{"id":21143,"date":"2021-07-29T15:00:27","date_gmt":"2021-07-29T13:00:27","guid":{"rendered":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/blog\/non-classifiee\/toute-lintelligence-des-livres-ne-me-sert-ici-a-rien\/"},"modified":"2023-09-27T16:02:58","modified_gmt":"2023-09-27T14:02:58","slug":"toute-lintelligence-des-livres-ne-me-sert-ici-a-rien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/blog\/article\/toute-lintelligence-des-livres-ne-me-sert-ici-a-rien\/","title":{"rendered":"Toute l&#8217;intelligence des livres ne me sert ici \u00e0 rien"},"content":{"rendered":"<p>par Sebastian B\u00e4hr (<i>neues deutschland<\/i>)<\/p>\n<p>Quelques jours de vacances \u00e0 la mer Baltique, mes parents et moi. Nous essayons de savourer ces moments \u2014 mais quelque chose perturbe notre idylle estivale parmi les sandwichs de poisson, les cris des mouettes et les tentes de plage en forme de coquillage. Mon p\u00e8re souffre de plus en plus en marchant et il ne r\u00e9ussit plus \u00e0 avaler grand-chose. Son dos se vo\u00fbte, ses yeux se plissent, son silence devient coutumier. L&#8217;essentiel de son temps, il le passe affal\u00e9 devant la t\u00e9l\u00e9, dans la chambre d&#8217;h\u00f4tel, pendant que je pars en promenade avec ma m\u00e8re. Elle a peu d&#8217;amis et veut se changer les id\u00e9es. <\/p>\n<p>Mon p\u00e8re n&#8217;a que 61 ans. Il lui reste encore cinq ou six ann\u00e9es avant l&#8217;\u00e2ge de la retraite. D&#8217;apr\u00e8s nos normes soci\u00e9tales et en l&#8217;\u00e9tat de la m\u00e9decine, il n&#8217;est pas si vieux en th\u00e9orie. J&#8217;ai peur pourtant qu&#8217;il ne r\u00e9ussisse plus \u00e0 tenir le coup jusqu&#8217;\u00e0 la retraite au vu de son corps affaibli, de son \u00e9puisement, de son emploi de main-d&#8217;\u0153uvre. <\/p>\n<p>Des ann\u00e9es durant, mon p\u00e8re a relativis\u00e9 nos mises en garde insistantes \u00e0 ma m\u00e8re et \u00e0 moi : \u00ab&nbsp;Tout va bien&nbsp;\u00bb, chaque fois disait-il, m\u00eame quand visiblement \u00e7a n&#8217;allait pas du tout. De tels propos sont \u00e0 mettre sur le compte non pas seulement d&#8217;un id\u00e9al de masculinit\u00e9 destructeur, mais aussi de la conscience de ses responsabilit\u00e9s familiales. <\/p>\n<p>Pendant ces vacances, il ne relativise pas. \u00ab&nbsp;J&#8217;ai perdu la force&nbsp;\u00bb, me dit mon p\u00e8re lors d&#8217;une pause sur le balcon pour fumer, parlant de son m\u00e9tier de vendeur dans le commerce de d\u00e9tail \u2014 porter, assembler et d\u00e9monter, conseiller, ranger, passer les commandes, contr\u00f4ler l&#8217;entrep\u00f4t, travailler en caisse, toujours et encore en mouvement. \u00ab&nbsp;Je n&#8217;y arrive plus&nbsp;\u00bb, me confie ma m\u00e8re un peu plus tard en promenade, parlant de sa vie avec mon p\u00e8re. Je crois que mes parents s&#8217;aiment toujours apr\u00e8s quelque trente ans de mariage, mais les divers fardeaux qui p\u00e8sent sur l&#8217;un et l&#8217;autre, s\u00e9par\u00e9ment et ensemble, sont bien lourds. Assister au lent d\u00e9clin d&#8217;une personne qu&#8217;on aime, la voir ne se tra\u00eener plus que p\u00e9niblement dans la vie, ab\u00eem\u00e9e et se faisant amocher encore en continu, au point de para\u00eetre en venir \u00e0 se r\u00e9signer tant sur son sort que sur ses soucis de sant\u00e9 petits et gros, est incroyablement ext\u00e9nuant. Et met en col\u00e8re. Ma m\u00e8re dirige sa col\u00e8re surtout contre mon p\u00e8re, et contre l&#8217;incapacit\u00e9 de celui-ci \u00e0 s&#8217;occuper de lui-m\u00eame. Je dirige la mienne essentiellement contre les circonstances qui le privent de sa force et de sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir.<\/p>\n<h2>Effacement de la fronti\u00e8re<\/h2>\n<p>Je peux comprendre ma m\u00e8re. Ce n&#8217;est pas la premi\u00e8re fois que les vacances tournent ainsi. Il n&#8217;y a pas si longtemps, mes parents \u00e9taient partis en mini-croisi\u00e8re, et le jour de l&#8217;anniversaire de ma m\u00e8re, mon p\u00e8re est rest\u00e9 allong\u00e9 en cabine pris de douleurs intestinales, leur excursion du jour a d\u00fb \u00eatre annul\u00e9e. J&#8217;ai appris toute l&#8217;histoire par texto. Quand mon p\u00e8re vient avec nous au restaurant parce qu&#8217;il n&#8217;a pas pu faire autrement, il pose sa serviette sur la nourriture qu&#8217;il n&#8217;a pas touch\u00e9e. Il faut que les autres convives ne s&#8217;aper\u00e7oivent de rien. Le stress engendr\u00e9 par son travail salari\u00e9 a d\u00e9truit son estomac. <\/p>\n<p>Quand je vois mon p\u00e8re, je vois, parmi d&#8217;autres choses, trente ans de conditionnement et mise au pas capitalistes. Cette violence qui lui a \u00e9t\u00e9 faite et lui est faite encore, et qui fonctionne avant tout en propageant de la peur, on peut en remonter la trace jusque dans le pass\u00e9 tel un fil rouge. <\/p>\n<p>Mes parents s&#8217;\u00e9taient rencontr\u00e9s en Saxe dans une usine de moissonneuses-batteuses vers la fin de la RDA. Apr\u00e8s la chute du Mur, l&#8217;Est a perdu son industrie, mes parents leur emploi, et notre cit\u00e9 d&#8217;immeubles sa r\u00e9putation. J&#8217;\u00e9tais encore petit, mes parents prirent la d\u00e9cision de ne pas avoir de deuxi\u00e8me enfant. Apr\u00e8s des ann\u00e9es d&#8217;incertitude, tous deux ont retrouv\u00e9 un emploi stable \u2014 tout le monde dans notre cercle familial n&#8217;a pas eu cette chance. Ma m\u00e8re a atterri dans la succursale locale d&#8217;une PME ouest-allemande, et mon p\u00e8re, dans un supermarch\u00e9 qui avait ouvert \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville. Ce n&#8217;\u00e9tait gu\u00e8re le genre de lieu favorable \u00e0 la r\u00e9alisation de soi, mais du moins ces contrats nous apportaient-ils une certaine s\u00e9curit\u00e9. Les gens s&#8217;estimaient simplement heureux \u00e0 l&#8217;\u00e9poque \u00ab&nbsp;d&#8217;avoir quelque chose&nbsp;\u00bb et ne faisaient pas d&#8217;histoires. Ceux d&#8217;en haut leur ass\u00e9naient qu&#8217;il leur fallait t\u00e9moigner de la reconnaissance, d&#8217;autres \u00e9taient plus mal lotis. <\/p>\n<p>Les premi\u00e8res ann\u00e9es au supermarch\u00e9 semblent n&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 pas si mal d&#8217;apr\u00e8s les r\u00e9cits qu&#8217;en fait mon p\u00e8re. Il y avait des f\u00eates de No\u00ebl, on se rendait visite entre coll\u00e8gues, mon p\u00e8re \u00e9tait de bonne humeur. \u00c0 la garderie du soir, j&#8217;\u00e9tais souvent le dernier enfant \u00e0 repartir, mais qu&#8217;importe \u2014&nbsp;mon papa jouait parfois le P\u00e8re No\u00ebl \u00e0 la maternelle, ce qui certainement compensait. Et quand il \u00e9tait affect\u00e9 au rayon jouets, un mod\u00e8le d&#8217;exposition finissait \u00e0 l&#8217;occasion entre mes mains. <\/p>\n<p>C&#8217;est sous le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral rouge-vert [compos\u00e9 du SPD social-d\u00e9mocrate et du parti \u00e9cologiste] qu&#8217;a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 en l&#8217;an 2000 le caract\u00e8re contraignant des conventions collectives dans la vente de d\u00e9tail \u2014&nbsp;guerre des prix, dumping salarial et concurrence par les co\u00fbts, tels \u00e9taient devenus les mots d&#8217;ordre du secteur. Quelques temps apr\u00e8s, la situation a commenc\u00e9 \u00e0 devenir plus p\u00e9nible aussi \u00e0 l&#8217;entreprise de mon p\u00e8re, \u00e9tape par \u00e9tape. Les primes exceptionnelles ont \u00e9t\u00e9 drastiquement r\u00e9duites, les coll\u00e8gues devinrent moins nombreux, et l&#8217;ambiance, plus \u00e9lectrique. La cadence de travail, plus rapide, les d\u00e9cisions manag\u00e9riales soi-disant modernes, plus opaques, les heures suppl\u00e9mentaires, plus fr\u00e9quentes. Le travail par \u00e9quipes en horaires d\u00e9cal\u00e9s a co\u00fbt\u00e9 de plus en plus d&#8217;\u00e9nergie. <\/p>\n<p>Mon p\u00e8re s&#8217;est vu assigner la responsabilit\u00e9 de plusieurs domaines, mais il lui \u00e9tait impossible de r\u00e9aliser les t\u00e2ches dans le temps de travail imparti. Dans mon adolescence, plus d&#8217;une fois, je lui ai donn\u00e9 le coup de main juste avant la fin de son service, rangeant pour lui \u00e0 la h\u00e2te des paires de baskets pour qu&#8217;il puisse rentrer \u00e0 l&#8217;heure \u00e0 la maison. En avan\u00e7ant en \u00e2ge, j&#8217;ai remarqu\u00e9 comment son rire s&#8217;est progressivement estomp\u00e9 \u2014&nbsp;du moins c&#8217;est ce qu&#8217;il me semble aujourd&#8217;hui avec le recul. Mon p\u00e8re est fondamentalement un gars plein d&#8217;humour. Il voulait para\u00eetre fort en famille, et taisait ses soucis. <\/p>\n<p>L&#8217;effacement de la fronti\u00e8re entre son temps de travail et sa vie priv\u00e9e prit pour notre famille une tournure absurde&nbsp;: pour faire des \u00e9conomies, son supermarch\u00e9 s&#8217;est s\u00e9par\u00e9 un jour de son service de s\u00e9curit\u00e9. D\u00e9sormais, quelques employ\u00e9\u00b7e\u00b7s auraient \u00e0 assurer l&#8217;astreinte de nuit et devraient aller contr\u00f4ler les locaux en cas de d\u00e9clenchement de l&#8217;alarme \u2014&nbsp;mon p\u00e8re s&#8217;est fait remettre un bipeur sp\u00e9cial \u00e0 cette fin. Le d\u00e9clenchement du bipeur n&#8217;\u00e9tait pas rare. Lors d&#8217;une nuit de No\u00ebl, si je me souviens bien, mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 contraint de partir contr\u00f4ler le supermarch\u00e9 par trois fois \u2014 &nbsp;chaque fois, c&#8217;\u00e9tait une fausse alerte. La compensation financi\u00e8re pour le service d&#8217;astreinte \u00e9tait une sombre plaisanterie, mais on expliqua \u00e0 mon p\u00e8re et \u00e0 ses coll\u00e8gues qu&#8217;ils avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 ne pas refuser. Pour le supermarch\u00e9, l&#8217;enjeu portait sur une somme probablement de quelques milliers d&#8217;euros. Pour nous et notre famille, ce service d&#8217;astreinte suppl\u00e9mentaire nous a emp\u00each\u00e9s d&#8217;entreprendre quoi que soit pendant de nombreux week-ends, et de plus, mon p\u00e8re a commenc\u00e9 \u00e0 avoir des probl\u00e8mes de sommeil.<\/p>\n<h2>Souriez, s&#8217;il vous pla\u00eet<\/h2>\n<p>Adolescent, je ressentais la situation comme injuste, mais, comme mes parents, j&#8217;en prenais mon parti autant que faire se peut. Le tour est simple&nbsp;: on a martel\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re et \u00e0 ma m\u00e8re que leurs emplois \u00e9taient menac\u00e9s \u2014&nbsp;leurs contrats de travail \u00e9taient pour ainsi dire une b\u00e9n\u00e9diction qui pouvait leur \u00eatre cependant \u00f4t\u00e9e \u00e0 tout instant. Aucune r\u00e9bellion, hier tout comme aujourd&#8217;hui, ne pouvait vraiment venir \u00e0 bout de ce sentiment d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 totale, de cette peur du d\u00e9classement et de la chute dans la pauvret\u00e9. Nous en avions tir\u00e9 nos conclusions&nbsp;: le travail repr\u00e9sentait la part d\u00e9sagr\u00e9able de nos vies. Le temps qui restait, pass\u00e9 \u00e0 la maison, offrait des moments pr\u00e9cieux pendant lesquels nous pouvions \u00eatre qui nous \u00e9tions vraiment. Et&nbsp;: la famille reste soud\u00e9e. <\/p>\n<p>Mais les choses n&#8217;ont cess\u00e9 d&#8217;empirer d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e. Les patrons se firent de plus en plus impudents. Mon p\u00e8re est d&#8217;une nature profond\u00e9ment pacifique, mais en deux circonstances \u2014&nbsp;dans mon souvenir&nbsp;\u2014 il a p\u00e9t\u00e9 un c\u00e2ble. Une fois, c&#8217;\u00e9tait quand les patrons ont r\u00e9uni l&#8217;ensemble du personnel. Un psychologue du travail mandat\u00e9 par la direction du magasin \u00e9tait venu expliquer aux \u00e9quipes surmen\u00e9es que les vraies raisons de leur \u00e9puisement \u00e9taient \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 d&#8217;une mauvaise alimentation, d&#8217;un exc\u00e8s d&#8217;alcool et de leur exposition aux courants d&#8217;air. Tout le monde s&#8217;est fait remettre une fringante brochure aux photos de visages souriants, dans laquelle se retrouvait ce message orn\u00e9 de graphiques. J&#8217;ai conserv\u00e9 la brochure jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui. Une autre fois, c&#8217;\u00e9tait quand, \u00e0 la fin d&#8217;une rude journ\u00e9e de travail, mon p\u00e8re s&#8217;est fait rappeler \u00e0 l&#8217;ordre par son patron parce que, para\u00eet-il, il fallait qu&#8217;il sourie davantage \u00e0 la client\u00e8le. J&#8217;avais rarement vu mon p\u00e8re aussi remont\u00e9. <\/p>\n<p>La situation a continu\u00e9 de se d\u00e9grader&nbsp;\u2014 lentement, mais s\u00fbrement. Et puis, il y a quelques ann\u00e9es, mon p\u00e8re a fait son burn-out. De mani\u00e8re cynique, quasiment nous nous y attendions. Ses douleurs physiques se combinaient \u00e0 un \u00e9puisement total. Il est rest\u00e9 \u00e0 la maison plus de six mois, a subi plusieurs op\u00e9rations chirurgicales et examens de sant\u00e9. Des mois \u00e0 patienter entre deux rendez-vous m\u00e9dicaux, parmi douleurs, t\u00e9l\u00e9viseur, mutisme, repli, d\u00e9pression&nbsp;\u2014 bien que le d\u00e9but de cette derni\u00e8re soit difficile \u00e0 dater avec pr\u00e9cision. Son cas m&#8217;a montr\u00e9 combien il est difficile de r\u00e9ussir \u00e0 se faire prescrire certains traitements m\u00e9dicaux sans insistance lourde aupr\u00e8s des caisses d&#8217;assurance maladie et des m\u00e9decins. La direction du magasin lui a fait parvenir deux avertissements durant cette p\u00e9riode, pour des broutilles, en gros parce qu&#8217;il n&#8217;aurait pas accompli ses missions. Un reproche aussi absurde n&#8217;aurait probablement pas tenu devant les tribunaux du travail, mais qui peut trouver la force d&#8217;engager des poursuites dans une telle situation. Mon p\u00e8re \u00e9tait peu \u00e0 peu pouss\u00e9 officiellement vers la sortie. Nous nous sommes serr\u00e9 les coudes en famille&nbsp;\u2014 ma m\u00e8re se prenant la part du lion dans l&#8217;accompagnement et les soins. Je vivais d\u00e9j\u00e0 dans une autre ville, et ne pouvais \u00eatre l\u00e0 que de temps \u00e0 autre. On ne s&#8217;habitue pas \u00e0 la mauvaise conscience. <\/p>\n<p>Mon p\u00e8re n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 ni le premier ni le dernier \u00e0 faire un burn-out dans son magasin. Son retour \u00e0 l&#8217;entreprise a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 de mani\u00e8re graduelle en conformit\u00e9 avec les protocoles de soins, il a \u00e9t\u00e9 install\u00e9 quelques mois au standard t\u00e9l\u00e9phonique, et il a fini par travailler surtout en caisse. Il y a l\u00e0 aussi les coll\u00e8gues qui comme lui n&#8217;ont plus assez d&#8217;\u00e9nergie pour courir en tous sens et faire de la manutention. La monotonie de la t\u00e2che lui inspire de la honte et lui donne le sentiment d&#8217;une ali\u00e9nation accrue. Dans ses autres activit\u00e9s, il avait pu travailler avec davantage d&#8217;autonomie et, d&#8217;apr\u00e8s lui, plus de cr\u00e9ativit\u00e9 aussi. <\/p>\n<p>M\u00eame si mon p\u00e8re est maintenant retourn\u00e9 dans son emploi \u2014&nbsp;\u00e0 temps tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement r\u00e9duit&nbsp;\u2014, il n&#8217;a jamais enti\u00e8rement retrouv\u00e9 la sant\u00e9 depuis son burn-out. Il est abattu, fatigu\u00e9, sans plus d&#8217;\u00e9nergie, pourtant il lui reste encore cinq ou six ann\u00e9es mis\u00e9rablement longues \u00e0 tirer. \u00ab&nbsp;J&#8217;ai perdu la force&nbsp;\u00bb, c&#8217;est sa fa\u00e7on \u00e0 lui de l&#8217;exprimer. Que peut-il faire&nbsp;? La possibilit\u00e9 d&#8217;une pension d&#8217;invalidit\u00e9 pour maladie professionnelle, il l&#8217;associe \u00e0 des d\u00e9marches administratives trop p\u00e9nibles \u2014 et cela \u00e9gratigne aussi sa fiert\u00e9, il ne veut \u00eatre \u00ab&nbsp;\u00e0 la charge de personne&nbsp;\u00bb. La RDA et la RFA et leurs f\u00e9tichismes du travail respectifs ne sont certainement pas ici les moins \u00e0 bl\u00e2mer pour sa mani\u00e8re d&#8217;envisager les choses. Mais s&#8217;il d\u00e9missionnait aujourd&#8217;hui, le montant de sa retraite en serait fortement r\u00e9duit \u2014&nbsp;et craindre la pauvret\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de la vieillesse n&#8217;a rien de d\u00e9lirant au regard de son maigre salaire. Mes parents ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 de leur quartier sans aucune intention d&#8217;y jamais retourner. Parce qu&#8217;il ne voit pas d&#8217;\u00e9chappatoire, mon p\u00e8re se force \u00e0 tenir bon et continuer. Mais cela fait bien longtemps que lui, ma m\u00e8re et moi avons chacun d\u00e9pass\u00e9 nos limites. Tous les savants livres de gauche ne me servent ici \u00e0 rien.<\/p>\n<h2>Rouges copies<\/h2>\n<p>Pourquoi devrait-il en \u00eatre autrement&nbsp;? Le fond de ma pens\u00e9e&nbsp;: mon impuissance face \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de mon p\u00e8re refl\u00e8te aussi l&#8217;incapacit\u00e9 de la gauche soci\u00e9tale \u00e0 jouer un r\u00f4le porteur de sens pour la classe des exploit\u00e9\u00b7e\u00b7s et des opprim\u00e9\u00b7e\u00b7s. Dans la vie de mes parents, tout au long de ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es, il n&#8217;y a eu aucune organisation de solidarit\u00e9 militante pour les aider \u00e0 r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes concrets ou pour les approcher suffisamment en leur proposant quelque soutien. En fin de compte, ce sont les amiti\u00e9s \u2014 quand il restait encore de l&#8217;\u00e9nergie et du temps \u00e0 leur consacrer \u2014 ainsi que, en dernier recours, la famille, qui se sont trouv\u00e9s seuls en charge d&#8217;aider \u00e0 tenir bon et faire contrepoids face aux conditions capitalistes. Avec les forces progressistes existantes, peu nombreuses, de leur quartier, ils n&#8217;entretenaient aucun lien. Il n&#8217;y avait personne de gauche \u2014 \u00e0 part moi \u2014 dans la vie de mes parents. Ils ne connaissent la gauche, ou \u00ab&nbsp;les rouges&nbsp;\u00bb, comme disent les vieux avec m\u00e9pris, que sous forme de p\u00e2les images&nbsp;: par le souvenir peu enthousiasmant des \u00ab&nbsp;manteaux gris&nbsp;\u00bb [fonctionnaires] de la RDA&nbsp;; via les informations faisant scintiller sur leur \u00e9cran, sans autre commentaire, des sc\u00e8nes de gens encapuch\u00e9s courant dans Connewitz [lors des \u00e9meutes anti-gentrification]&nbsp;; quand les politiques professionnel\u00b7le\u00b7s de gauche s&#8217;expriment dans des talk-shows. <\/p>\n<p>Ils ne se repr\u00e9sentent pas ce que signifie une victoire collective, 1989 n&#8217;est pour eux qu&#8217;un mythe r\u00e9volu et ambivalent. Qu&#8217;on puisse gagner aujourd&#8217;hui quelque chose collectivement ne leur para\u00eet pas r\u00e9aliste. L&#8217;injustice du capitalisme r\u00e9el leur est autrement plus contraignante et tangible que l&#8217;espoir diffus d&#8217;une alternative soci\u00e9tale \u00e9mancipatrice ou d&#8217;une r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque et symbolique. Ils sont pragmatiques. Les luttes ouvri\u00e8res des ann\u00e9es 1990 en ex-Allemagne de l&#8217;Est ou les manifestations contre les lois Hartz IV [et leur vaste r\u00e9forme de l&#8217;assurance ch\u00f4mage] n&#8217;occupent pas une bien grande place dans leur esprit. Je pense qu&#8217;ils \u00e9taient davantage pr\u00e9occup\u00e9s par leurs propres probl\u00e8mes \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Ils ont assimil\u00e9 cependant qu&#8217;on avait perdu, comme toujours. Cela ne fait pour eux absolument pas sens de se souvenir des d\u00e9faites, si pugnaces que fussent certaines de ces batailles. Ils ne veulent pas du retour \u00e0 la RDA, ne se font aucune illusion sur l&#8217;\u00e9tat de la RFA, et regardent l&#8217;UE comme la communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eats capitalistes qu&#8217;elle est. <\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas surprenant que, dans le milieu de mes parents, certain\u00b7e\u00b7s flirtent avec l&#8217;AfD [Alternative f\u00fcr Deutschland]. Le parti d&#8217;extr\u00eame droite leur promet un sentiment d&#8217;auto-efficacit\u00e9 et, partant, l&#8217;espoir d&#8217;\u00eatre pris au s\u00e9rieux par les puissants. La p\u00e9n\u00e9tration des mouvements autoritaires au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es a amen\u00e9 les gens m\u00eame les plus ouverts \u00e0 douter de leur propre humanit\u00e9. Les racistes d&#8217;hier affichent d\u00e9sormais pleinement leurs convictions, avec fiert\u00e9 et suffisance. Beaucoup d&#8217;entre nous parmi les jeunes gauchistes \u00e9tions parti\u00b7e\u00b7s, rendant la confrontation plus difficile. Une rencontre de loin en loin ne peut compenser que de fa\u00e7on limit\u00e9e le complet basculement de certains quartiers et entreprises \u2014 m\u00eame si c&#8217;est toujours mieux que rien. <\/p>\n<p>Mon p\u00e8re, toutefois, est \u00ab&nbsp;visc\u00e9ralement&nbsp;\u00bb de gauche, quand bien m\u00eame \u00e0 contrec\u0153ur \u2014&nbsp;il est l&#8217;un des rares \u00e0 l&#8217;\u00eatre rest\u00e9. Il sait qui l&#8217;exploite et pourquoi. Il n&#8217;en nourrit pas moins une m\u00e9fiance profonde \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des syndicats et des partis politiques \u2014&nbsp;on ne peut gu\u00e8re lui en vouloir, car ni les syndicats ni les partis politiques de Saxe n&#8217;ont de grands succ\u00e8s \u00e0 leur actif depuis des ann\u00e9es \u2014 sauf la NGG, [le syndicat de l&#8217;alimentaire et de la restauration,] dont je ne cesse de lui parler. Et aucun d&#8217;entre eux n&#8217;a apport\u00e9 d&#8217;am\u00e9lioration concr\u00e8te dans sa vie \u00e0 lui. \u00c0 commencer par son syndicat de branche. Apr\u00e8s trois d\u00e9cennies de luttes d\u00e9fensives, seulement 20&nbsp;% des employ\u00e9\u00b7e\u00b7s du commerce de d\u00e9tail dans la partie Est de l&#8217;Allemagne d\u00e9pendent d&#8217;une convention collective, le deuxi\u00e8me taux le plus bas toutes branches confondues. <\/p>\n<p>Mais il y a plus que \u00e7a. Quand mon p\u00e8re regarde les personnalit\u00e9s invit\u00e9es dans les m\u00e9dias, il ne voit personne qui fasse partie des \u00ab&nbsp;siens&nbsp;\u00bb. Le prol\u00e9tariat du secteur des services, qui ne cesse de cro\u00eetre et auquel il appartient, n&#8217;a pas vraiment de repr\u00e9sentant\u00b7e\u00b7s dans l&#8217;espace public. Le travail physique, mat\u00e9riel, n&#8217;est pas seulement d\u00e9valu\u00e9 \u00e9conomiquement et socialement, il n&#8217;y a quasi-personne non plus qui se batte pour le d\u00e9fendre de fa\u00e7on visible et convaincante. Je vois bien que c&#8217;est ce que souhaiterait faire une partie de Die Linke, du SPD et m\u00eame de la gauche extra-parlementaire \u2014 mais ils n&#8217;y parviennent que mal. En guise de miroir suppos\u00e9, ce qui reste, ce sont les caricatures lamentables et discriminatoires de la t\u00e9l\u00e9 priv\u00e9e, histoires de \u00ab&nbsp;prolos&nbsp;\u00bb (est-allemands) et d&#8217;allocataires de Hartz IV. Mes parents comprennent l&#8217;absurdit\u00e9 de ces images distordues. Il n&#8217;emp\u00eache qu&#8217;elles remplissent leur fonction de mise au pas. <\/p>\n<p>Comment, sans combat, sans figures publiques embl\u00e9matiques et sans aucune id\u00e9e de son propre r\u00f4le, une identit\u00e9 collective offensive est-elle suppos\u00e9e \u00e9merger&nbsp;? Mon p\u00e8re ne se consid\u00e8re pas comme un travailleur. Mes parents insistent pour dire qu&#8217;ils appartiennent \u00e0 la classe moyenne. L&#8217;id\u00e9ologie capitaliste a r\u00e9ussi \u00e0 rendre le mot \u00ab&nbsp;travailleur&nbsp;\u00bb synonyme de \u00ab&nbsp;perdant in\u00e9duqu\u00e9&nbsp;\u00bb pour beaucoup de gens de son milieu. Dans cette conception, un \u00ab&nbsp;travailleur&nbsp;\u00bb est quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas encore r\u00e9ussi \u00e0 gagner autant que ceux de la couche au-dessus. C&#8217;est une personne qui n&#8217;en fait pas assez, ou bien qui le fait mal. La classe moyenne, elle, repr\u00e9sente la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, la culture, les perspectives, la r\u00e9ussite. La condition de \u00ab&nbsp;travailleur&nbsp;\u00bb est un \u00e9tat qu&#8217;on veut laisser derri\u00e8re soi le plus vite possible, car ceux qui travaillent beaucoup tout en gagnant peu sont vus comme inintelligents ou n&#8217;ayant pas su prendre les bonnes d\u00e9cisions.<\/p>\n<h2>Joie secr\u00e8te<\/h2>\n<p>Mes parents ne savent rien des d\u00e9bats qui traversent aujourd&#8217;hui la gauche, sur la nouvelle politique des classes par exemple. Ils croient que la \u00ab&nbsp;gauche ringarde&nbsp;\u00bb continue de s&#8217;adresser aux ouvriers (masculins) de la m\u00e9tallurgie et de l&#8217;industrie manufacturi\u00e8re du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et que la \u00ab&nbsp;gauche moderne&nbsp;\u00bb se pr\u00e9occupe de luttes sans rapport avec l&#8217;emploi. C&#8217;est comme s&#8217;il n&#8217;y avait pas de place pour mes parents, leur mode de vie et leur propre condition salari\u00e9e. Les coll\u00e8gues de mon p\u00e8re, quant \u00e0 eux, se per\u00e7oivent, non comme une communaut\u00e9 de lutte, mais comme une communaut\u00e9 de souffrance. La majorit\u00e9 d&#8217;entre eux ne voient aucun moyen d&#8217;obtenir une victoire capable en l&#8217;\u00e9tat du syst\u00e8me d&#8217;apporter un gain concret via une prise de risque jouable \u2014&nbsp;c&#8217;est pourquoi, quand on peut et qu&#8217;on l&#8217;ose, on donne sa d\u00e9mission. De mon c\u00f4t\u00e9, j&#8217;ai pour dernier espoir de voir mon p\u00e8re quitter son travail le plus vite possible. <\/p>\n<p>Et cela ne lui serait certainement pas chose facile. Cela peut sembler un paradoxe&nbsp;: mon p\u00e8re hait son boulot, mais en m\u00eame temps il est fier du travail qu&#8217;il accomplit. Dans cette fiert\u00e9 \u2014 dans laquelle on retrouve sans aucun doute de fortes traces d&#8217;identit\u00e9 est-allemande \u2014 semble transpara\u00eetre, de fa\u00e7on insistante et tenace, quelque chose de l&#8217;ordre de la r\u00e9sistance. Et quand \u00e7a devient s\u00e9rieux, mon p\u00e8re reconna\u00eet chaque fois les siens. Pas seulement \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de son cercle priv\u00e9. Quand la classe exploit\u00e9e a fait son entr\u00e9e sur la sc\u00e8ne de l&#8217;histoire pendant le r\u00e9f\u00e9rendum en Gr\u00e8ce en 2015, puis lors du mouvement des gilets jaunes en France en 2018, je me souviens avoir per\u00e7u chez lui, sinon vraiment de l&#8217;espoir, tout du moins une joie secr\u00e8te. Je dois admettre aussi qu&#8217;il avait suivi avec int\u00e9r\u00eat les d\u00e9buts du mouvement Aufstehen[, l&#8217;initiative de rassemblement des gauches allemandes lanc\u00e9e par Sahra Wagenknecht]. Au vu de sa condition, cela signifiait beaucoup. Il aimait de voir s&#8217;y impliquer des chanteuses qu&#8217;il \u00e9coutait dans sa jeunesse. En d\u00e9pit de toutes les critiques, justifi\u00e9es, \u00e0 l&#8217;encontre du contenu et de l&#8217;organisation du mouvement, cela a au moins r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9veiller son attention. <\/p>\n<p>Il est difficile, bien que non impossible, de percer jusqu&#8217;\u00e0 lui. Mais les derni\u00e8res d\u00e9cennies ont \u00e9rig\u00e9 autour de lui un haut rempart protecteur fait de r\u00e9signation, de cynisme et de fatalisme. Pour y ouvrir une br\u00e8che, il y faudrait un s\u00e9rieux engagement de terrain, des personnages publics auxquels il lui soit possible de s&#8217;identifier, des d\u00e9bats francs sans paternalisme ni le\u00e7ons, de petites et grandes victoires visibles, un talent pour s&#8217;adresser aux gens \u00ab&nbsp;comme lui&nbsp;\u00bb de tr\u00e8s pr\u00e8s. Le milieu auquel appartient mon p\u00e8re s&#8217;est fait ass\u00e9ner, des ann\u00e9es durant, la honte et le repli sur soi. La col\u00e8re ainsi r\u00e9prim\u00e9e est redirig\u00e9e par certain\u00b7e\u00b7s vers des couches sociales plus basses \u2014&nbsp;les autres se consument de l&#8217;int\u00e9rieur. Mon p\u00e8re ne serait sans doute pas le premier \u00e0 descendre dans la rue. Mais s&#8217;il existait concr\u00e8tement une soupape qui permette de canaliser sa col\u00e8re dans un sens progressiste, on aurait certainement d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9. <\/p>\n<p>Pour l&#8217;instant, cette soci\u00e9t\u00e9 ne cesse cependant de contraindre mon p\u00e8re dans un r\u00f4le d&#8217;invisible. Il doit surtout n&#8217;exprimer aucune requ\u00eate, serrer davantage sa ceinture, ex\u00e9cuter son travail en silence et de mani\u00e8re consciencieuse et, par-dessus tout, ne pas d\u00e9ranger. Pour ses patrons, il est en premier lieu un facteur de co\u00fbt, pour son propri\u00e9taire, un obstacle \u00e0 la vente, pour l&#8217;industrie de la culture, un consommateur et un corps \u00e9tranger. Cette soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;est pas dirig\u00e9e vers ses besoins et on le lui fait comprendre chaque jour. Mon p\u00e8re s&#8217;est constamment efforc\u00e9 de vivre conform\u00e9ment \u00e0 l&#8217;invisibilit\u00e9 exig\u00e9e, pour apporter la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 sa famille dans une \u00e9poque de merde. De l&#8217;int\u00e9rioriser. \u00c0 un certain moment, il n&#8217;a plus pu s&#8217;extraire des contraintes syst\u00e9miques tant subjectives que r\u00e9elles. Qu&#8217;il soit maintenant au bord d&#8217;\u00eatre an\u00e9anti par ce r\u00f4le, par cette contrainte, et qu&#8217;il entra\u00eene ma m\u00e8re avec lui&nbsp;; que la majeure partie de l&#8217;Allemagne n&#8217;en ait rien \u00e0 foutre des humains comme elle et lui parce qu&#8217;ils semblent pour ainsi dire aller de soi&nbsp;; qu&#8217;au lieu d&#8217;une vie dans la dignit\u00e9, ils ne re\u00e7oivent que de l&#8217;ignorance et quelques applaudissements \u00e0 l&#8217;occasion \u2014 cela me met incroyablement en rage. <\/p>\n<p>Cette rage, j&#8217;essaie ici, durant ces vacances ensemble au bord de la Baltique, sur la plage avec les mouettes, de ne pas lui laisser trop de place. Nous extraire du quotidien importe plus en cet instant, car sans de bons moments de temps \u00e0 autre on n&#8217;arrive \u00e0 rien. J&#8217;essaie de pointer n\u00e9anmoins en direction de quelques portes de sortie possibles \u2014&nbsp;mais je r\u00e9alise aussi que je ne peux pas grand-chose en \u00e9tant seul. J&#8217;admire la force de mes parents pour endurer tout \u00e7a.<\/p>\n<p><b>Cet article est paru initialement dans <i>Analyse et Kritik<\/i> N\u00b0672 puis dans <i><a title=\"lien vers l'article en allemand\" href=\"https:\/\/www.nd-aktuell.de\/artikel\/1153723.linke-perspektiven-all-die-klugen-buecher-helfen-mir-hier-nicht-weiter.html\"> neues deutschland<\/a><\/i> (tous deux en allemand)<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous mes yeux mes parents se consument, mais la gauche n&#8217;existe que dans mon monde \u2014 pas dans le leur.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21144,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[61],"tags":[],"class_list":["post-21143","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21143"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":27123,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21143\/revisions\/27123"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21144"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}