{"id":21245,"date":"2023-04-20T09:59:44","date_gmt":"2023-04-20T07:59:44","guid":{"rendered":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/blog\/non-classifiee\/les-crises-financieres-comme-des-guerres\/"},"modified":"2023-10-10T13:26:29","modified_gmt":"2023-10-10T11:26:29","slug":"les-crises-financieres-comme-des-guerres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wwwdev-transform-network-net.sociality.gr\/fr\/blog\/non-classifiee\/les-crises-financieres-comme-des-guerres\/","title":{"rendered":"Les crises financi\u00e8res comme des guerres"},"content":{"rendered":"<p><i>transform europe a mis en place en 2023 un nouveau groupe de travail sur l\u2019\u00e9conomie pour r\u00e9agir \u00e0 la crise actuelle provoqu\u00e9e par la phase r\u00e9cente du capitalisme, laquelle g\u00e9n\u00e8re une crise du co\u00fbt de la vie in\u00e9dite et parall\u00e8lement aggrave le r\u00e9chauffement climatique. Cette crise est souvent d\u00e9crite comme une crise multiple ou polycrise, alors qu&#8217;elle a une racine unique\u00a0: le capitalisme mondial. Les derni\u00e8res semaines ont une nouvelle fois d\u00e9montr\u00e9 cette crise fondamentale\u00a0: l&#8217;effondrement d&#8217;une banque r\u00e9gionale unique dans l&#8217;ouest des\u00a0\u00c9tats-Unis a d\u00e9clench\u00e9 une crise bancaire menant \u00e0 l&#8217;effondrement spectaculaire en Suisse de l&#8217;une des 30 \u00ab\u00a0banques syst\u00e9miques\u00a0\u00bb mondiales, une banque consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0too big to fail\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0trop grosse pour faire faillite\u00a0\u00bb, expression utilis\u00e9e pour d\u00e9signer les \u00e9tablissements per\u00e7us comme essentiels \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et \u00e0 la finance et qu\u2019il faut donc sauver imp\u00e9rativement de la faillite). Afin d&#8217;\u00e9viter un effondrement global du syst\u00e8me financier, le gouvernement suisse a impos\u00e9 la fusion de Cr\u00e9dit suisse et UBS. Le probl\u00e8me est-il r\u00e9solu et ma\u00eetris\u00e9\u00a0? Loin de l\u00e0. Le gouvernement n&#8217;a pu que retarder une crise \u00e0 venir bien plus grave, car\u00a0le bilan combin\u00e9 de la nouvelle banque ainsi cr\u00e9\u00e9e repr\u00e9sente deux fois le montant du PIB de la Suisse. Il sera radicalement impossible \u00e0 l&#8217;\u00c9tat suisse de maintenir cet institut financier en vie lorsque la prochaine crise frappera le syst\u00e8me financier.<\/p>\n<p>Dans l\u2019analyse qui suit, Luca Lombardi examine de mani\u00e8re br\u00e8ve et pr\u00e9cise pourquoi nous nous retrouvons au bord d\u2019une d\u00e9b\u00e2cle et formule quatre revendications concr\u00e8tes pour parer au danger que le secteur financier lib\u00e9ralis\u00e9 fait peser sur nos soci\u00e9t\u00e9s. (Roland Kulke)<\/p>\n<p><\/i><\/p>\n<p>L&#8217;histoire du capitalisme moderne est jalonn\u00e9e de crises financi\u00e8res. Comme les guerres, les crises financi\u00e8res d\u00e9coulent de l&#8217;impossibilit\u00e9 pour le m\u00e9canisme ordinaire d&#8217;accumulation du capital de se poursuivre, m\u00eame si, bien s\u00fbr, elles ont d&#8217;autres causes encore. En outre, comme les guerres, les crises financi\u00e8res entra\u00eenent la disparition des concurrents les plus faibles et se terminent par la mobilisation totale des ressources de l&#8217;\u00c9tat. Discutant la nature de la guerre, Clausewitz a observ\u00e9 qu\u2019\u00ab il vaudrait mieux la comparer, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un art quelconque, au commerce, qui est aussi un conflit d&#8217;int\u00e9r\u00eats et d&#8217;activit\u00e9s humaines ; elle ressemble encore plus \u00e0 la politique, qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 son tour, du moins en partie, comme une sorte de commerce \u00e0 plus grande \u00e9chelle \u00bb (Clausewitz, \u00e9d. fran\u00e7aise, livre II, p. 144-146). Si nous pla\u00e7ons \u00e9galement la crise financi\u00e8re dans ce tableau, nous obtenons une extraordinaire synth\u00e8se des liens entre la guerre, la politique et les crises.<\/p>\n<p>Chaque crise a ses causes sp\u00e9cifiques qu&#8217;il faut analyser pour comprendre celle-ci mais, surtout, ses causes pr\u00e9sentent chaque fois le m\u00eame m\u00e9canisme qui peut se r\u00e9sumer \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour le capital de s&#8217;accumuler \u00e0 la vitesse maximale possible. La nature du capital est de s\u2019affranchir de toute limite, et tout ce qui constitue une limitation est donc rejet\u00e9 comme une cellule \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&#8217;organisme, ainsi que le notait Marx\u00a0: \u00ab\u00a0La v\u00e9ritable barri\u00e8re de la production capitaliste est le capital lui-m\u00eame\u00a0\u00bb. Paradoxalement, plus le capital r\u00e9ussit \u00e0 cro\u00eetre, plus se cr\u00e9ent des obstacles sur la voie de son accumulation, ce qui l&#8217;oblige \u00e0 recourir \u00e0 des aides ext\u00e9rieures. Celles-ci sont essentiellement au nombre de deux\u00a0: l&#8217;\u00c9tat et les banques.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 une profonde\u00a0<b>intuition de Minsky\u00a0: le r\u00f4le croissant de la finance implique un r\u00f4le croissant des finances publiques<\/b>\u00a0(Minsky, 1986). Il n&#8217;\u00e9tait pas facile de d\u00e9fendre cette analyse \u00e0 l&#8217;\u00e9poque Thatcher-Reagan, o\u00f9 l&#8217;\u00c9tat apparaissait comme une vieille relique bonne \u00e0 jeter. Minsky explique que plus les banques et les march\u00e9s financiers sont grands, plus le r\u00f4le des banques centrales et du gouvernement dans l&#8217;\u00e9conomie se fait essentiel. En r\u00e9alit\u00e9, le recul de l&#8217;\u00c9tat n&#8217;a jamais eu lieu, car sans une garantie publique implicite ou explicite sur leurs activit\u00e9s, les banques sont incapables de survivre longtemps. Ce qui a chang\u00e9, c&#8217;est la nature du r\u00f4le de la puissance publique dans l&#8217;\u00e9conomie, un r\u00f4le dor\u00e9navant orient\u00e9 vers le soutien \u00e0 l&#8217;accumulation de capital et \u00e0 la croissance des march\u00e9s financiers. L\u2019exemple de la s\u00e9curit\u00e9 sociale illustre cela particuli\u00e8rement bien\u00a0: en la sapant, les \u00c9tats ont favoris\u00e9 la croissance des fonds de pension priv\u00e9s. Aujourd&#8217;hui, les march\u00e9s financiers et l&#8217;\u00c9tat sont tels deux objets suspendus aux bras d&#8217;une m\u00eame balance. Si le poids de la finance priv\u00e9e s\u2019accro\u00eet, l&#8217;autre doit \u00e9galement s\u2019accro\u00eetre afin de maintenir l&#8217;\u00e9quilibre. C\u2019est l\u00e0 une id\u00e9e qui diverge fortement de la repr\u00e9sentation dominante selon laquelle la dette publique \u00e9vincerait l&#8217;investissement priv\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9 est autre\u00a0: la machine \u00e0 investir moderne repose sur les march\u00e9s financiers (actions, obligations, cr\u00e9dit, produits d\u00e9riv\u00e9s, etc.) mais ne peut survivre sans l&#8217;action \u00e9quilibrante du gouvernement.<\/p>\n<h2>Le mod\u00e8le \u00e9conomique des banques est intrins\u00e8quement fragile<\/h2>\n<p>Le mod\u00e8le \u00e9conomique des banques est intrins\u00e8quement fragile. Cela vaut pour les capacit\u00e9s des banques \u00e0 la fois en termes de passif et d\u2019actifs. Concernant le\u00a0<b>passif<\/b>, celui-ci se compose principalement de d\u00e9p\u00f4ts qui sont en partie constitu\u00e9s de l&#8217;\u00e9pargne des travailleurs et des b\u00e9n\u00e9fices non r\u00e9investis des entreprises, et en partie aussi cr\u00e9\u00e9s directement par les banques dans le cadre de leur fonction de cr\u00e9dit. La possibilit\u00e9 pour les banques de cr\u00e9er de la monnaie (la \u00ab\u00a0monnaie endog\u00e8ne\u00a0\u00bb) a souvent \u00e9t\u00e9 ni\u00e9e par le courant \u00e9conomique dominant, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s (McLeay et al., 2014; Jakab et Kumhof, 2015). En r\u00e9alit\u00e9, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les banques peuvent cr\u00e9er de la monnaie \u00e0 volont\u00e9 qu&#8217;elles peuvent financer l&#8217;investissement et la sp\u00e9culation financi\u00e8re. D&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il leur faut cr\u00e9er une quantit\u00e9 optimale de monnaie li\u00e9e \u00e0 leur anticipation du remboursement effectif des dettes par leurs clients (entreprises et m\u00e9nages) mais personne ne sait ex ante quelle est cette quantit\u00e9. De plus, chaque banque essaie de cr\u00e9er le maximum possible de la quantit\u00e9 optimale, ce qui collectivement engendre un effet de bulles financi\u00e8res qui aboutissent \u00e0 l\u2019 resserrement du cr\u00e9dit. Le fait que la quasi-totalit\u00e9 de l&#8217;argent que nous utilisons pour le moindre achat (bref, nos d\u00e9p\u00f4ts bancaires) soit cr\u00e9\u00e9e par des interm\u00e9diaires priv\u00e9s \u00e0 des fins de maximisation du profit rend l\u2019intervention publique indispensable. Les pr\u00eats publics en dernier ressort, la garantie des d\u00e9p\u00f4ts, la supervision bancaire sont des outils cr\u00e9\u00e9s au fil des si\u00e8cles pour emp\u00eacher la destruction de l&#8217;\u00e9conomie par le comportement des banques priv\u00e9es.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les\u00a0<b>actifs<\/b>, les banques devraient s\u00e9lectionner soigneusement leurs d\u00e9biteurs. Cependant, plus elles accordent de cr\u00e9dits et ach\u00e8tent d&#8217;actifs, plus elles engrangent de profits. La prudence impos\u00e9e par les pouvoirs publics est donc l\u2019ennemie des banques. Il n\u2019emp\u00eache que banques centrales et gouvernements sont plut\u00f4t enclins \u00e0 se montrer tr\u00e8s proches des int\u00e9r\u00eats des grandes banques. Comme le remarque S. Johnson\u00a0: \u00ab\u00a0Les \u00e9tablissements surdimensionn\u00e9s exercent une influence disproportionn\u00e9e sur les politiques publiques\u00a0\u00bb (Johnson, 2009). Cela pouvait se v\u00e9rifier d\u00e9j\u00e0 il y a quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es, mais aujourd&#8217;hui,\u00a0<b>les banques ont acquis une taille si imposante qu\u2019il est devenu impossible d\u2019\u00eatre en contradiction avec elles au risque sinon de compromettre la survie de l\u2019\u00e9conomie nationale<\/b>. Pour citer un exemple extr\u00eame, la fusion propos\u00e9e entre Cr\u00e9dit suisse et UBS cr\u00e9era une banque dont le total des actifs repr\u00e9sentera plus de deux fois le PIB de la Suisse.\u00a0<b>Il ne s&#8217;agit pas seulement d&#8217;un probl\u00e8me de lobbying ou de pantouflage, mais d&#8217;une annexion pleine des institutions publiques \u00e0 la sph\u00e8re du capital financier<\/b>\u00a0(Johnson et Kwak, 2010). Apr\u00e8s chaque crise majeure, les autorit\u00e9s publiques et les organismes internationaux de normalisation tels que le Comit\u00e9 de B\u00e2le s\u2019efforcent de mettre en \u0153uvre des r\u00e8gles plus strictes. Celles-ci, bien qu&#8217;utiles, n&#8217;\u00e9liminent pas cependant les probl\u00e8mes futurs mais rendent seulement le secteur moins contestable, ce qui en retour est ainsi de nouveau favorable aux grandes banques. Le besoin croissant d&#8217;endettement pour faire tourner la machine \u00e0 investir d\u00e9termine ce que nous appelons la \u00ab\u00a0financiarisation\u00a0 \u00bb (sur le sujet\u00a0: Palley 2007 ; Whalen 2017). Elle rend les banques de plus en plus importantes pour l&#8217;\u00e9conomie mondiale, et cette derni\u00e8re de plus en plus fragile.<\/p>\n<p>Si les crises financi\u00e8res sont in\u00e9vitables, leur extr\u00eame vitesse est \u00e9galement li\u00e9e au mod\u00e8le \u00e9conomique m\u00eame des banques. On entend souvent dire que la valeur de l&#8217;argent et la survie des banques d\u00e9pendent toutes deux de la confiance qu\u2019on leur accorde. Cela tient au fait que le mod\u00e8le \u00e9conomique bancaire repose sur un d\u00e9calage qui peut sembler insens\u00e9. Alors que la plupart des engagements des banques sont des d\u00e9p\u00f4ts, susceptibles donc d\u2019\u00eatre r\u00e9clam\u00e9s \u00e0 tout moment par leurs clients, leurs actifs sont quant \u00e0 eux classiquement \u00e0 long terme (il suffit de penser \u00e0 une obligation \u00e0 10 ans ou \u00e0 un pr\u00eat hypoth\u00e9caire \u00e0 25 ans). Ce d\u00e9calage structurel ne peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9 car il constitue la raison d&#8217;\u00eatre des banques\u00a0: centraliser les liquidit\u00e9s et les utiliser pour financer entreprises et m\u00e9nages. C&#8217;est pourquoi\u00a0<b>les ru\u00e9es sur les banques ont chaque fois constitu\u00e9 un risque potentiellement fatal.<\/b>\u00a0Ce qui est encore plus grave, la ru\u00e9e sur une banque peut facilement se propager \u00e0 d&#8217;autres \u00e9tablissements, an\u00e9antissant ainsi le syst\u00e8me bancaire en l&#8217;espace de quelques semaines voire de quelques jours.\u00a0<b>Aucune solution priv\u00e9e n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e \u00e0 ce probl\u00e8me<\/b>\u00a0et, aujourd&#8217;hui, des syst\u00e8mes de garantie publique, comme le FDIC aux \u00c9tats-Unis, ont pour mission d\u2019assurer que tout se passe bien.<\/p>\n<h2>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux crises qu&#8217;aggravent les (d\u00e9)r\u00e9glementations favorables au march\u00e9<\/h2>\n<p>La r\u00e9glementation bancaire et le contr\u00f4le public des banques en g\u00e9n\u00e9ral ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s apr\u00e8s la double crise de 1929-1931 et, pendant des d\u00e9cennies, ont permis la stabilit\u00e9 des march\u00e9s financiers. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0r\u00e9pression financi\u00e8re\u00a0\u00bb parce que les banques \u00e9taient d\u00e9tenues par l&#8217;\u00c9tat ou strictement r\u00e9glement\u00e9es, que la mobilit\u00e9 des capitaux \u00e9tait faible et que le capital financier n&#8217;\u00e9tait pas libre d&#8217;op\u00e9rer.\u00a0<b>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, les r\u00e8gles publiques ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9es ou amoindries.<\/b>\u00a0La d\u00e9r\u00e9glementation comme la r\u00e9glementation dans un sens favorable au march\u00e9 \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme plus efficaces, car les banques \u00e9taient vues comme les acteurs comp\u00e9tents par excellence dans leur domaine. Cependant,\u00a0<b>plus les march\u00e9s financiers \u00e9taient d\u00e9r\u00e9glement\u00e9s, plus ils se retrouvaient sujets aux crises.<\/b>\u00a0En 1992, le SME (le syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en qui r\u00e9gissait la monnaie europ\u00e9enne avant l&#8217;euro) s&#8217;est effondr\u00e9, \u00e9jectant l&#8217;Italie et la Grande-Bretagne du m\u00e9canisme. Les sp\u00e9culateurs financiers ont men\u00e9, et gagn\u00e9, une bataille sanglante contre les grandes banques centrales. Cela n&#8217;a pas alt\u00e9r\u00e9 le cours des choses dans les \u00e9conomies avanc\u00e9es. Privatisation et d\u00e9r\u00e9glementation se sont poursuivies \u00e0 un rythme soutenu. Puis une s\u00e9rie de crises importantes ont frapp\u00e9 les \u00e9conomies en d\u00e9veloppement, comme la crise des tigres asiatiques de 1996, la crise mexicaine de 1994, les crises br\u00e9silienne et russe de 1998 ou encore la crise argentine de 2001. L&#8217;explication fournie par le courant \u00e9conomique dominant \u00e9tait que ces crises \u00e9taient dues au sous-d\u00e9veloppement de la finance et du capitalisme en g\u00e9n\u00e9ral. Elles auraient \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par un capitalisme de copinage typique de l&#8217;Asie ou de l&#8217;Am\u00e9rique latine. Quant \u00e0 la crise am\u00e9ricaine des \u00ab\u00a0dotcom\u00a0\u00bb de 2000, elle aurait \u00e9t\u00e9 l&#8217;aube de l&#8217;\u00e9conomie num\u00e9rique. Enfin,\u00a0<b>en 2008, la plus grande crise des temps modernes a frapp\u00e9 les centres financiers les plus importants et les plus avanc\u00e9s du monde<\/b>\u00a0: les places de Wall Street et de la City ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9es par l&#8217;effondrement des march\u00e9s et des banques. Du jour au lendemain,\u00a0<b>les discussions interminables des \u00e9conomistes sur la \u00ab\u00a0discipline de march\u00e9\u00a0\u00bb se sont tues<\/b>, et les \u00c9tats et les banques centrales ont d\u00e9vers\u00e9 des milliards d&#8217;euros dans le syst\u00e8me pour calmer la situation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 2008, comme toujours apr\u00e8s une grande crise, une vague de re-r\u00e9glementation a suivi. Le mantra \u00e9tait \u00ab\u00a0Plus jamais de renflouement par les contribuables\u00a0\u00bb. Cependant, nous avons expliqu\u00e9 plus haut pourquoi les faiblesses sont intrins\u00e8ques au mod\u00e8le \u00e9conomique bancaire de cr\u00e9ation d&#8217;argent et de financement des investissements. Les souvenirs d&#8217;une crise majeure, si douloureux soient-ils, s&#8217;estompent rapidement. Ainsi, en 2011-2012, l&#8217;effondrement des \u00c9tats membres les plus faibles de la zone euro, \u00e0 commencer par la Gr\u00e8ce et Chypre, a d\u00e9clench\u00e9 la \u00ab\u00a0crise des spreads\u00a0\u00bb, qui risquait de faire sombrer l&#8217;euro dans son ensemble. Une fois de plus, la BCE a \u00e9t\u00e9 contrainte d&#8217;intervenir au moyen de sommes illimit\u00e9es. Dans son fameux discours \u00ab\u00a0<i>whatever it takes\u00a0<\/i>\u00bb (\u00ab\u00a0quoi qu\u2019il en co\u00fbte\u00a0\u00bb), Draghi a formalis\u00e9 cette position et mis fin \u00e0 la crise (BCE, 2012). Pour la \u00e9ni\u00e8me fois, ce sont les autorit\u00e9s publiques et non la discipline de march\u00e9 qui ont fourni le seul moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019effondrement financier. Certes, les banques europ\u00e9ennes qui ont achet\u00e9 des obligations grecques ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9es, mais pas le peuple grec, et celui-ci s\u2019est vu contraint \u00e0 une r\u00e9duction brutale de ses conditions de vie, r\u00e9percut\u00e9e dans tous les indicateurs sociaux nationaux. C\u2019est apr\u00e8s cet \u00e9pisode que, en 2014, l&#8217;Union bancaire a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9e, donnant \u00e0 la BCE la responsabilit\u00e9 de superviser les plus grandes banques de l&#8217;UE. Une fois de plus, cette nouvelle r\u00e8gle et d&#8217;autres encore ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es comme le vaccin contre les crises futures. Nous utilisons l&#8217;analogie avec le vaccin parce que, quelques ann\u00e9es plus tard, la pand\u00e9mie de Covid-19 a \u00e9clat\u00e9, obligeant, entre autres cons\u00e9quences, les banques centrales et les gouvernements \u00e0 intervenir pour emp\u00eacher l&#8217;effondrement de l&#8217;\u00e9conomie et du syst\u00e8me bancaire. Enfin, au d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e 2023, l&#8217;effondrement de certaines banques am\u00e9ricaines de taille moyenne, comme la Silicon Valley Bank mais aussi celui du g\u00e9ant Cr\u00e9dit Suisse, ont ouvert un d\u00e9bat sur la possibilit\u00e9 d&#8217;une nouvelle crise financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<div id=\"c3165\" class=\"frame frame-default frame-type-textmedia frame-layout-0\">\n<div class=\"ce-textpic ce-left ce-intext ce-nowrap\">\n<div class=\"ce-gallery\" data-ce-columns=\"1\" data-ce-images=\"1\">\n<div class=\"ce-row\">\n<div class=\"ce-column\">\n<figure class=\"image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image-embed-item\" src=\"https:\/\/www.transform-network.net\/fileadmin\/user_upload\/icon-66-2.gif\" alt=\"\" width=\"94\" height=\"87\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ce-bodytext\">\n<p><b><i><br \/>\nIt is often said that the solution to a previous crisis becomes the cause for the next crisis<\/i>\u00a0\u2013 B. Mahapatra<\/b><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"c3166\" class=\"frame frame-default frame-type-textmedia frame-layout-0\">\n<div class=\"ce-textpic ce-center ce-above\">\n<div class=\"ce-bodytext\">\n<p>This article does not pretend to delve into these recent episodes, but it does touch on some relevant background issues. To save the banks from dying, central banks were forced to keep interest rates at zero after 2008, leading to discussions about a new era of permanent zero interest rates (Bayoumi et al., 2014; IMF, 2017).\u00a0<b>Free money did not help real investment because economic growth and aggregate demand were weak anyway<\/b>. It did, however, fuel one financial bubble after another, because this immense liquidity had nowhere else to go. The\u00a0<b>cryptocurrency bubble<\/b>\u00a0was just the most &#8220;catchy&#8221; of them. This process, which economists call\u00a0<b>asset inflation<\/b>, did not worry central banks because it did not interfere with inflation, but\u00a0<b>only increased the concentration of wealth at the top of society<\/b>\u00a0(Mersch, 2020). For instance, the Dow Jones index, the world&#8217;s most famous stock market index, quadrupled between 2009 and 2022, while US GDP grew by only 50% over the same period, in other words one eighth of the Dow Jones. When the pandemic and the war in Ukraine blocked supply chains for weeks or months and financial speculation on commodities determined a rapid increase in &#8220;real&#8221; inflation (i.e. in the consumer price index), the central banks launched rounds of interest rate hikes to provoke a recession and hence stop inflation. We cannot discuss how inefficient, to say the least, this policy is, we can only observe that it determines an increase in the interest rates paid by the State, by companies and by households, increasing the difficulties of debt repayment. And this at a time when the pandemic has already increased public debt.<\/p>\n<p><b>Banks<\/b>\u00a0in Europe, the US and elsewhere\u00a0<b>have bought up a colossal amount of public debt over the past two decades<\/b>. At the end of 2022, for example,\u00a0<a class=\"external-link-new-window\" title=\"Opens external link in new window\" href=\"https:\/\/www.federalreserve.gov\/releases\/h8\/current\/default.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">US banks held $4.4 trillion of it<\/a>, about 20% of their total assets. Given that every bond has an inverse relation between price and yield (because the coupon rate of the bond is fixed, so the price goes up or down to match the prevailing interest rates in the market as yields change),\u00a0<b>when interest rates rise, the value of this huge portfolio of public debt accumulates losses<\/b>. The banks that are forced to sell a significant part of it will suffer huge losses. Many banks will survive these losses, others will not. If investors and depositors panic, the losses of some banks will bring down the entire system. It is interesting to note that, for all their differences, the collapse of mid-sized US banks and the sudden collapse of Credit Suisse were both addressed, as always, with huge amounts of public money in various forms. It is also worth noting that\u00a0<b>governments have trampled on their own laws<\/b>\u00a0in doing so. In the US, for example, federal agencies have insured deposits above the $250,000 limit; in Switzerland, the central bank will take the losses on Credit Suisse&#8217;s assets to ensure that UBS buys it, and so on. Complaints that bankers are too greedy and that public money is being used to bail out big shareholders while small savers go under will punctuate the coming weeks, but they are futile. That is how the banking system works.\u00a0<b>There is no point in condemning the greed of bankers, it would be like complaining about piranhas trying to eat everything that passes by. But the point is that we do not live in piranha infested rivers. We should not live in countries infested by greedy bankers<\/b>.<\/p>\n<h2>Are there alternatives to all this?<\/h2>\n<p>As we have seen,\u00a0<b>tighter rules do not make a real difference during financial crises<\/b>. Economic experts know this. A famous Financial Times commentator recently observed: &#8220;Banks are designed to fail. Governments want them to be both safe places for the public to keep their money and profit-seeking takers of risk. They are at one and the same time regulated utilities and risk-taking enterprises. The incentives for management incline them towards risk-taking, just as the incentives for states incline them towards saving the utility when risk-taking blows it up. The result is costly instability&#8221; (Wolf, 2013). In other words, there is no solution.<\/p>\n<h2>More effective solutions lie in fundamental changes of the banking landscape<\/h2>\n<p><b>First<\/b>, they are too big. We have seen that even middle-sized banks can cause havoc in the markets, but when a giant financial conglomerate goes down, the world is dragged down with it.\u00a0<b>A cap should be imposed on their size<\/b>, say $250 billion on their assets (Stiglitz, 2009; Singh, 2013; Mastromatteo and Esposito, 2016). In this way, even major banks would be small compared to the government budget, and they would not have an incentive to grow forever. To give an example, in the US, 10 banks would exceed the limit, and the two largest are about ten times as big. In the EU, the situation is even worse. Dozens of medium-sized banks would be far less politically influential and would make the sector more competitive and client-oriented.<\/p>\n<p>A\u00a0<b>second<\/b>\u00a0measure would be to counter the banks&#8217; insatiable profit-seeking by imposing a\u00a0<b>cap, e.g. on widely used measures of profitability such as ROE<\/b>\u00a0(return on equity)\u00a0<b>or ROA<\/b>\u00a0(return on assets), to prevent top management from pursuing ever more aggressive profit-raising strategies. For example, the CEOs of 7 US banks are each paid more than $20 million a year (for the situation in Europe, see EBA, 2023).<\/p>\n<p>A\u00a0<b>third<\/b>\u00a0idea is the outright\u00a0<b>abolition of bonuses<\/b>\u00a0and other variable compensation schemes for top management, thus removing the incentive for bankers to risk the health of the world economy for more money for themselves. These are all sensible ideas, although politically unfeasible due to the strength of the big banks.<\/p>\n<p>To make them realistic, the big banks should be returned to the state. The fourth measure is that banks should be nationalised and run like hospitals and schools, as they provide essential services to the community.\u00a0<b>Banks larger than, say, 10% of GDP should be nationalised<\/b>, instead of nationalising their losses during crises and keeping the profits in good times. Today, for example, this would affect 5 banks in France, 2 in Germany, 3 in Italy and 4 in Spain.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"c3167\" class=\"frame frame-default frame-type-textmedia frame-layout-0\">\n<div class=\"ce-textpic ce-left ce-intext ce-nowrap\">\n<div class=\"ce-gallery\" data-ce-columns=\"1\" data-ce-images=\"1\">\n<div class=\"ce-row\">\n<div class=\"ce-column\">\n<figure class=\"image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image-embed-item\" src=\"https:\/\/www.transform-network.net\/fileadmin\/user_upload\/icon-66-2.gif\" alt=\"\" width=\"94\" height=\"87\" \/><b style=\"background-color: #ffffff;\"><i>The war which is coming is not the first one. There were other wars before it <\/i>\u2013 B. Brecht<\/b><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"c3168\" class=\"frame frame-default frame-type-textmedia frame-layout-0\">\n<div class=\"ce-textpic ce-center ce-above\">\n<div class=\"ce-bodytext\">\n<p>By drawing an analogy between wars and financial crises, some of their characteristics and their ultimate common origin have been highlighted. It should be added that the world will only be able to deal with the former if it is able to deal with the latter.<\/p>\n<p>References:<br \/>\nBayoumi T. et al. (2014). Monetary Policy in the New Normal, IMF Staff Discussion Note no. 14\/3, Washington.<br \/>\nClausewitz C. (1976). On War, Oxford University Press, Oxford.<br \/>\nEBA. (2023). EBA Report on High Earners. Data as of End 2021, EBA, Paris.<br \/>\nECB. (2012). Speech by Mario Draghi, President of the European Central Bank, Global Investment Conference, London, 26 July.<br \/>\nIMF. (2017). Negative Interest Rate Policies \u2013 Initial Experiences and Assessments, IMF Policy Paper, August.<br \/>\nJakab Z., Kumhof, M. (2015). Banks are not intermediaries of loanable funds \u2014 and why this matters, Bank of England Working Paper no. 529, Bank of England, London.<br \/>\nJohnson S. (2009). The Quiet Coup, The Atlantic, May.<br \/>\nJohnson S., Kwak J. (2010). 13 Bankers. The Wall Street Takeover and the Next Financial Meltdown, Vintage Books, New York.<br \/>\nMastromatteo G., Esposito, L. (2016). Minsky at Basel: A Global Cap to Build an Effective Postcrisis Banking Supervision Framework, Levy Economics Institute Working Paper no. 875, Annandale-on-Hudson.<br \/>\nMcLeay M. et al. (2014). Money creation in the modern economy, Bank of England Quarterly Bullettin no. 1, Bank of England, London.<br \/>\nMersch Y. (2020). Asset price inflation and monetary policy, ECB, Luxembourg, 27 January.<br \/>\nMinsky H. P. (1986). Global Consequences of Financial Deregulation, Washington University Working Paper no. 96, St. Louis.<br \/>\nPalley T. I. (2007). Financialization: What It Is and Why It Matters, Levy Institute Working Paper no. 525, Annandale-on-Hudson.<br \/>\nSingh A. (2013). Too Big to Fail Bank: Examining the How of Breaking Up, Harvard University, Cambridge<br \/>\nStiglitz J. E. (2009). Too big to fail or too big to save? Examining the systemic threats of large financial institutions, Hearing before the Joint Economic Committee Congress of the United States of America of the One Hundred Eleventh Congress, First Session, April 21.<br \/>\nWhalen C. J. (2017). Understanding Financialization: Standing on the Shoulders of Minsky, Levy Economics Institute Working Paper no. 892, Annandale-on-Hudson.<br \/>\nWolf M. (2013). Banks are designed to fail \u2014 and they do, Financial Times, 14 March.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>transform! europe a lanc\u00e9 un nouveau groupe de travail \u00e9conomique (GTE) en 2023 pour r\u00e9pondre aux crises actuelles caus\u00e9es par la phase r\u00e9cente du capitalisme. 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