{"id":20578,"date":"2015-08-03T07:39:00","date_gmt":"2015-08-03T05:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/blog\/non-classifiee\/lausterite-est-une-impasse\/"},"modified":"2023-09-27T16:00:48","modified_gmt":"2023-09-27T14:00:48","slug":"lausterite-est-une-impasse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/blog\/article\/lausterite-est-une-impasse\/","title":{"rendered":"\u00ab L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est une impasse \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Mercredi, Sto Kokkino, radio proche de Syriza, diffusait un long entretien avec le premier ministre grec. \u2028Avec l\u2019autorisation de nos confr\u00e8res, nous en publions ici de larges extraits. Un \u00e9clairage in\u00e9dit sur les rudes n\u00e9gociations entre Ath\u00e8nes et cr\u00e9anciers et sur le coup d\u2019\u00c9tat financier dirig\u00e9 contre le gouvernement de gauche.<\/p>\n<p><b>Parlons de ces six mois de n\u00e9gociations. Quel bilan en tirez-vous\u2009?<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> Il faudra en tirer les conclusions de fa\u00e7on objective, sans s\u2019avilir ni s\u2019autoflageller, car ce semestre a \u00e9t\u00e9 un semestre de grandes tensions et de fortes \u00e9motions. Nous avons vu remonter \u00e0 la surface des sentiments de joie, de fiert\u00e9, de dynamisme, de d\u00e9termination et de tristesse, tous les sentiments. Mais je crois qu\u2019au bout du compte si nous essayons de regarder objectivement ce parcours, nous ne pouvons qu\u2019\u00eatre fiers, parce que nous avons men\u00e9 ce combat. Nous avons tent\u00e9, dans des conditions d\u00e9favorables, avec un rapport de forces difficile en Europe et dans le monde, de faire valoir la raison d\u2019un peuple et la possibilit\u00e9 d\u2019une voie alternative. Au bout du compte, m\u00eame si les puissants ont impos\u00e9 leur volont\u00e9, ce qui reste c\u2019est l\u2019absolue confirmation, au niveau international, de l\u2019impasse qu\u2019est l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Cette \u00e9volution fa\u00e7onne un tout nouveau paysage en Europe.<br \/>\n<b>Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui du mandat populaire donn\u00e9 \u00e0 Syriza\u2009? Les memoranda n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9chir\u00e9s. L\u2019accord est particuli\u00e8rement dur\u2026<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> Le mandat que nous avons re\u00e7u du peuple grec \u00e9tait de faire tout notre possible afin de cr\u00e9er les conditions, quel qu\u2019en soit le co\u00fbt politique, pour que le peuple grec cesse d\u2019\u00eatre saign\u00e9.<br \/>\n<b>Vous aviez dit que les memoranda seraient supprim\u00e9s avec une seule loi.<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> Ne vous r\u00e9f\u00e9rez pas \u00e0 l\u2019un de mes discours de 2012. Avant les \u00e9lections, je n\u2019ai pas dit que les memoranda pouvaient \u00eatre supprim\u00e9s avec une seule loi. Personne ne disait cela. Nous n\u2019avons jamais promis au peuple grec une balade de sant\u00e9. C\u2019est pour cela que le peuple grec a conscience et connaissance des difficult\u00e9s que nous avons rencontr\u00e9es, auxquelles lui-m\u00eame fait face, avec beaucoup de sang-froid. Nous avons dit que nous m\u00e8nerions le combat pour sortir de ce cadre d\u2019asphyxie impos\u00e9 au pays \u00e0 cause de d\u00e9cisions politiques prises avant 2008 g\u00e9n\u00e9rant d\u00e9ficits et dettes, et apr\u00e8s 2008, nous liant les mains. Nous avions un programme et nous avons demand\u00e9 au peuple de nous soutenir afin de n\u00e9gocier dans des conditions difficiles pour pouvoir le r\u00e9aliser. Nous avons n\u00e9goci\u00e9 durement, dans des conditions d\u2019asphyxie financi\u00e8re jamais vues auparavant. Pendant six mois, nous avons n\u00e9goci\u00e9 et en m\u00eame temps r\u00e9alis\u00e9 une grande partie de notre programme \u00e9lectoral. Pendant six mois, avec l\u2019angoisse constante de savoir si \u00e0 la fin du mois nous pourrions payer les salaires et les retraites, faire face \u00e0 nos obligations \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, envers ceux qui travaillent. C\u2019\u00e9tait cela notre angoisse constante. Et, dans ce cadre, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 voter une loi sur la crise humanitaire. Des milliers de nos concitoyens, en ce moment, b\u00e9n\u00e9ficient de cette loi. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9parer de grandes injustices, comme celles faites aux femmes de m\u00e9nage du minist\u00e8re des Finances, aux gardiens d\u2019\u00e9cole, aux employ\u00e9s de la radiot\u00e9l\u00e9vision publique ERT, qui a rouvert. Sans essayer d\u2019enjoliver les choses, n\u2019assombrissons pas tout. Si quelqu\u2019un a le sentiment que la lutte des classes est une \u00e9volution lin\u00e9aire, qu\u2019elle se remporte en une \u00e9lection et que ce n\u2019est pas un combat constant, qu\u2019on soit au gouvernement ou dans l\u2019opposition, qu\u2019il vienne nous l\u2019expliquer et qu\u2019il nous donne des exemples. Nous sommes devant l\u2019exp\u00e9rience in\u00e9dite d\u2019un gouvernement de gauche radicale dans les conditions de l\u2019Europe n\u00e9olib\u00e9rale. Mais nous avons aussi, \u00e0 gauche, d\u2019autres exp\u00e9riences de gouvernement et nous savons que gagner les \u00e9lections ne signifie pas, du jour au lendemain, disposer des leviers du pouvoir. Mener le combat au niveau gouvernemental ne suffit pas. Il faut le mener, aussi, sur le terrain des luttes sociales.<br \/>\n<b>Pourquoi avez-vous pris cette d\u00e9cision de convoquer un r\u00e9f\u00e9rendum\u2009?<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> Je n\u2019avais pas d\u2019autre choix. Il faut garder en t\u00eate ce que j\u2019avais avec le gouvernement grec entre les mains le 25\u202fjuin, quel accord on nous proposait. Je dois admettre que c\u2019\u00e9tait un choix \u00e0 haut risque. La volont\u00e9 du gouvernement grec n\u2019\u00e9tait pas seulement contraire aux exigences des cr\u00e9anciers, elle se heurtait au syst\u00e8me financier international, au syst\u00e8me politique et m\u00e9diatique grec. Ils \u00e9taient tous contre nous. La probabilit\u00e9 que nous perdions le r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9tait d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9e que nos partenaires europ\u00e9ens ont pouss\u00e9 cette logique jusqu\u2019au bout en d\u00e9cidant de fermer les banques. Mais c\u2019\u00e9tait pour nous la seule voie, puisqu\u2019ils nous proposaient un accord avec des mesures tr\u00e8s difficiles, un peu comme celles que nous avons dans l\u2019accord actuel, voire l\u00e9g\u00e8rement pires, mais dans tous les cas des mesures difficiles et \u00e0 mon avis inefficaces. En m\u00eame temps, ils n\u2019offraient aucune possibilit\u00e9 de survie. Car, pour ces mesures, ils offraient 10,6\u202fmilliards sur cinq mois. Ils voulaient que la Gr\u00e8ce prenne, une fois ses engagements tenus, ce qui restait du programme pr\u00e9c\u00e9dent en termes de financements, sans un euro en plus, parce que telle \u00e9tait l\u2019exigence des N\u00e9erlandais, des Finlandais, des Allemands. Le probl\u00e8me politique principal des gouvernements du Nord \u00e9tait qu\u2019ils ne voulaient absolument pas aller devant leurs Parlements pour donner ne serait-ce qu\u2019un euro d\u2019argent \u00ab\u202ffrais\u202f\u00bb \u00e0 la Gr\u00e8ce, car ils s\u2019\u00e9taient eux-m\u00eames enferm\u00e9s dans un climat populiste selon lequel leurs peuples payaient pour ces paresseux de Grecs. Tout ceci est bien s\u00fbr faux, puisqu\u2019ils paient pour les banques, pas pour les Grecs. Qu\u2019a apport\u00e9 la position forte tenue contre vents et mar\u00e9es par le peuple grec au r\u00e9f\u00e9rendum\u2009? Elle a r\u00e9ussi \u00e0 internationaliser le probl\u00e8me, \u00e0 le faire sortir des fronti\u00e8res, \u00e0 d\u00e9voiler le dur visage des partenaires europ\u00e9ens et des cr\u00e9anciers. Elle a r\u00e9ussi \u00e0 donner \u00e0 l\u2019opinion internationale l\u2019image, non pas d\u2019un peuple de fain\u00e9ants, mais d\u2019un peuple qui r\u00e9siste et qui demande justice et perspective. Nous avons test\u00e9 les limites de r\u00e9sistance de la zone euro. Nous avons fait bouger les rapports de forces. La France, l\u2019Italie, les pays du Nord avaient tous des positions tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Le r\u00e9sultat, bien s\u00fbr, est tr\u00e8s difficile mais, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la zone euro est arriv\u00e9e aux limites de sa r\u00e9sistance et de sa coh\u00e9sion. Les six prochains mois seront critiques et les rapports de forces qui vont se construire durant cette p\u00e9riode seront tout aussi cruciaux. En ce moment, le destin et la strat\u00e9gie de la zone euro sont remis en question. Il y a plusieurs versions. Ceux qui disaient \u00ab\u202fpas un euro d\u2019argent frais\u202f\u00bb ont finalement d\u00e9cid\u00e9 non pas seulement un euro mais 83\u202fmilliards. Donc de 10,6\u202fmilliards sur cinq mois on est pass\u00e9 \u00e0 83\u202fmilliards sur trois ans, en plus du point crucial qu\u2019est l\u2019engagement sur la d\u00e9pr\u00e9ciation de la dette, \u00e0 discuter en novembre. C\u2019est un point cl\u00e9 pour que la Gr\u00e8ce puisse, ou non, entrer dans une trajectoire de sortie de la crise. Il faut cesser avec les contes de messieurs Samaras et Venizelos, qui pr\u00e9tendaient sortir des memoranda. La r\u00e9alit\u00e9 est que ce conte avait un loup, ce loup c\u2019est la dette. Avec une dette \u00e0 180-200\u202f% du PIB, on ne peut pas avoir une \u00e9conomie stable. Le seul chemin que nous pouvons suivre est celui de la d\u00e9pr\u00e9ciation, de l\u2019annulation, de l\u2019all\u00e9gement de la dette. La condition pour que le pays puisse retrouver une marge financi\u00e8re, c\u2019est qu\u2019il ne soit plus oblig\u00e9 de d\u00e9gager des exc\u00e9dents budg\u00e9taires monstrueux, destin\u00e9s au remboursement d\u2019une dette impossible \u00e0 rembourser.<br \/>\n<b>Le non au r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9tait un non \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9\u2026<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> Il y avait deux parties dans la question pos\u00e9e au r\u00e9f\u00e9rendum. Il y avait la partie\u202fA qui concernait les mesures pr\u00e9requises et la partie\u202fB qui concernait le calendrier de financement. Si nous voulons \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eates et ne pas enjoliver les choses, par rapport \u00e0 la partie\u202fA, l\u2019accord qui a suivi le r\u00e9f\u00e9rendum est similaire \u00e0 celui que le peuple grec a rejet\u00e9. En ce qui concerne la partie\u202fB par contre, et l\u00e0 nous devons \u00eatre honn\u00eates, c\u2019est le jour et la nuit. Nous avions cinq mois, 10,6\u202fmilliards, cinq \u00ab\u202frevues\u202f\u00bb. Nous avons 83\u202fmilliards \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire une couverture totale des besoins financiers sur le moyen terme (2015-2018), dont 47\u202fmilliards pour les paiements externes, 4,5\u202fmilliards pour les arri\u00e9r\u00e9s du secteur public et 20\u202fmilliards pour la recapitalisation des banques et, enfin, l\u2019engagement crucial sur la question de la dette. Il y a donc un recul sur la partie\u202fA de la part du gouvernement grec, mais sur la partie\u202fB il y a une am\u00e9lioration\u2009: le r\u00e9f\u00e9rendum a jou\u00e9 son r\u00f4le. Le mercredi soir pr\u00e9c\u00e9dent le scrutin, certains avaient cr\u00e9\u00e9 les conditions d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat dans le pays, en proclamant qu\u2019il fallait envahir Maximou (le Matignon grec \u2013 NDLR), que le gouvernement emmenait le pays vers une terrible catastrophe \u00e9conomique, en parlant de files d\u2019attente devant les banques. Je dois dire que le peuple grec a su garder son sang-froid, au point que les t\u00e9l\u00e9visions avaient du mal \u00e0 trouver du monde pour se plaindre de la situation, ce sang-froid \u00e9tait incroyable. Ce soir-l\u00e0, je me suis adress\u00e9 au peuple grec et j\u2019ai dit la v\u00e9rit\u00e9. Je n\u2019ai pas dit\u2009: \u00ab\u202fJe fais un r\u00e9f\u00e9rendum pour vous sortir de l\u2019euro.\u202f\u00bb J\u2019ai dit\u2009: \u00ab\u202fJe fais un r\u00e9f\u00e9rendum pour gagner une dynamique de n\u00e9gociation.\u202f\u00bb Le non au mauvais accord n\u2019\u00e9tait pas un non \u00e0 l\u2019euro, un oui \u00e0 la drachme. On peut m\u2019accuser d\u2019avoir fait de mauvais calculs, d\u2019avoir eu des illusions, mais \u00e0 chaque moment, j\u2019ai dit les choses clairement, j\u2019ai inform\u00e9 deux fois le Parlement, j\u2019ai dit la v\u00e9rit\u00e9 au peuple grec.<br \/>\n<b>Avec dans vos mains, les 61,2\u202f% que vous a donn\u00e9s le peuple grec, quel aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019accord qui vous aurait satisfait lors de votre retour de Bruxelles\u2009?<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> Le r\u00e9f\u00e9rendum a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 le jour de l\u2019ultimatum, le 25\u202fjuin, vendredi matin, lors d\u2019une r\u00e9union que nous avons tenue \u00e0 Bruxelles, avec, devant nous, la perspective d\u2019une humiliation sans sortie possible. C\u2019\u00e9tait, pour eux, \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. \u00ab\u202fThe game is over\u202f\u00bb, r\u00e9p\u00e9tait le pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en, Donald Tusk. Ils ne s\u2019en cachaient pas, ils voulaient des changements politiques en Gr\u00e8ce. Nous n\u2019avions pas d\u2019autre choix, nous avons choisi la voie d\u00e9mocratique, nous avons donn\u00e9 la parole au peuple. Le soir m\u00eame en rentrant d\u2019Ath\u00e8nes, j\u2019ai r\u00e9uni le Conseil gouvernemental o\u00f9 nous avons pris la d\u00e9cision. J\u2019ai interrompu la s\u00e9ance pour communiquer avec Angela Merkel et Fran\u00e7ois Hollande. Je leur ai fait part de ma d\u00e9cision\u2009; le matin m\u00eame, je leur avais expliqu\u00e9 que ce qu\u2019ils proposaient n\u2019\u00e9tait pas une solution honn\u00eate. Ils m\u2019ont demand\u00e9 ce que j\u2019allais conseiller au peuple grec et je leur ai r\u00e9pondu que je conseillerai le non, pas dans le sens d\u2019une confrontation mais comme un choix de renforcement de la position de n\u00e9gociation grecque. Et je leur ai demand\u00e9 de m\u2019aider \u00e0 mener \u00e0 bien ce processus, calmement, de m\u2019aider afin que soit accord\u00e9 par l\u2019Eurogroupe, qui devait se r\u00e9unir quarante-huit heures plus tard, une extension d\u2019une semaine du programme afin que le r\u00e9f\u00e9rendum ait lieu dans des conditions de s\u00e9curit\u00e9 et non pas dans des conditions d\u2019asphyxie, avec les banques ferm\u00e9es. Ils m\u2019ont tous les deux assur\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0, qu\u2019ils feraient tout leur possible dans cette direction. Seule la chanceli\u00e8re m\u2019a pr\u00e9venu qu\u2019elle s\u2019exprimerait publiquement sur le r\u00e9f\u00e9rendum, en pr\u00e9sentant son enjeu comme celui du maintien ou non dans l\u2019euro. Je lui ai r\u00e9pondu que j\u2019\u00e9tais en absolu d\u00e9saccord, que la question n\u2019\u00e9tait pas euro ou drachme, mais qu\u2019elle \u00e9tait libre de dire ce qu\u2019elle voulait. L\u00e0, la conversation s\u2019est arr\u00eat\u00e9e. Cette promesse n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tenue. Quarante-huit heures plus tard, l\u2019Eurogroupe a pris une d\u00e9cision tr\u00e8s diff\u00e9rente. Cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise au moment o\u00f9 le Parlement grec votait le r\u00e9f\u00e9rendum. La d\u00e9cision de l\u2019Eurogroupe a men\u00e9 en vingt-quatre heures \u00e0 la d\u00e9cision de la BCE de ne pas augmenter le plafond ELA (m\u00e9canisme de liquidit\u00e9s d\u2019urgence dont d\u00e9pendent les banques grecques \u2013 NDLR) ce qui nous a oblig\u00e9s \u00e0 instaurer un contr\u00f4le de capitaux pour \u00e9viter l\u2019effondrement du syst\u00e8me bancaire. La d\u00e9cision de fermer les banques, \u00e9tait, je le pense, une d\u00e9cision revancharde, contre le choix d\u2019un gouvernement de s\u2019en remettre au peuple.<br \/>\n<b>Vous attendiez-vous \u00e0 ce r\u00e9sultat\u2009?<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> J\u2019avoue que jusqu\u2019au mercredi (pr\u00e9c\u00e9dent le scrutin \u2013 NDLR) j\u2019avais l\u2019impression que ce serait un combat ind\u00e9cis. \u00c0 partir du jeudi, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser que le non allait l\u2019emporter, et le vendredi j\u2019en \u00e9tais convaincu. Dans cette victoire, la promesse que j\u2019ai faite au peuple grec de ne pas jouer \u00e0 pile ou face la catastrophe humanitaire a pes\u00e9. Je ne jouais pas \u00e0 pile ou face la survie du pays et des couches populaires. \u00c0 Bruxelles, par la suite, sont tomb\u00e9s sur la table plusieurs sc\u00e9narios terrifiants. Je savais durant les dix-sept heures o\u00f9 j\u2019ai men\u00e9 ce combat, seul, dans des conditions difficiles, que si je faisais ce que me dictait mon c\u0153ur \u2013 me lever, taper du poing sur la table et partir \u2013 le jour m\u00eame, les succursales des banques grecques \u00e0 l\u2019\u00e9tranger allaient s\u2019effondrer. En quarante-huit heures, les liquidit\u00e9s qui permettaient le retrait de 60\u202feuros par jour se seraient taries et pis, la BCE aurait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019une d\u00e9cote des collat\u00e9raux des banques grecques, voire aurait exig\u00e9 des remboursements qui auraient conduit \u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019ensemble du syst\u00e8me bancaire. Or un effondrement se serait traduit non pas par une d\u00e9cote des \u00e9pargnes mais par leur disparition. Malgr\u00e9 tout j\u2019ai men\u00e9 ce combat en essayant de concilier logique et volont\u00e9. Je savais que si je partais j\u2019aurais probablement d\u00fb revenir, dans des conditions plus d\u00e9favorables encore. J\u2019\u00e9tais devant un dilemme. L\u2019opinion publique mondiale clamait \u00ab\u202f#ThisIsACoup\u202f\u00bb, au point que c\u2019est devenu cette nuit-l\u00e0 sur Twitter le premier hashtag au niveau mondial. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a avait la logique, de l\u2019autre la sensibilit\u00e9 politique. Apr\u00e8s r\u00e9flexion, je reste convaincu que le choix le plus juste \u00e9tait de faire pr\u00e9valoir la protection des couches populaires. Dans le cas contraire, de dures repr\u00e9sailles auraient pu d\u00e9truire le pays. J\u2019ai fait un choix de responsabilit\u00e9.<br \/>\n<b>Vous ne croyez pas \u00e0 cet accord et pourtant vous avez appel\u00e9 les d\u00e9put\u00e9s \u00e0 le voter. Qu\u2019avez-vous en t\u00eate\u2009?<\/b><br \/>\n<b>Alexis Tsipras:<\/b> Je consid\u00e8re, et je l\u2019ai dit au Parlement, que c\u2019est une victoire \u00e0 la Pyrrhus de nos partenaires europ\u00e9ens et de nos cr\u00e9anciers, en m\u00eame temps qu\u2019une grande victoire morale pour la Gr\u00e8ce et son gouvernement de gauche. C\u2019est un compromis douloureux, sur le terrain \u00e9conomique comme sur le plan politique. Vous savez, le compromis est un \u00e9l\u00e9ment de la r\u00e9alit\u00e9 politique et un \u00e9l\u00e9ment de la tactique r\u00e9volutionnaire. L\u00e9nine est le premier \u00e0 parler de compromis dans son livre la Maladie infantile du communisme (le \u00ab\u202fgauchisme\u202f\u00bb) et il y consacre plusieurs pages pour expliquer que les compromis font partie des tactiques r\u00e9volutionnaires. Il prend dans un passage l\u2019exemple d\u2019un bandit pointant sur vous son arme en vous demandant l\u2019argent ou la vie. Qu\u2019est cens\u00e9 faire un r\u00e9volutionnaire\u2009? Lui donner sa vie\u2009? Non, il doit lui donner l\u2019argent, afin de revendiquer le droit de vivre et de continuer la lutte. Nous nous sommes retrouv\u00e9s devant un dilemme coercitif. Aujourd\u2019hui, les partis de l\u2019opposition et les m\u00e9dias du syst\u00e8me font un boucan impressionnant, allant jusqu\u2019\u00e0 demander des proc\u00e9dures p\u00e9nales contre Yanis Varoufakis. Nous sommes tout \u00e0 fait conscients que nous menons un combat, en mettant en jeu notre t\u00eate, \u00e0 un niveau politique. Mais nous menons ce combat en ayant \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s la grande majorit\u00e9 du peuple grec. C\u2019est ce qui nous donne de la force.<\/p>\n<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par \u2028Kostas Arvanitis (STO kokkino) traduction Th\u00e9o Koutsaftis<br \/>\n<span style=\"font-style: italic;\"><link http:\/\/www.humanite.fr\/alexis-tsipras-lausterite-est-une-impasse-580605 - external-link-new-window \"Opens external link in new window\">L&#8217;Humanit\u00e9<\/link><\/span>,&nbsp;Vendredi, 31 Juillet, 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8220;Nous avons tent\u00e9, dans des conditions d\u00e9favorables, avec un rapport de forces difficile en Europe et dans le monde, de faire valoir la raison d\u2019un peuple et la possibilit\u00e9 d\u2019une voie alternative. Au bout du compte, m\u00eame si les puissants ont impos\u00e9 leur volont\u00e9, ce qui reste c\u2019est l\u2019absolue confirmation, au niveau international, de l\u2019impasse qu\u2019est l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. 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