans lequel il n\u2019y aura pas de \u00ab&nbsp;moment constituant&nbsp;\u00bb en Europe. Il faut qu\u2019ils traversent les fronti\u00e8res, se gardant par-dessus tout du nationalisme et de l\u2019\u00e9mulation \u00ab&nbsp;populiste&nbsp;\u00bb avec les courants nationalistes anti-europ\u00e9ens en plein d\u00e9veloppement (comme le Front National fran\u00e7ais), m\u00eame quand il peut sembler que la d\u00e9nonciation des m\u00eames \u00ab&nbsp;maux&nbsp;\u00bb (la technocratie, la corruption des \u00e9lites, le m\u00e9pris du peuple, la pression fiscale) fournit un terrain commun pour des rh\u00e9toriques parall\u00e8les. Quoi de mieux, pr\u00e9cis\u00e9ment, pour favoriser ce nouvel internationalisme intra-Europ\u00e9en que de se retrouver \u00e0 Ath\u00e8nes, aux c\u00f4t\u00e9s du peuple grec&nbsp;? Mais nous ajouterions aussi volontiers&nbsp;: en Allemagne, au c\u0153ur de ce qui para\u00eet \u00eatre la \u00ab&nbsp;forteresse&nbsp;\u00bb du n\u00e9o-capitalisme, et qui est en fait, elle aussi, charg\u00e9e de contradictions et riche de possibilit\u00e9s alternatives&nbsp;; en Espagne, aux c\u00f4t\u00e9s de&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">Podemos<\/span><\/i>, \u00e0 qui incombe d\u00e9sormais la t\u00e2che de porter un nouveau d\u00e9fi au syst\u00e8me&nbsp;; en France, o\u00f9 la social-d\u00e9mocratie ach\u00e8ve de se convertir au patriotisme \u00ab&nbsp;r\u00e9publicain&nbsp;\u00bb, aux \u00ab&nbsp;destructions comp\u00e9titives&nbsp;\u00bb et \u00e0 la commercialisation de la culture&nbsp;; en Italie, o\u00f9 se livre la bataille contre la \u00ab&nbsp;fortification&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;militarisation&nbsp;\u00bb des fronti\u00e8res de l\u2019Europe&nbsp;; en Angleterre, o\u00f9 va s\u2019engager le d\u00e9bat pour ou contre l\u2019isolationnisme, sur fond de financiarisation de tous les services sociaux\u2026 Enfin et surtout, il faut des&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">mots d\u2019ordre<\/span>&nbsp;<\/i>autour desquels la solidarit\u00e9 des diff\u00e9rentes r\u00e9gions du continent, l\u2019\u00e9troite imbrication des objectifs de r\u00e9novation d\u00e9mocratique et de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, soient mis en pleine lumi\u00e8re.&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">L\u2019audit de la dette<\/span><\/i>, que le Parlement grec avait r\u00e9alis\u00e9 pour son propre compte, donnant&nbsp; ainsi un contenu \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">autre \u00e9conomie<\/span><\/i>et d\u2019une&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">autre politique<\/span><\/i>&nbsp;mon\u00e9taire, tel que le proposent des mouvements comme ATTAC, en est un exemple. Il converge avec toutes les luttes pour une nouvelle organisation du travail, de nouveaux droits et syst\u00e8mes d\u2019assurance sociale, qu\u2019appellent le capitalisme financier actuel et la g\u00e9n\u00e9ralisation du \u00ab&nbsp;pr\u00e9cariat&nbsp;\u00bb. La&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">r\u00e9sistance aux politiques s\u00e9curitaires<\/span><\/i>, la d\u00e9fense de la&nbsp;<i><span style=\"border:none windowtext 1.0pt; padding:0cm\">libert\u00e9<\/span><\/i>d\u2019information et de circulation, en est un autre. Ce ne sont pas les seuls.<\/span><br \/>\n<span lang=\"FR\">Comme l\u2019\u00e9crivait Alexis Tsipras en 2015&nbsp;: il y a deux voies. Si difficile qu\u2019il soit de s\u2019opposer aux politiques dominantes, nous pensons que le <\/span>choix<span lang=\"FR\"> est toujours l\u00e0, plus incontournable que jamais. Il faut en construire la possibilit\u00e9. Cela prendra le temps qu\u2019il faudra. <\/span>Mais cela ne doit pas attendre.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom:7.5pt; line-height:15.0pt; vertical-align: baseline\">15-19 juillet 2015 &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p><b><span lang=\"FR\">Source: <link http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/ebalibar\/190715\/etienne-balibar-sandro-mezzadra-frieder-otto-wolf-le-diktat-de-bruxelles-et-le-dilemme-de-syriza - external-link-new-window \"Opens external link in new window\">Le blog de ebalibar<\/link><\/span><\/b><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: 11.5pt; line-height: 15pt;\">&nbsp;<\/span><br \/>\nLa version anglaise de ce texte para\u00eet dans&nbsp;<i><link https:\/\/opendemocracy.net\/can-europe-make-it\/etienne-balibar-sandro-mezzadra-frieder-otto-wolf\/brussels-diktat-and-what-follow - external-link-new-window \"Opens external link in new window\">openDemocracy<\/link><\/i>. Une version abr\u00e9g\u00e9e para\u00eet dans&nbsp;<i><link http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2015\/07\/21\/le-dilemme-de-syriza-ou-la-longue-marche-de-l-europe-vers-une-union-solidaire_1351537 - external-link-new-window \"Opens external link in new window\">Lib\u00e9ration<\/link><\/i>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00ab&nbsp;accords&nbsp;\u00bb l\u00e9onins qui viennent d\u2019\u00eatre pass\u00e9s sous la menace, entre le gouvernement grec (\u00e0 charge pour lui de les faire ent\u00e9riner par les d\u00e9put\u00e9s de la&nbsp;<i>Vouli<\/i>) et les autres Etats de l\u2019Union Europ\u00e9enne (qui n\u2019ont pas tous besoin d\u2019une telle sanction) marquent-ils la fin d\u2019une \u00e9poque et le commencement d\u2019une autre&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11162,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[61],"tags":[],"class_list":["post-20577","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","person-etienne-balibar-fr","person-frieder-otto-wolf-fr","person-sandro-mezzadra-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20577","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20577"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20577\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26889,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20577\/revisions\/26889"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11162"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20577"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20577"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20577"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}